Lire délivre

Les bouquins de LÀ-BAS

La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

Vos avis et conseils sont bienvenus !

La sélection

Histoire

  • Ce que peut le cinéma

    Alain Brossat, Jean-Gabriel Périot (La découverte, 2018)

    Comment se fabrique la mémoire ? Comment appréhender les archives ? Comment remonter le temps ? Plus globalement quels liens les images entretiennent avec la politique et l’histoire ? Pour répondre à ces interrogations, deux hommes qui travaillaient sans se connaître sur des sujets communs (l’univers carcéral, les femmes tondues à la Libération, le désastre nucléaire), ont décidé de confronter leurs expériences. Dans un dialogue, Jean-Gabriel Périot, réalisateur, et Alain Bossat, professeur de philosophie, confrontent leur point de vue, décortiquent le rôle de ceux qui fabriquent les films (réalisateurs, acteurs, financeurs, spectateurs), et la manière dont ils sont fabriqués (musique, commentaires , génériques).En posant à nouveau la question, certes pas nouvelle mais toujours essentielle, de la relation de la puissance ou de l’impuissance de l’écriture et de l’image, ils essaient de comprendre « ce que… Lire la suite
  • Les brigades rouges, une histoire italienne

    Mario Moretti, Rossana Rossanda et Carla Mosca (Editions Amsterdam, 2018)

    Mario Moretti est l’un des principaux dirigeants des Brigades rouges, arrêté et incarcéré en 1981, trois ans après avoir exécuté Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne au pouvoir. De sa prison de Milan où il purge une condamnation perpétuité –depuis 1998, il est placé sous le régime de semi-liberté et doit dormir en prison tous les soirs-, il donne un long entretien a deux journalistes italiennes. Paru en 1994, provoquant de nombreuses polémiques, le témoignage de Mario Moretti est un des plus importants des Brigades rouges. Cet ouvrage retrace, année par année, le fonctionnement, l’idéologie, les dissensions internes de cette organisation révolutionnaire les plus. Il éclaire l’émergence de ce mouvement massif d’insubordination dans la société italienne, les évènements et les ruptures qui constituèrent la formation des premiers brigadistes puis le choix de la lutte armée tout en le replaçant parmi les… Lire la suite
  • L’écran rouge. Syndicalisme et cinéma de Gabin à Belmondo

    Tangui Perron (Les éditions de l’atelier, 2018)

    Le ciel est à vous, La bataille du rail, Antoine et Antoinette, La Marseillaise, un cinéma qui se voulait « pour le peuple et par le le peuple ». Cet ouvrage veut raviver une histoire oubliée du cinéma français qui fut l’objet de nombreux combats, des années trente à la fin des années cinquante. En quatre chapitres - Un long Front populaire, La guerre et ses galeries, De beaux lendemains, la Défense du cinéma français-, les auteurs revisitent les fondations sociales et politiques du cinéma français à laquelle les syndicats et militants ont largement contribué. Il y a les temps forts : l’occupation des studios en 1936, la renaissance du festival de Cannes, la mobilisation populaire pour les ciné-clubs, les comités de défense, l’action auprès des parlementaires, la création d’aides publiques, les conventions collectives. Il y a aussi le portrait et l’action de militants célèbres ou oubliés : le cinéaste… Lire la suite
  • La moustache du soldat inconnu

    Jérôme Prieur (Seuil, 2018)

    1918-2018. Pour célébrer le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, Jérôme Prieur, écrivain, cinéaste, a pris la plume à sa manière : personnelle, intime. « Depuis l’enfance, j’ai voulu écrire mes souvenirs de la guerre de 14 », écrit-il « avec leur moustache, leur képi, leur casque, n’ont-ils pas tous l’air de se ressembler, ces soldats. Alors j’ai laissé les revenants m’approcher. J’ai fouillé leurs visages, leurs photos et même un petit film tourné au front ». Cette cohorte de disparus, de fantômes relégués dans les secrets de famille reprennent vie. Et nous rappelle que l’Histoire est d’abord celle des hommes.
  • La guerre civile en France, 1958-1962. Du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS

    Grey Anderson (La fabrique, 2018)

