En juin 2002, en même temps qu’Edgar Morin et ses collègues étaient poursuivis, j’étais moi aussi accusé pour les mêmes motifs et par les mêmes personnes. J’ai été relaxé et acquitté pour la plus grande rage de mes poursuivants mais, aujourd’hui, 25 ans plus tard, il arrive que cette affaire remonte à la surface au détour d’une conversation de façon un peu floue, un peu vague. Aussi, à l’attention de ma descendance dans les siècles à venir, voilà cette histoire racontée dans cinq articles dans la presse de l’époque.
Xavier Ternisien, « Le journaliste Daniel Mermet assigné pour "incitation à la haine raciale" », Le Monde, 02 juin 2002
DU 18 au 22 juin 2001, Daniel Mermet consacrait son émission quotidienne sur France Inter, « Là-bas si j’y suis », au conflit israélo-palestinien. Au début du programme, une boîte vocale diffusait des réactions d’auditeurs. « Qu’est-ce que c’est que ce pouvoir mortifère qui se complaît dans les assassinats d’enfants et les mutilations, qui justifie l’inacceptable jour après jour avec une outrecuidance criminelle et qui a l’infâme arrogance de nous traiter de racistes quand on ose timidement protester contre cette conduite indigne ? Qu’est-ce que c’est que ces hypocrites qui manient avec tant de virtuosité le bouclier de l’antisémitisme quand on veut juste leur rappeler que depuis cinquante ans, ils reproduisent à dose homéopathique l’horrible injustice dont ils ont souffert ? Je suis farouchement antisioniste. Je ne suis en rien antisémite. »
Ces propos, et sept autres réactions, sont-ils constitutifs des délits de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale ? L’association Avocats sans frontières, présidée par Me Gilles-William Goldnadel, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra, qui ont assigné, vendredi 31 mai, Daniel Mermet et Jean-Marie Cavada, président de Radio France, devant la 17e chambre du tribunal de Paris, en sont convaincues. Avec à l’appui, des témoins de poids : les philosophes Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff – qui n’a pu se déplacer –, le journaliste Alexandre Adler et Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juifs de France (CRIF).
Pour Me Goldnadel, il ne fait aucun doute que Daniel Mermet est un « militant » de la cause palestinienne. « Le journaliste est un imparfait de l’objectif, c’est un homme désintéressé et honnête », répond le prévenu. « Qu’avez-vous cherché à montrer à travers vos émissions ? », lui demande la présidente, Mme Catherine Bezio. « De la souffrance, de la haine, l’insécurité, le désarroi, et aussi des amorces de résistance. Ce sont des carnets de route. »
« LE VIBRATO DE SES ÉMISSIONS »
Le magnétophone est branché, le tribunal écoute les pièces à conviction. Les sons de la vie à Gaza font irruption dans la torpeur du prétoire : des gamins qui rient en expliquant la fabrication des cocktails Molotov, des avions F-16 qui traversent le ciel. « Daniel Mermet est un journaliste engagé, juge Alain Finkielkraut. C’est sa marque d’originalité, le vibrato de ses émissions. J’avoue que j’y suis sensible. » Mais le philosophe s’alarme dès que « l’engagement vampirise le journalisme » : « tout au long de son émission, Daniel Mermet ramène ce qu’il décrit à du déjà vu : l’apartheid, la colonisation, le martyre juif. C’est une logique de renversement : les Israéliens sont considérés comme juifs, et donc comme des victimes passées de l’autre côté, des victimes devenues nazis. »
L’audience tourne au débat philosophique sur les rapports entre antisionisme et antisémitisme. « 95 % des juifs de France sont sionistes, avance Alain Finkielkraut, dans le sens où ils ont une solidarité de destin avec Israël. Mettre au banc de l’humanité cet État, en tant que fasciste ou nazi, c’est exclure, sous le masque de l’antiracisme, tous ceux qui, en tant que juifs, le soutiennent. »
Cité par la défense, Rony Brauman ne partage pas cette analyse. Pour l’ancien président de Médecins sans frontières, le sionisme est une option politique, critiquable en tant que telle. « Toute l’ambiguïté du sionisme, c’est qu’il renferme dès l’origine à la fois un mouvement de libération nationale et un mouvement colonial. En ce sens, il comporte une part de racisme. » Alexandre Adler souligne, lui, que la boîte vocale incriminée est un peu comme le courrier des lecteurs d’un journal, « avec l’effet violent qu’apporte en plus la radio ». Pour le directeur éditorial de Courrier international, « ce n’est pas la liberté d’expression qui doit prévaloir dans le choix des interventions ».
