Une lettre à Jean d’Ormesson, touriste du génocide rwandais (1994)

Jean d’Ormesson au Rwanda : « Des massacres grandioses dans des paysages sublimes »

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Rwanda. Photo d’Alex en 2014 avec sa photo enfant, en 1995, un an après le génocide (photo : Daniel Mermet)

Hommage unanime à l’académicien Jean d’Ormesson qui vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans. Des flots d’éloges, des superlatifs en boucle, des bons mots d’anthologie, la fabrique des médias perd son meilleur « bon client », pas la moindre petite ombre au tableau.

En voici une pourtant, une ombre en forme de casserole, un peu encombrante pour l’emporter au paradis.

En mai 1994, dans notre émission sur France Inter, nous avons diffusé une série de reportages sur le génocide du Rwanda, notamment dans le charnier de Nyarubuyé que nous avions découvert et où, parmi des centaines de cadavres, nous avions trouvé une fillette de 13 ans qui avait survécu parmi les cadavres, Valentine Iribagiza. Inutile de dire le choc profond que furent pour nous et pour les auditeurs ces scènes inimaginables du génocide des Tutsis du Rwanda, où nous sommes revenus plusieurs fois.

Quelques semaines plus tard, début juillet, une fois les massacres achevés, Jean d’Ormesson se rendait au Rwanda pour le compte du Figaro, assisté d’une escorte militaire française. Le nombre de victimes en cent jours de tuerie était alors estimé à environ 800 000. La qualification de « génocide » était unanimement reconnue.

À 69 ans, Jean d’Ormesson découvrait le Rwanda. Il en a rapporté trois articles publiés les 19, 20 et 21 juillet 1994 dans Le Figaro. Jean d’Ormesson de l’Académie française n’épargne pas ses lecteurs de toutes les inepties sur les Rwandais et sur le Rwanda que vraisemblablement le service d’informations et de relations publiques des armées françaises (SIRPA) lui a gentiment fournies, selon la militante rwandaise Kagatama sur son blog [1]. Il reprend tous les clichés racistes imposés par les colonisateurs :

« Les Tutsis parlent anglais et swahili. Les Tutsis seraient grands, élégants, rapides, organisés. Les Hutus seraient petits et moins bien physiquement. Il n’est pas impossible que les Tutsis aient des origines nilotiques. Ils rappellent à certains égards le type égyptien. On a pu dire que les Tutsis jouaient le rôle des Israéliens et les Hutus, celui des Palestiniens. On a même avancé, avec un peu trop de subtilité, que les Hutus ne veulent pas tuer – mais qu’ils tuent ; et que les Tutsis veulent tuer – mais qu’ils se contrôlent. »
(…)
« Un pas de plus et on passe à la conviction que le FPR, mélange de fascisme, de marxisme et de Khmers rouges, est tout simplement l’ennemi. »
(…)
« S’il faut tirer une leçon du Rwanda, c’est que les hommes sont tous coupables et qu’ils sont tous innocents. »
(…)
« Sortez vos mouchoirs : il va y avoir des larmes. Âmes sensibles s’abstenir : le sang va couler à flot sous les coups de machette. »
(…)
« Partout, dans les villes, dans les villages, dans les collines, dans la forêt et dans les vallées, le long des rives ravissantes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes. »

Voici la suite que j’ai donnée à cet article dans notre émission du 19 septembre 1994. La diffusion fut suivie de quelques remous du côté de la direction de France Inter qui avait été saisie par le secrétariat de l’Académie francaise. Mais le roublard d’Ormesson n’alla pas plus loin. L’encre sèche vite et l’oubli fait son œuvre.
Oui, mais pas toujours.