    Mai 1958, qui s’en souvient ? Qui veut s’en souvenir ? Qui célèbre ce mai, alors que celui survenu en 68 est toujours commenté ? Les réponses sont dans ce livre écrit par un historien américain : « si mai 68 est un moment joyeux et solaire, les quatre années de guerre civile qui s’écoulent entre la prise du Gouvernement général d’Alger le 1er mai 1958 à la fin de l’OAS au printemps 1962, n’ont rien que l’on aime se rappeler ». Et pour cause : ce fut « le temps de la haine et de la violence extrêmes, de l’usage généralisé de la torture, des exactions policières contre les Algériens révoltés et ceux qui les soutiennent, le mensonge officiel qui présente le retrait d’Algérie et le complot initial comme le triomphe de la démocratie ». Ces quatre sales années, la France les a cachées sous le tapis de son histoire. Grey Anderson les en a ressorties pour mettre au grand jour le refoulement de cette réalité douloureuse qui… Lire la suite

Biographie

  • Balzac, Paris

    Eric Hazan (La fabrique, 2018)

    Ici, « tout fume, tout brûle, tout brille, tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se rallume, étincelle, pétille et se consomme » écrivait Balzac dans Le Mendiant. Ici, c’est Paris, sa ville avec laquelle l’auteur de La Comédie humaine entretient une passion amoureuse. Éric Hazan, avec le talent d’arpenteur qu’on lui connait, lui redonne vie. On le suit dans les rues et les quartiers de Paris au gré de ses rêveries et de ses personnages. On l’accompagne dans ses nombreux déménagements afin d’échapper à ses créanciers. Éric Hazan raconte ses démêlés avec ses éditeurs, ses malheurs au théâtre, sa passion des journaux, de la politique et le bonheur de ses multiples amis. Ce livre est, à travers le temps et l’espace, les lieux et les personnages, l’exploration de l’univers balzacien dont Paris est la clef de… Lire la suite
  • Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique

    Sylvie Laurent (Seuil, 2015)

    Qui est Martin Luther King ? La réponse tout le monde la connait : un pasteur afro-américain qui eut un rêve et qui fut assassiné pour avoir lutter pour les droits civiques et l’égalité des Noirs. La suite, vous la trouverez dans la biographie écrite par Sylvie Laurent, américaniste, agrégée d’histoire et docteur en littérature américaine. Un travail nécessaire pour mieux connaitre cet homme aussi universellement célébré que mal connu. Ces pages redonnent la force révolutionnaire de sa pensée et la brutalité de l’oppression contre laquelle il s’insurgeait. Ainsi, par exemple, qui se souvient qu’à peine un an après avoir reçu le prix Nobel de la paix, en 1964, Martin Luther King déclarait que son rêve était devenu un cauchemar en raison de l’enracinement du système d’exploitation capitaliste ? Chantre de la fraternité et de l’unité nationale, Martin Luther King était un militant avant-gardiste et radical qui… Lire la suite
  • Souvenirs et solitude

    Jean Zay (Belin, 2011)

    Jean Zay (1904-1944), jeune ministre de l’Éducation nationale et des Beaux arts du Front populaire, fut constamment attaqué par l’extrême droite comme républicain, juif, protestant, franc-maçon et désigné comme l’homme à abattre. En octobre 1940 il est condamné à la déportation par le tribunal de Clermont-Ferrand aux ordres de Vichy, emprisonné à Riom, jusqu’au jour où – le 20 juin 1944 – des miliciens le font sortir de prison pour aller le massacrer dans un bois.
  • Les tribulations d’un idéologue

    Victor Leduc (Galaad, 2006)

    " Né communiste ", fils d’un ouvrier bolchevik qui doit quitter la Russie après la Révolution de 1905 et s’engage en 1914 dans l’armée française, Victor Leduc connaît dès les années 1930, au Quartier latin, ses premiers démêlés avec les ligues d’extrême droite… et la police. Résistant aux côtés de Jean-Pierre Vernant, Jeanne Modigliani ou Lucie Aubrac, il devient à la Libération directeur d’Action, hebdomadaire à la fois communiste et indépendant qui meurt au premier gel de la guerre froide. Permanent au Comité central, responsable des cercles d’intellectuels communistes, Victor Leduc nous fait pénétrer au coeur du laboratoire idéologique du PCF. De l’intérieur d’abord, puis en dehors du Parti, il poursuit le même combat pour la… Lire la suite
  • Victor Serge. Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques -1908-1947