Sur 29 auditeurs diffusés à l’antenne, 18 sont pro-palestiniens et 11 pro-israéliens. Daniel Mermet reconnaît avoir reçu davantage de messages pro-israéliens, « des interventions envoyées en réseau, avec sensiblement les mêmes mots ». Des choix éditoriaux qui portent la marque d’un « antisémitisme new look » de gauche, tranche Me Goldnadel, parce qu’il n’y a « qu’un cheveu entre la détestation de l’État juif et l’antisémitisme ».
Pour le procureur Christian Ligneul, les émissions de Daniel Mermet sont à replacer dans « un débat politique, un contexte de guerre ». « On ne peut pas reprocher au journaliste de reproduire un amalgame entre le peuple juif et l’Etat d’Israël, poursuit-il. C’est peut-être moralement répréhensible, mais pas pénalement. » Il laisse donc au tribunal le soin d’apprécier si le prévenu « a franchi une fois seulement la limite ». Me Jean-Yves Halimi, conseil de Daniel Mermet, dénonce « les amalgames, les contresens, les citations tronquées, les glissements sémantiques abusifs et les syllogismes erronés » commis selon lui par les parties civiles. Ce procès constitue, affirme-t-il, « le point d’orgue des pressions exercées sur les médias à l’occasion du conflit israélo-palestinien ». Jugement le 10 juillet.
Jean-Pierre Thibaudat, « Là-bas si j’y suis, de Gaza au tribunal », Libération, 03 juin 2002
L’Union des étudiants juifs s’en prend à Daniel Mermet, accusé de « haine raciale ».
La présidente Catherine Bezio demande si monsieur Mermet est là. Il se lève. « Ah, c’est lui l’ordure ! », lâche une voix dans la salle d’audience. Vendredi, Daniel Mermet, animateur et producteur de l’émission quotidienne Là-bas si j’y suis sur les ondes de France Inter comparaissait devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris pour incitation à la haine raciale. En cause, des propos entendus lors d’une série d’émissions diffusées en juin 2001 et consacrées à des reportages sur la bande de Gaza et en Israël. S’étaient portées parties civiles l’UEJF (Union des étudiants juifs de France), l’association Avocats sans frontières (en la personne de son président, l’avocat Gilles-William Goldnadel) et la Licra.
Proscrits. Depuis treize ans, partout dans le monde, « l’ordure » et son équipe traquent les voix des réfugiés, des exilés, des proscrits, des meurtris, des oubliés, des négligés, des blessés de toute sorte. Pendant que le procès se déroule, passe à l’antenne (entre 17 et 18 heures) la suite du témoignage d’une femme, nord-coréenne, ex-cadre du parti, condamnée à treize ans de camp et aujourd’hui réfugiée à Séoul. À Gaza, à Jérusalem, Mermet et son équipe n’ont pas fait autre chose : témoignages d’une famille israélienne dont les enfants ont été massacrés lors d’un attentat un jour, famille de « martyrs » palestiniens le lendemain, etc. « Des carnets de route », explique l’animateur, mettant en avant « la vie quotidienne, le vécu, le ressenti ».
Chaque émission commence rituellement par la diffusion de quelques messages choisis par Daniel Mermet dans la boîte vocale de Là-bas si j’y suis mise à la disposition des 600 000 auditeurs. Règle intangible, les messages passent dans leur intégralité. C’est justement sept de ces messages (sur 35 diffusés cette semaine-là) qui sont visés par les parties civiles. Nullement les propos de l’animateur. Mais cependant c’est bien lui que les avocats des parties civiles visent en dénonçant « l’ambiance de l’émission ». « Je suis un imparfait de l’objectif, insiste Mermet. J’ai des opinions, je peux éditorialiser. »
C’est ce que vont lui reprocher les témoins cités par les parties civiles. Alain Finkielkraut (producteur d’une émission hebdomadaire à France Culture où il ne tait pas son opinion) estimera que « l’engagement vampirise le journaliste », s’ensuit « un bruit de fond » de l’émission, c’est-à-dire Israël bruissant comme « un État raciste, fasciste et, d’une certaine manière, nazi ». Roger Cukierman, le président du Crif, parlera du « rôle néfaste » d’un homme s’exprimant sur « une onde publique ». Enfin, Alexandre Adler qualifiera Mermet de « journaliste militant », voyant dans son émission l’expression « un peu datée » d’un style qui lui rappelle l’Europe de l’Est d’antan. Rony Brauman, cité par Me Jean-Yves Halimi, l’avocat de Mermet, expliquera, lui, « juif », « avoir toujours voulu dissocier les éléments : juif, israélien, sioniste », et que vouloir interdire la diffusion des messages incriminés est « une opération d’intimidation et une invitation à la censure ».
