Avec Gérard Filoche

Et maintenant, l’assurance chômage ! Abonnés

1

Le

Mercredi 20 février, les négociations sur l’assurance chômage ont été rompues, sans que les représentants de salariés et de patrons ne trouvent d’accord, ouvrant la voie à la reprise en main par l’État.

C’est le genre d’infos qu’on voit passer rapidement, dont on entend vaguement parler à la radio, mais qu’on laisse filer, comme ça, sans y attacher plus d’importance, tant la question est vidée de son contenu politique par certains journalistes. Et pourtant : qui gère les 35 milliards d’euros de l’assurance chômage ? Qui décide de la façon dont sont indemnisés les chômeurs ? Pourquoi les négociations ont échoué, et qui y avait intérêt ? Voilà quelques questions simples que les médias dominants oublient de poser ! Heureusement, Gérard Filoche est là pour y répondre :

Depuis sa fondation en 1958, l’assurance chômage est administrée par un organisme paritaire, l’Unédic, cogéré par les syndicats de patrons et de salariés. Le principe est simple, et c’est celui, fondateur, de la Sécurité sociale : ce pot commun est abondé par les travailleurs et les patrons grâce à une partie de la richesse créée, c’est donc à eux de le gérer et de décider comment on utilise l’argent. Pas à l’État. C’est ce qu’on appelle le paritarisme.

Et c’est bien ce principe, le paritarisme, qui embête Emmanuel Macron, qui aimerait se débarrasser du contrôle des syndicats pour pouvoir faire ce qu’il veut avec le pactole – 35 milliards d’euros – de l’assurance chômage. À savoir : indemniser moins, moins longtemps, et contrôler plus ces chômeurs qui n’attendent qu’une chose, « bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances [1]. »

Mais pour reprendre la main, l’État a besoin d’un prétexte : l’échec des négociations paritaires. Pour être bien certain de les envoyer dans le mur, Emmanuel Macron s’est doté d’un nouvel outil : la loi Avenir professionnel, votée en septembre 2018, a donné au gouvernement le pouvoir de définir en amont les objectifs de la négociation. Une « lettre de cadrage » : parlez entre vous, mais à la fin, ça doit être comme ça ! Dès lors, il ne reste qu’à fixer des objectifs inaccessibles aux parties, en l’occurrence 4 milliards d’économies, pour s’assurer que les négociations échouent, et obtenir ce prétexte que l’on cherche pour contourner les syndicats. C’est précisément ce qui vient de se passer.

Une belle mise en scène, relayée avec entrain, destinée à cacher l’objectif réel du gouvernement : détricoter un à un les principes fondateurs de la Sécurité sociale. Macron avait déjà rogné le mode de financement autonome de la Sécu (en remplaçant les cotisations salariales par un impôt, Là-bas si j’y suis en parlait en octobre dernier), aujourd’hui, il s’attaque à la gestion de la Sécu par les salariés – l’autre « verrou » qui empêche les néolibéraux de bazarder notre système social comme ils l’entendent.

Et Macron de signer son forfait avec une nouvelle petite phrase moqueuse : « Chaque jour, dans le pays, on dit : "corps intermédiaires ! Démocratie territoriale ! Démocratie sociale ! Laissez-nous faire !" Et quand on donne la main, on dit : "Mon bon Monsieur, c’est dur… reprenez-la [2]. »

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Spécial infogrèveEnvoyez vos infos à infogreve@la-bas.org

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

Macron, quand tu tires la chasse, pense à eux ! « MISÉRABLES ÉGOUTIERS » AbonnésVoir

Le

« Misérables égoutiers ! » C’est comme ça que l’avocat Richard Malka qualifie ceux qui ont publié les photos de son client Benjamin Griveaux. Une insulte pour les égoutiers, au moment même où ils se battent contre la réforme des retraites qui va repousser l’âge du départ, alors que les risques et la pénibilité de leur métier sont depuis longtemps reconnus. Un reportage avec les égoutiers en lutte contre ce mépris révoltant.

Hommage à Daniel Bensaïd en sept podcasts (ÉPISODE 07) Pour un socialisme du XXIe siècle Accès libreÉcouter

Le

« Si le postier et le philosophe sortent un livre et appellent à prendre parti, c’est qu’un grand évènement va se produire ! » Le 5 février 2009, Olivier Besancenot et Daniel Bensaïd étaient dans Là-bas si j’y suis pour parler de la refondation de la Ligue Communiste Révolutionnaire, qui se transformait alors en NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste. « Je reviendrai et je serai des millions ! »