    Victor Serge (Robert Laffont, 2001)

    Anarchiste né à Bruxelles en 1890, il rejoint la Révolution russe en 1919, avocat du bolchévisme et des acquis d’Octobre 17, il ne tarde pas à dénoncer Staline. Il passe du côté de Trotsky. Déporté dans l’Oural, il s’enfuit et devient la cible du Komintern ce qui ne l’empêche pas de dénoncer purges et procès, ainsi que les attaques de l’URSS contre les partisans du POUM qui se battent en Espagne. En 1937, il rompt avec Trotsky et finira au Mexique, indigent, esseulé, poursuivant sa trajectoire, celle d’ « un écrivain majeur qui sut dire non en écoutant sa seule conscience d’homme. »

Médias

  • Berlin, 1933. La presse internationale face à Hitler

    Daniel Schneidermann (Le Seuil, 2018)

    Que faisaient les quelques 200 journalistes occidentaux en poste à Berlin quand Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933 ? Pourquoi ces correspondants américains, britanniques, français, représentants de journaux attachés à la liberté de la presse et à la démocratie, n’ont-ils pas prévenu le monde sur la barbarie dont la mise en place était perceptible dès le début ? Comment a pu se produire cet aveuglement collectif de la presse internationale face à Hitler qui ouvrira la voie à partir de 1941, au déni planétaire de la Shoah ? En retraçant la vie quotidienne des journalistes occidentaux dont les interlocuteurs s’appelaient Goering ou Goebbels, Daniel Schneidermann, fondateur et animateur d’Arrêt sur Images, pose des questions essentielles sur l’exercice de la profession. Il s’interroge, au regard de cette période, sur notre capacité à être mieux armés aujourd’hui pour rendre compte des catastrophes hors… Lire la suite
  • Journaliste, syndicaliste, communiste. Trente-sept ans d’un combat dans l’audiovisuel

    Jean-François Téaldi (Tirésias-Michel Reynaud, 2017)

    C’est une histoire de l’audiovisuel français comme on ne vous l’avait jamais racontée, celle vue à travers le témoignage d’un journaliste qui a participé à toutes les discussions sociales importantes qui contribuèrent à assurer sa pérennité. Le récit de Jean-François Téaldi fourmille d’anecdotes inédites où l’on comprend qu’« il n’a pas été facile d’être communiste dans une télévisions publique longtemps contrôlée par le pouvoir politique » comme l’écrit l’ancien président de France télévisions, Hervé Bourges dans la préface à cet ouvrage de près de 400 pages. On croise également Jacques Médecin, Christian Estrosi, Bernard Tapie, Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou encore Nicolas Sarkosy. On apprend aussi comment se sont menés en interne les nombreux combats pour la défense des droits au… Lire la suite

Politique

  • Quand la gauche essayait. Les leçons du pouvoir 1924, 1936, 1944, 1981

    Serge Halimi (AGONE, 2018)

    Étudier et comparer les réalisations et les échecs de la gauche française, de cartel des gauches (1924-1926), au Front Populaire (1936-1938), à la Libération (1944-1947) et aux cinq premières années de la présidence de Mitterrand (1981-1986). Tel est l’exercice auquel s’est livré notre ami Serge Halimi, directeur du Monde Diplomatique. Il explique comment « la gauche au pouvoir a caboté entre deux récifs : tantôt sa volonté de transformation sociale butant sur les contraintes imposées par l’ordre capitaliste, tantôt sa pratique du pouvoir devançait les exigences de ses adverses ». L’étude de cette tension permanente entre audace et enlisement, espérance et renoncement est d’autant plus intéressante qu’elle éclaire les raisons de la dilution de la gauche qui s’est elle-même « construit les barreaux de sa cage de verre… Lire la suite

Économie et Finance

  • Foucault, Bourdieu et la question néo libérale

    Christian Laval (La découverte, 2018)