« Mortifère ». Mais le meilleur témoin sera un magnétophone. Lequel va restituer étrangement l’ambiance de l’émission dans l’enceinte du tribunal, une bouffée de mots bruts dans un temple du discours retors. On entend les propos d’auditeurs incriminés : celui qui parle de « pouvoir mortifère qui se complaît dans les assassinats d’enfants et les mutilations », des « hypocrites qui manient avec virtuosité le bouclier de l’antisémitisme » avant de conclure : « je suis farouchement antisioniste, je ne suis en rien antisémite » ; celui qui clame : « Ne soyons pas racistes, sionistes, soyons des frères. » Mais on entend aussi les autres messages, certains qui, comme « Jacqueline, de Marseille », s’en prennent à Mermet : « je suis outrée par votre émission », « vous faites du bourrage de crâne », etc. La présidente semble circonspecte. Après avoir balayé d’un revers de manche l’engagement du journaliste (« la question n’est pas là »), le procureur Christian Ligneul s’interroge : « est-ce qu’une fois, un mot a dépassé la limite ? » Il s’en remet à la sagesse du tribunal.
Mes Aude Weil-Raynal et Gilles-William Goldnadel essaieront en vain de déstabiliser Daniel Mermet. « Citations tronquées », « contresens grossiers », « syllogismes erronés », « curieuse sémantique », « amalgames », répondra Me Halimi. Las ! Écœuré, le journaliste finira par refuser de répondre, comme c’est son droit, à une volée de questions qu’il juge « trop tendancieuses, trop spécieuses ». Jugement le 10 juillet.
Antoine Jacob, « Pétition contre une "dérive" dans le débat sur Israël », Le Monde, 21 juin 2002
PEUT-ON critiquer la politique du gouvernement israélien sans être taxé d’antisémitisme ? La question est posée par une vingtaine de signataires d’un appel publié dans Le Nouvel Observateur daté du jeudi 20 juin. Intellectuels, journalistes, chercheurs, historiens, avocats s’élèvent contre la « grave dérive du débat public » que constitue, selon eux, le procès intenté contre Daniel Mermet.
Journaliste à France Inter, ce dernier est poursuivi pour incitation à la haine raciale pour avoir diffusé dans son émission « Là-bas si j’y suis », en juin 2001, des réactions d’auditeurs à ses reportages en Israël et dans la bande de Gaza. Lors de l’audience devant le tribunal correctionnel de Paris, le 31 mai, les plaignants – la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et Avocats sans frontières – ont reçu le soutien de plusieurs témoins de poids, tels le philosophe Alain Finkielkraut, le journaliste Alexandre Adler et le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman (Le Monde du 3 juin).
« Délire accusatoire. » « Si « Là-bas si j’y suis » est une émission antisémite, alors l’antisémitisme est partout », estiment les signataires de l’appel publié dans l’hebdomadaire. Sous le titre « A-t-on le droit de critiquer Sharon ? », ils proclament leur refus de « ce délire accusatoire et cette exacerbation de la suspicion ». « On est consterné, ajoutent-ils, de voir des personnalités du monde intellectuel soutenir de telles dérives » initiées par des personnes qui « osent prétendre parler au nom de tous les juifs ».
À l’initiative de Reporters sans frontières, la pétition est signée par plusieurs Israéliens, ainsi que par Alfred Grosser, les époux Aubrac et le directeur de France Inter, Jean-Luc Hees. Pour celui-ci, M. Mermet « n’est jamais neutre, c’est ce qui fait l’intérêt de son émission. Après, on peut discuter de ses points de vue, entamer un dialogue, mais on ne peut absolument pas le traiter d’antisémite ». À l’issue de l’audience, aucune peine n’avait été requise contre M. Mermet par le procureur, Christian Ligneul. Le jugement est attendu le 12 juillet.
