
Tony Gatlif à Paris, le 5 mars 2012 (photo : Yann Rabanier/LIBÉRATION)
C’est où ton pays quand t’en as plus ? Et quand t’en as jamais eu ? C’est quoi tes rues, tes saisons, tes odeurs, tes amours, ton école, ta boussole ? Tony Gatlif a la réponse : la musique. Voilà le pays qu’il nous fait aimer dans ses films, Latcho Drom, Gadjo dilo et tous les autres, des histoires différentes mais toujours dans la même patrie sans bords, celle des Gitans, Tsiganes, Roms, Manouches et celle de tous ceux qui ont des semelles de vent.
« Les Tsiganes n’apprennent pas la musique, ils la volent ». À partir d’un des rares moyens qu’ils avaient pour vivre, ces musiciens ont agrandi la vie. D’abord la leur, comme gagne-pain, puis ils ont agrandi la vie de toute l’humanité à partir de cette petite seconde d’éternité où Django attaque Nuages, puis tous les autres qui jouent de leur âme jusqu’à l’os, jusqu’à la fièvre, même jusqu’à la transe.
Mais le sédentaire redoute le nomade, les assis haïssent les oiseaux de passage. Une vieille histoire, vous croyez ? Pas pour tout le monde en cette année électorale qui commence avec une surenchère de racolage. Le 4 août dernier, Gabriel Attal, qui court après les voix de l’extrême droite, vient en Vendée, à Saint-Hilaire-de-Riez, pour dénoncer un camp illégal de « gens du voyage », avec comme solution un « registre national des grands déplacements ».
L’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron ne peut ignorer qu’un tel registre rappelle les sinistres « carnets anthropométriques » institués en 1912 afin de contrôler les « nomades », et qui ont servi d’instrument pour leur internement en camp de concentration et pour leur déportation.
De plus, la visite de Gabriel Attal coïncide avec le 2 août, journée européenne de commémoration du génocide des Roms et des gens du voyage durant la Seconde guerre mondiale.
Mais que voulez-vous, le marketing électoral passe avant tout. Selon le récent rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, les Roms sont toujours perçus comme un « groupe à part » par 63 % des Français [1]. La forme du racisme la plus banalisée. Un marché juteux si vous voulez conquérir l’Élysée. Si vous hésitez, le cinéma de Tony Gatlif peut vous aider à faire la différence entre les voleurs de poule et les voleurs de foule. C’est pas la même musique : Tony Gatlif, c’est Djelem, djelem, l’hymne tsigane. Ça peut se traduire par « je suis parti »…
Alors Latcho Drom, bonne route !