    Chacun à leur manière, et avec des styles très différents, ces deux intellectuels français se sont intéressés à la question du néolibéralisme - Michel Foucault dans les années 70, Pierre Bourdieu dans années 90. Christian Laval, agrégé de sciences sociales et professeur de sociologie à Nanterre, examine l’originalité et la cohérence de leurs recherches, leurs limites et les points aveugles pas encore explorés. Cet ouvrage permet de faire comprendre en quoi les travaux de Foucault et Bourdieu sont incontournables pour comprendre le mode de pouvoir actuel et réfléchir à cette question centrale : quelle nouvelle politique faut-il inventer pour mener ce combat central du XXIe siècle ?
  • Le système dette

    Éric Toussaint (Les Liens qui Libèrent, 2017)

    Historien, docteur en sciences-politiques et porte-parole du CADTM international (Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes), Éric Toussaint retrace l’histoire des dettes souveraines et de leur répudiation. Il nous emmène en Amérique Latine, en Chine, en Tunisie, en Égypte et en Grèce bien-sûr, replonge dans les racines du mal où à partir du XIXe siècle le recours à l’endettement devient un des bras armés du capitalisme pour mettre sous tutelle des économies entières. Tout au long de ces pages, Éric Toussaint martèle une évidence que le système ne veut pas entendre : la pratique de la dette n’est pas inéluctable. La preuve, des états ont réussi à annuler les leur, Mexique, Cuba, Costa Rica et la Russie des Soviets. Les dictatures ont toujours une… Lire la suite
  • Enrichissement. Une critique de la marchandise

    Arnaud Esquerre, Luc Boltanski (Gallimard, 2017)

    Dans cet ouvrage, ces deux sociologues analysent les profondes transformations du capitalisme. Basé sur le développement industriel, puis constatant son déclin, il s’est tourné vers la marchandisation d’autres objets comme les arts, la culture le commerce d’objets anciens, la création de fondations, l’industrie de luxe, le tourisme… L’ampleur de ce changement amorcé depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la création des richesses dans l’Europe de l’ouest. Ce type d’économie, les auteurs l’appellent économie de l’enrichissement parce qu’elle repose moins sur la production de choses nouvelles qu’elle entreprend d’enrichir les choses déjà là.

Sociologie

  • La société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire

    Grégoire Chamayou (La fabrique, 2018)

    Dans cet ouvrage dont le sous-titre annonce clairement son objet, une généalogie du libéralisme autoritaire, le philosophe Grégoire Chamayou s’empare de ce qu’il nomme la « crise de gouvernabilité ». Pour cela, il a épluché les discours théoriques des années 70 (principalement nord-américains) portant sur l’entreprise et le management et qui font apparaître de nouvelles stratégies développées par le monde des affaires pour contrer les contestations des gouvernés (plus d’autonomie et plus d’égalités pour les travailleurs, les femmes, les minorités). Grégoire Chamayou met en lumière l’existence d’un contre-mouvement des forces libérales et un nouvel art de gouverner. « Une sorte de contre-activisme des pratiques managériales dont nous ne sommes pas sortis », affirme l’auteur qui montre que ce libéralisme autoritaire suppose une verticalité de l’État. Un État fort pour une économie… Lire la suite
  • Histoire d’un mensonge, enquête sur l’expérience de Stanford

    Thibault Le Texier (Zones, 2018)

    On se souvient, peu ou prou, de cette expérience américaine où vingt-deux étudiants avaient accepté d’endosser les rôles soit de gardiens, soit de prisonniers au sein d’une fausse prison installée dans l’université de Stanford. Le but était d’étudier l’influence des situations sur notre comportement. L’un des résultats de l’étude menée en 1971 a montré qu’un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que les prisonniers devenaient dociles et accommodants. Effrayant mais faux ! L’expérience avait la rigueur d’un scénario hollywoodien. Thibault Le Texier, chercheur en sciences sociales, démontre comment elle a été bidonnée : conclusions écrites à l’avance, déroulement constamment manipulé, résultats biaisés. Enquête haletante sur l’une des plus grandes supercheries scientifiques du… Lire la suite
  • Se défendre. Une philosophie de la violence

    Elsa Dorlin (Zones, 2017)