Le Nouvel Obs, « A-t-on le droit de critiquer Sharon ? », 22 juin 2002
Après l’affaire Mermet, des personnalités défendent le droit de critiquer la politique israélienne sans être pour autant taxé d’antisémitisme.
À propos de l’affaire Daniel Mermet, poursuivi début juin pour des messages sur répondeur diffusés dans son émission Là-bas si j’y suis sur France Inter, des personnalités défendent le droit de critiquer la politique israélienne sans être pour autant taxé d’antisémitisme. Voici le texte de leur appel publié le 20 juin dans Le Nouvel Observateur.
CONTRAIREMENT aux États-Unis, la France demeurait, jusque-là, un pays où la critique de l’actuel gouvernement israélien n’était pas considérée comme un acte d’antisémitisme. Les calomnies et insultes à l’encontre des journalistes et des rédactions n’émanaient que de groupes extrémistes et minoritaires non représentatifs. Mais au fur et à mesure que s’exaspère la tragédie israélo-palestinienne, on voit se profiler de véritables campagnes de dénonciations diffamatoires et de menaces.
Ainsi, le 31 mai, Daniel Mermet, journaliste et producteur à Radio France, a comparu devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffusé des commentaires émanant d’auditeurs dans une série de reportages à Gaza et en Israël. Au terme d’un procès de huit heures, aucune peine n’a été requise. Le jugement sera rendu le 12 juillet prochain.
Les graves actes antisémites qui se sont multipliés au cours de ces vingt derniers mois doivent être poursuivis et condamnés par la justice, ainsi que tous les actes racistes ou xénophobes. Et l’on ne peut que partager une inquiétude déjà exacerbée par la tragédie qui se déroule au Proche-Orient.
Mais les groupuscules et les hommes qui osent prétendre parler au nom de tous les juifs exploitent peurs et désarroi et, face à la moindre critique de l’actuelle politique israélienne, brandissent l’accusation d’antisémitisme.
On est consterné de voir des personnalités du monde intellectuel soutenir de telles dérives, allant jusqu’à s’associer à des poursuites judiciaires visant à faire taire un journaliste comme Daniel Mermet.
Ainsi, la lutte contre l’antisémitisme et la judéophobie, systématiquement et abusivement invoquée, s’en trouve dangereusement galvaudée. Si « Là-bas si j’y suis » est une émission antisémite, alors l’antisémitisme est partout. Et on peut le trouver chez tous ces militants de la paix qui, en Israël et dans les diasporas, constatent la mort dans l’âme le sanglant échec et la cécité d’Ariel Sharon.
Nous refusons ce délire accusatoire et cette exacerbation de la suspicion.
Nous refusons cette grave dérive du débat public.
Nous refusons cette banalisation de l’antisémitisme.
Signataires :
Lucie et Raymond Aubrac, résistants,
Rony Brauman, médecin, enseignant,
François Cantier et Marc Nève, présidents, Avocats sans frontières,
Bernard Cassen, président d’Attac,
François Gèze, directeur général des éditions La Découverte,
Alfred Grosser, professeur émérite à Sciences Po,
Gisèle Halimi, avocate,
Haim Hanegbi, journaliste, Tel-Aviv,
Jean-Luc Hees, journaliste, directeur de France Inter,
Stéphane Hessel, ambassadeur de France et Christiane Hessel, son épouse,
Omry Kaplan, historien, Tel-Aviv,
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières,
Edgar Morin, directeur de recherche au CNRS,
Gilles Perrault, écrivain,
Amnon Raz-Krakotzkin, professeur d’histoire du judaïsme, Beer-Sheva,
Tanya Reinhart, poète et enseignante, université de Tel-Aviv,
Jorge Semprun, écrivain,
Pierre Vidal-Naquet, historien…
Le Nouvel Obs, « La relaxe pour Daniel Mermet », 13 juillet 2002
Le journaliste était poursuivi pour « incitation à la haine raciale » pour avoir diffusé sur France Inter des messages dénonçant la politique de Sharon.
Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi l’animateur Daniel Mermet, qui était poursuivi par plusieurs associations pour avoir diffusé des commentaires jugés antisémites de certains auditeurs dans le cadre de son émission « Là-bas si j’y suis » sur France Inter.
Daniel Mermet était poursuivi pour « incitation à la haine raciale » par l’Union des étudiants juifs de France, Avocats sans frontières et la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).
