Lettre ouverte à la jeune fille qui chantait La Souris verte dans le train de Dole à Paris

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Par ce beau samedi de printemps, je revenais de Dole et de ce Jura où Marcel Aymé situe beaucoup de ses histoires. Lui, c’était La Jument Verte, vous c’était La Souris verte, une même couleur qui allait à merveille avec le paysage printanier de collines, de prairies, de hameaux épars et de touffes buissonnières que nous traversions à 320 kilomètres à l’heure comme venait de nous en informer le chef de notre train avec une fierté contenue.

Votre chanson s’accordait parfaitement avec ce voyage. Tantôt vous vous enfouissiez dans le giron maternel, tantôt vous vous lanciez dans l’escalade de votre père et entre les deux vous chantiez La Souris verte.

J’ai dit jeune fille, il faudrait dire très jeune fille, vous aviez trois au quatre ans tout au plus.

Une souris verte
Qui courait dans l’herbe
Je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs

Le monsieur qui me faisait face n’avait pas l’air concerné. Un certain âge, un certain style, des lunettes hexagonales à monture rose, un ordinateur portable, un livre sur une étude du Don Quichotte et un sac Vuitton.

Ces messieurs me disent :
Trempez là dans l’huile,
Trempez là dans l’eau

La cruauté des paroles ne suscitait aucune émotion. Ni chez vos parents, ni chez le passager aux lunettes hexagonales, ni chez moi-même je l’avoue. Pourtant, habituer les enfants à de telles barbaries pourrait bien être à l’origine de la banalité du mal. Sans doute, mais l’humeur printanière n’était pas à ces sombres augures. Et puis vous avez la vie devant vous pour comprendre de quoi je parle.

Ça fera des escargots tout chauds

C’est la chute de cette comptine, l’image hideuse et baveuse de cette souris affreusement rôtie, recroquevillée, recouverte de beurre fondu et de persil haché pour tout linceul. On commence par torturer des souris et on finit au tribunal de Nuremberg. Mais là non plus, nul ne semblait effleuré par un si terrifiant présage. Surtout pas vous, tout occupée à défriser les cheveux de votre père qui se laissait faire.

Je remarquais tout de même comme une légère nervosité chez mon vis-à-vis aux lunettes hexagonales. Après que vous ayez repris la chanson pour la quatrième ou cinquième fois, ou même plus, il se leva et s’en fut. En son absence, curieusement vous êtes restée silencieuse, toute blottie contre votre mère mais à son retour, le monsieur fut accueilli par la même chanson :

Une souris verte qui courait dans l’herbe…

Une de ces chansons qui au cours des siècles ont perdu leurs sous-entendus séditieux ou libertins, comme le rossignol phallique qui vient s’ébrouer dans l’accueillante claire fontaine ou bien le furet qui court, « il court, il court le furet », simple contrepèterie de « il fourre, il fourre le curé ».

Au temps des cabarets de la rive gauche, il y avait des artistes attitrés comme Barbara à L’Écluse ou Boby Lapointe au Cheval d’or, mais d’autres moins illustres allaient d’un cabaret à l’autre avec une ou deux chansons, un poème ou un sketch puis, dans la nuit, reprenaient leur vélo ou leur Solex jusqu’au cabaret suivant. J’ai oublié le nom d’un de nos préférés, celui qui venait avec sa souris verte et son final :

Je la mets dans un tiroir,
Elle me dit il fait trop noir

Je la mets sous mon chapeau,
Elle me dit il fait trop chaud

Je la mets dans ma culotte,
Elle a mangé ma carotte !

Rigolade assurée et passez la monnaie.

Le train entre en gare de Paris-Lyon. Le passager aux lunettes hexagonales range bien ces affaires dans son sac Vuitton, son portable, son étude du Don Quichotte. Il s’entoure le cou d’un foulard de bon goût et explose d’un seul coup :

« — Y’en a marre de cette môme avec sa chanson, il faut les tenir, les mômes, j’ai des enfants, moi aussi, jamais ils ne feraient ça, gâcher le voyage des gens pendant des heures, c’est une époque monstrueuse, c’est la fin, on ne respecte plus rien, pas d’excuses bien sûr, ce pays est foutu, foutu, foutu !

— C’est la vie », dit tranquillement le papa.

« — Non monsieur, c’est pas ça la vie, c’est pas ça la vie ! »

Avant qu’il ait le temps d’expliquer aux voyageurs ce qu’est vraiment la vie, et tandis qu’on se presse vers la sortie, une petite dame souriante et cheveux blancs :

« — Vous connaissez Charles Cros, vous connaissez Le Hareng saur ?

— Heu ?…

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves
Et amuser les enfants – petits, petits, petits… »

Daniel Mermet
Daniel Gélin : « Le Hareng saur »
par Là-bas si j'y suis

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