    Qui a le droit de s’armer ? L’auteur, professeur de philosophie à Paris 8, examine cette ligne de partage qui oppose historiquement les corps « dignes d’être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables ont laissés sans défense. Ainsi le Code noir interdisait aux esclaves de porter aucune arme défensive ou de gros bâtons. Au XIXe siècle en Algérie, l’état colonial interdisait également le porter une arme aux indigènes, pas aux colons bien sûr, plutôt encouragés à le faire. À travers l’histoire, du jiu-jitsu aux suffragettes, des pratiques insurrectionnelles du ghetto de Varsovie aux fusils des Black Panters jusqu’aux patrouilles queer, Elsa Dorlin dessine une généalogie philosophique de la violence. Et de l’autodéfense quelques soit le lieu, public ou… Lire la suite
  • La Double Absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré

    Abdelmalek Sayad (Le Seuil, 2014)

    Sociologue algérien, ami de Bourdieu avec qui il a réalisé de nombreux travaux, Abdelmalek Sayad a principalement travaillé sur l’émigration et l’immigration. Pour lui, il s’agit de deux phénomènes indissociables mais si différents d’apparence qu’on croit – à tort – pouvoir comprendre l’un sans connaître l’autre. Ce livre publié quelques mois après la mort de ce directeur de recherche au CNRS, présente une synthèse de vingt ans de recherches. Les entretiens qu’il a menés en France et en Algérie, montrent les contradictions multiples et déchirantes de ces hommes frappés par une double absence : absent de sa famille, de son village et de son pays d’origine, mais aussi absent de leur pays d’arrivée, du fait de l’exclusion dont ils sont victimes. Une double… Lire la suite
  • La décennie. Le grand cauchemar des années 1980

    François Cusset (La Découverte, 2008)

    Pour ceux qui les ont vécu, ces années furent en effet un véritable cauchemar. Où, après la mort de Sartre (1980) et avant la guerre du Golfe (1991), surgit le monstre protéiforme du libéralisme surpuissant et triomphant : narcissisme, égoïsme, concurrence entre les hommes et les territoires, le tout dissimulé sous des masques attrayants portant le nom, mais le nom seulement, de liberté, d’anti-totalitarisme, de libre expression. C’est un livre noir qui dénonce les experts, les intellectuels médiatiques, le bavardage publicitaire et l’idéologie réactionnaire. Mais sous le oripeaux de cette décennie terrible, une pensée critique a germé pour ouvrir dans les années 90 de nouvelles perspectives… Lire la suite

Travail et luttes sociales

  • Working

    Studs Terkel (Ça et là, Amsterdam, 2010)

    Working est un recueil d’entretiens de soixante-dix personnes qui parlent de leur travail, des sentiments qu’il lui inspire, réalisés en 1974, par un des journalistes radio les plus connus aux Etats-Unis, Studs Terkel. Avec intelligence, pertinence, humour et gravité, ils racontent les conditions de leur vie laborieuse. Ces témoignages oraux ont été adaptés en bande dessinés. Dix-huit dessinateurs ont mis en images une sélection de vingt-huit récits : une serveuse, une fermière, un mineur et sa femme, un ouvrier agricole, un syndicaliste, un fossoyeur, une nourrice, un éboueur, un pianiste d’ambiance, un courtier, un coiffeur, un joueur de base-ball, un musicien de jazz, etc…À travers eux, se dessine un portrait de l’évolution du travail. Ils enrichissent l’histoire sociale de… Lire la suite

International

  • Pensée et politique dans le monde arabe : contextes historiques et problématiques, XIX°-XXI° siècle

    Georges Corm (La Découverte, 2015)

    Cet ouvrage expose les multiples facettes de la pensée politique arabe depuis le XIXe siècle, inscrite dans la richesse d’une culture trop méconnue. Avec ce vaste panorama, vivant et érudit, Georges Corm atteste la vitalité de cette pensée et des grandes controverses qui l’ont traversée. Inscrivant l’œuvre de ces penseurs dans le maelström des bouleversements géopolitiques et socioéconomiques ayant marqué le monde arabe depuis deux siècles, il explique comment les puissantes hégémonies externes, militaires, académiques et médiatiques ont contribué à marginaliser la pensée critique arabe. Cela a facilité l’installation hégémonique de la pensée islamiste, instrumentalisée par certains régimes arabes comme par leurs protecteurs… Lire la suite
  • Amérique centrale, les naufragés d’Esquipulas