Les trois associations lui reprochaient d’avoir diffusé les commentaires de certains auditeurs recueillis sur le répondeur de l’animateur pour réagir à l’actualité du Proche-Orient dans une série d’émissions diffusée entre le 18 et le 22 juin 2001 sous le titre « Israël, la guerre maintenant ? ».
Dans son jugement, le tribunal a estimé que « M. Mermet, plus en qualité de témoin de l’événement qu’en qualité de journaliste, a rendu compte d’une situation politique éminemment conflictuelle ». Il a jugé que cela n’allait pas sans « l’expression de certaines préférences » mais que celles-ci « ont seulement trait à une cause, défendue par lui indépendamment de toute considération raciale ».
Six messages
Daniel Mermet avait comparu le 3 juin dernier devant la 17e chambre du tribunal correctionnel pour avoir diffusé des messages enregistrés sur le répondeur de son émission et jugés antisémites par les plaignants.
Plus précisément, étaient en cause six messages diffusés à l’antenne à l’occasion d’une série de reportages sur le conflit au Proche-Orient. L’un des auditeurs s’en prenait à un « pouvoir [israélien] mortifère qui se complaît dans les assassinats d’enfants et les mutilations » et aux « hypocrites qui manient avec virtuosité le bouclier de l’antisémitisme ». Un autre déclarait : « ne soyons pas racistes, sionistes, soyons des frères ».
Pas de peine requise
« Sur le plan moral il y a effectivement eu des dérapages, peut-être aussi sur le plan de la déontologie journalistique, mais sur le plan pénal je ne crois pas », avait déclaré le procureur dans ses réquisitions. « Est-ce qu’une fois, un mot a dépassé la limite ? », s’est-il interrogé, sans requérir de peine.
Cité par les parties civiles, le philosophe Alain Finkielkraut avait estimé que « l’engagement vampirise le journaliste ». Le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) Roger Cukierman avait souligné de son côté le « rôle néfaste » de quelqu’un qui s’exprime sur « une onde publique ». Quant au journaliste Alexandre Adler, il affirmait que dans un contexte aussi douloureux pour les juifs de France, « il ne faut pas diffuser d’appels à la haine ». « Un journaliste est responsable de la parole qu’il donne aux autres », ajoutait-il.
Défense
Autant d’arguments que Daniel Mermet avait balayé d’un revers de la main. « Je suis un imparfait de l’objectif. J’ai des opinions, je peux éditorialiser », avait-il déclaré, estimant que les messages laissés par les auditeurs sur la boîte vocale de l’émission constituaient « des humeurs, des coups de gueule ». Cité par l’avocat de Daniel Mermet, Me Jean-Yves Halimi, Rony Brauman avait estimé que vouloir interdire la diffusion des messages incriminés relevait d’une « opération d’intimidation et d’une invitation à la censure ». Il avait aussi expliqué son souci de « toujours dissocier les éléments : juif, israélien, sioniste ».
Une pétition de soutien au journaliste, intitulée « A-t-on le droit de critiquer Sharon ? », avait recueilli jeudi plus de 25 000 signatures depuis son lancement le 19 juin.
Parmi les signataires figurent Christophe Aguiton, secrétaire général d’Attac, Claude Angeli, rédacteur en chef du Canard Enchaîné, les résistants Lucie et Raymond Aubrac, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, José Bové, le musicien Manu Chao, Alfred Grosser, professeur émérite à Sciences Po, le journaliste Jean Hatzfeld, Stéphane Hessel, ambassadeur de France, Henri Leclerc, avocat, Noël Mamère, Bruno Masure, le MRAP, Jorge Semprun, Yves Simon, le Syndicat national des journalistes ou Richard Wagman, président de l’Union juive française pour la paix.
Reporters sans frontières
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), espère que la relaxe du journaliste Daniel Mermet va « mettre un coup d’arrêt à la dérive de certaines organisations anti-racistes qui instrumentalisent l’antisémitisme à des fins politiques ». Évoquant la pétition de soutien à Daniel Mermet, Robert Ménard a jugé que cela montrait « un raz-le-bol par rapport à cette manipulation à laquelle se prêtent certaines associations pour diaboliser n’importe quel point de vue ». Interrogé sur ces commentaires d’auditeurs, il a estimé qu’ils étaient certes « problématiques », mais que « la Cour européenne des Droits de l’Homme dit que la liberté d’expression doit aussi s’appliquer à des points de vue qui sont minoritaires et qui sont même choquants pour la majorité de la population ».