    Maurice Lemoine (l’Atalante, collection Comme un accordéon, 2002)

    Si vous ne connaissez pas Maurice Lemoine, notre ami reporter au Monde diplo et grand connaisseur de l’Amérique latine, vous êtes impardonnables. En revanche, on ne vous en voudra pas si vous n’avez pas encore lu son livre complet, ambitieux et indispensable pour comprendre cette région du monde. Dépêchez-vous de le faire, c’est une mine d’infos et d’analyse. Là, il n’est question que de l’Amérique centrale et de ses sept pays qui la composent (Belize, Costa-Rica, Guatemala, Nicaragua, Honduras, Panama, Salvador). C’est déjà beaucoup tant leur histoire est abondante, complexe, tragique, chaleureuse et touffue. Maurice Lemoine nous y emmène pour mieux comprendre les enjeux géopolitiques d’une région en effervescence. L’ouvrage publié en 2002 est toujours d’actualité tant il éclaire la situation… Lire la suite
  • Les veines ouvertes de l’Amérique latine

    Edouardo Galeano (Pocket, 2001)

    Voici l’histoire implacable du pillage d’un continent. Nous suivons, siècle après siècle, et dans le moindre détail, la honte du mécanisme qui a conduit à une dépossession ruinant les nations d’un des espaces les plus prometteurs de l’univers.

Humour et fiction

  • Le Talon de fer

    Jack London (Libertalia, 2016)

    S’il est un livre qui appartient au patrimoine mondial de l’anticipation, c’est bien Le Talon de fer. Jack London imagine une révolution socialiste où les révoltes ouvrières, les grèves générales, sont étouffées par une impitoyable répression rationnelle et standardisée, et ce grâce à l’alliance entre les riches et les aristocrates du syndicalisme. En imaginant la société future des Etats-Unis, il la pousse jusqu’à sa forme extrême, le fascisme. Ce classique de la révolte est aussi une histoire d’amour et une formidable description de la misère sociale de la classe ouvrière nord-américaine, qu’il appelle à la révolution armée comme le remède à la destruction du peuple voulue par l’oligarchie… Lire la suite
  • Unlucky young men

    Eiji Otsuka, Kamui Fujiwara (Latitudes-Ki-oon, 2016)

    Deux volumes, deux maîtres du manga qui ont conjugué leur talent pour dessiner et écrire cette saga japonaise, aux frontières du polar et de la chronique sociale. Dessins précis, mise en scène impeccable, lecture encouragée par une belle maquette qui joue avec le noir et blanc, Unluncky young men raconte le Tokyo des années 60 secoué par le terrorisme et les révoltes étudiantes qui tournent à l’émeute. Cette fiction-réalité très documentée mélange de véritable figures historiques (les écrivains Kenzaburo Oe et Yukio Mishima et le tueur en série Norio Nagayama) à un scénario où les deux héros fomentent l’attaque d’un fourgon transportant 300 millions de yens. Leur but : financer la production d’un film construit à partir du scénario de l’un d’eux et qui dresse la chronique d’une génération japonaise désabusée et prête à tout pour réaliser ses rêves. Effet de miroir, mise en abyme de cette bande dessinée dont on ne… Lire la suite
  • Kamasutra des grenouilles

    Tomi Ungerer (Éditions des Musées de Strasbourg, 2015, 2015)

    Par devant, par derrière, les grenouilles s’envoient en l’air. Sous le trait de crayon génial, lubrique et joyeux de Tomi Ungerer, à une, à deux, à trois, à plusieurs, elles s’adonnent à tous les plaisirs et positions du Kamasutra. Et cela se voit qu’elles aiment ça. Un régal de drôlerie et de plaisir communicatif.
  • Aden Arabie

    Paul Nizan (La Découverte, 2015)

    « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » écrivait Paul Nizan dans une rage qui nourrit ce petit livre célèbre. Récit de voyage, essai, pamphlet, il met en scène un jeune homme que tout menace de ruine, l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée dans le monde. Jean-Paul Sartre qui en fit sa préface écrivait : « Nizan, c’était un trouble-fête. Il appelait aux armes, à la haine : classe contre classe, avec un ennemi patient et mortel, il n’y a pas d’accompagnement, tuer ou se faire tuer : pas de milieu. Et ne jamais dormir. Il avait répété toute sa vie, avec sa gracieuse insolence, le regard baissé sur ses ongles : ne croyez pas au père Noël ».… Lire la suite
  • Mon ami Dahmer

    Derf Backderf (Ça et Là, 2013)

    Dans une petite ville de l’Ohio, non loin de Cleveland, deux ados entrent au collège, se lient d’amitié et termineront leur scolarité ensemble. L’un, Jeffrey Dahmer, deviendra un des plus grand sérial killer américain, surnommé le « cannibale de Milwaukee », le second devenu dessinateur racontera leur histoire dans un roman graphique stupéfiant. Derf Backderf a mis vingt ans à publier ce récit qui raconte la descente aux enfers de Jeff, que l’auteur décrit comme « un gamin farfelu de 13 ans à l’ado luttant contre les pensées obscures qui le submergent jusqu’au moment fatidique », celui où il commet son premier meurtre. Il y en avouera dix-neuf, sera condamné à 957 ans de prison et sera assassiné dans sa cellule. C’est après sa mort que Derf Backderf se lancera dans cette aventure extraordinaire : raconter avec un dessin en noir et blanc, nous plongeant au fil des pages dans une atmosphère de plus en plus… Lire la suite

Jeunesse

  • Les enfants fichus

    Edward Gorey (Le tripode, 2014)

    A pour Amy tombée au bas des escaliers ; B pour Basil surpris par des ours affamés ; C pour Clara lassée, décharnée et malade ; F pour Fanny vidée d’un baiser de sangsue ; Z pour Zillah petite ayant bu trop de gin… Cet abécédaire de morts d’enfants, dessiné à la plume en noir et blanc est écrit et illustré avec minutie, par un dessinateur fantastique, extravagant, excentrique, tragique, prolixe, aimant le ballet de Balanchine, Buffy contre les vampires, le Dit du Genji Raymond Queneau et Astérix. Edward Gorey, mort sur son sofa le 13 avril 2000, est peut-être l’un des dessinateurs le plus original du siècle dernier que cette réédition permet de découvrir en France. Les enfants fichus, The Gashlycrumb Tinies, un de ses premiers livres, est l’objet d’un véritable culte et bon nombre d’artistes s’en sont inspirés. Ainsi Tim Burton en publiant La triste fin du petit enfant huitre et autres histoires. Si Edward… Lire la suite
  • Lettres des îles Baladar

    André François, Jacques Prévert (Gallimard jeunesse, 2007)

    La mer a ses îles préférées, qu’elle protège à grand renfort de brouillards et de tornades. On vivait heureux aux îles Baladar, jusqu’au jour où le Général Trésorier tenta d’y imposer sa loi. Un jour, en effet, les habitants du Grand Continent s’aperçurent que de l’or brillait sur l’île… Voilà, résumé par les éditions Gallimard ce texte illustré par André François, publié pour la première fois en 1977. La suite est délicieuse, pleine de poésie et d’humour, comme sait écrire Jacques Prévert.
  • Allumette

    Tomi Ungerer (L’École des loisirs, 1997)

    Les trois brigands, Jean de la lune. Qui ne connait pas Toni Ungerer, génial graphiste, créateur multiforme et auteur de livres pour enfants (il a dessiné pour les adultes, mais on ne peut rien en dire dans cette rubrique). Si Allumette, une adaptation – très libre – du conte d’Andersen vous a échappé, courrez l’acheter. Pour vos enfants, pour vous aussi tant les dessins et le texte sont jouissifs. Ne craignez rien, cela se termine bien. Les riches deviennent généreux, les politiques cessent de parler, les militaires se sentent inutiles, les dons affluent du monde entier. C’est une belle histoire, tout est donc inventé. Parce que dans la vraie vie …
  • L’invité douteux

    Edward Gorey (Gallimard / Collection Le Cabinet des lettrés, 1994)

    Dessins somptueux où le gothique se mêle à l’absurde, détail des intérieurs victoriens, surréalisme et fantastique, mystère des romans policiers et poésie de haïkus, maîtrise du trait en noir et blanc créant des clair-obscur : ce petit livre contient tout l’univers et la virtuosité d’Edward Gorey. L’invité douteux raconte l’arrivée dans un manoir d’une créature mystérieuse et taciturne, portant une écharpe bicolore et des baskets de cuir blanc. Les habitants, une famille aristocrate de cinq personnes, voient cet être à l’allure de pingouin bizarre et aux mœurs inattendues, s’installer chez eux et ne plus en partir. Voilà, c’est tout. C’est magnifique.

Beaux livres

  • Du duel au duo. Images satiriques du couple franco-allemand de 1870 à nos jours

    ( Editions des Musées de la ville de Strasbourg, 2013)

    Images satiriques du couple franco-allemand. Tout est dit dans le sous-titre du catalogue de l’exposition consacrée aux échanges des deux pays à travers l’imagerie humoristique de 1870 à nos jours. Les dessins, surprenants, sont d’une acuité incroyable, la composition graphique, nouvelle et efficace. Cent cinquante œuvres de dessinateurs français et allemands y sont reproduites, (Bosc, Braunagel, Cabrol, Daumier, Kroll, Heartfield, Waechter, Willem, Flora, Siné, Zislin,…). Des textes et analyses permettent de comprendre pourquoi des revues - La Baïonnette et Charivari en France, Kladderadatsch et Simplicissimus en Allemagne - sont les outils privilégiés de la satire politique de part et d’autre du Rhin. Une ode à la liberté… Lire la suite
  • Edward S. Curtis

    Edward S. Curtis (Photo Poche, 1997)

    Une passion indienne dévora pendant trente ans le photographe Edward S.Curtis. Vers 1900, il entreprit de photographier les indiens d’Amérique du Nord, du moins ceux qui correspondaient à l’idée qu’il s’en faisait. Donc pas d’indiens s’intégrant aux mœurs occidentales, oubliant leurs coutumes, portant cravate ou salopette, conduisant une auto. Trente ans plus tard, 300 000 clichés et vingt volumes témoignent de cette entreprise gigantesque et acharnée. Cette œuvre chimérique au sens où Curtis a toujours essayé de rendre aux Indiens l’authenticité qu’ils étaient en train de perdre - au risque d’ailleurs de de construire des décors et des tuniques, n’en est pas moins somptueuse. La sélection d’images qu’offre cette édition en… Lire la suite

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Une sélection :

Daniel MERMET avec Olivier BESANCENOT BESANCENOT, BENSAÏD, RÉSISTANCE, ESPÉRANCE AbonnésVoir

Le

Disparu il y a dix ans, le philosophe et militant, Daniel Bensaïd laisse une œuvre toujours utile aujourd’hui, pour celles et ceux qui ne se contentent pas du monde tel qu’il est mais qui n’osent à peine imaginer ce que l’on pourrait en faire. Comment passer de la résistance à l’espérance ? Comment renouer avec le fil de l’histoire progressiste rompu par la catastrophe stalinienne ? Comment trouver des braises dans les cendres des grands échecs ? Ami proche de Bensaïd et de ses idées, Olivier BESANCENOT nous en donne un mode d’emploi pour aujourd’hui.

« LE JOURNALISME DOIT DÉFIER L’AUTORITÉ. » Le journaliste Robert Fisk est mort à 74 ans QUAND ROBERT RENCONTRE BEN LADEN Accès libreÉcouter

Le

Le grand journaliste Robert Fisk est mort. Pas du tout l’air d’un baroudeur, mais plutôt d’un brave irlandais, amateur de rugby, qui sort de son pub. Depuis quarante ans, il était sur tous les coups et toutes les guerres : Liban, Syrie, Irak, Iran, Algérie, Bosnie, Afghanistan, la liste est longue. Toujours à rebrousse-poil et à contre-courant, toujours sur le terrain, le calepin à la main. Contesté, jalousé, respecté, ses papiers – très suivis par le public – agaçaient les professionnels de la profession. Il avait reçu quantité de prix et de récompenses.