TOUS COUPABLES, TOUS DIFFÉRENTS

La leçon de cette tragédie, c’est que « les hommes sont tous coupables » et « tous innocents ». Voilà la leçon que M. Jean d’Ormesson, de l’Académie française, envoyé spécial au Rwanda pour le journal Le Figaro, le 21 juillet 1994, tirait. Et M. Jean d’Ormesson a raison. Tous innocents. Tous coupables. Vous prenez un type comme Hitler. On a dit qu’il était coupable. Certes. Mais, en même temps, au fond, Hitler était innocent. Prenons les Arméniens, les juifs, les Tsiganes, les Khmers, les Kurdes et les Tutsis. Ils sont innocents, certes, mais, en même temps, ils sont coupables.

Le 21 juillet 1994, lorsque Le Figaro publie le papier de Jean d’Ormesson, la tragédie rwandaise était identifiée. Il ne s’agissait pas seulement d’une tragédie comme une autre, il s’agissait d’un génocide. En France, c’est Mme Lucette Michaux-Chevry qui, la première, a employé ce terme ensuite repris par le ministre des Affaires étrangères d’alors, M. Alain Juppé.

M. d’Ormesson, grande lumière de notre Hexagone, homme informé, académicien, envoyé spécial d’un quotidien prestigieux, ne pouvait pas ignorer qu’il était en présence d’un génocide.

Aujourd’hui, quatre-vingts années après le génocide des Arméniens, M. d’Ormesson pourrait-il se présenter devant les Arméniens et leur dire : « la leçon de votre tragédie, c’est que les hommes sont tous coupables et sont tous innocents » ? Pourrait-il prononcer les mêmes mots face aux juifs, aux victimes des Khmers rouges… ? Mais laissons d’Ormesson, car enfin il n’est pas en face de moi pour répondre, et puis c’est un homme charmant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cravates…

Mais, inconsciemment, sans aucun doute, il dit notre regard sur le génocide du Rwanda. Sous un prodigieux édredon de cynisme, de lâcheté et d’ignorance, nous avons procédé à une perte de conscience. Plus de frontières. Et si c’était ça le naufrage, l’idée même de sans frontières ? Plus de limites, plus de morale, plus de tabous. À quoi bon la justice ? Pourquoi ce commandement : « tu ne tueras pas » ? S’il a fallu un commandement, c’est que ça n’allait pas de soi. Le plus grand geste civilisationnel a été d’établir ce partage des eaux entre nos instincts de mort et nos instincts de vie. Ils sont très proches. Ils voisinent là-derrière, dans notre vieux cerveau, là où, très précisément, tapaient les machettes.

Le rempart n’est pas épais entre les deux. Les plombs peuvent péter à tout moment. L’histoire des hommes, c’est cette digue. Digue chaque jour à construire, chaque jour menacée. Tous, nous travaillons sur cette frontière sans toujours le savoir. Pas seulement les philosophes, les politiques, les religieux, les journalistes, les artistes, les géomètres et les poètes. Pas seulement Sonny Rollins et Gilles Deleuze, mais aussi la maman qui dit à son petit : « on ne tape pas sur son frère », « va faire dans ton pot », « ne fais pas ci, ne fais pas ça ». C’est aussi chaque jour, chaque soir, la mémoire ordinaire. C’est mon frère qui nous raconte les camps pendant que ma mère fait la vaisselle.

La leçon de la tragédie du Rwanda, c’est qu’il y a des coupables et qu’il y a des innocents. Le seul espoir, c’est que les coupables soient jugés.

Il n’y a pas d’oubli, pas de deuil, pas de pardon sans justice. Depuis trente-cinq ans, depuis le début du cycle des massacres au Rwanda et au Burundi, les tueurs sont impunis. Pas de châtiment. C’est notre devoir à tous de tout faire pour que la justice soit faite, même si notre pays est impliqué. Blaise Pascal disait en substance : les hommes veulent la justice mais ils ne savent pas laquelle. Trouver une justice est un défi énorme. Mais c’est la seule façon d’empêcher que la lumière ne s’éteigne tout à fait.

La leçon de la tragédie du Rwanda, c’est qu’il n’y a pas que le racisme des skinheads sans conscience. Il y a aussi celui, plus pervers, plus mondain, plus refoulé, plus inconscient, d’hommes dont j’apprécie le soin qu’ils apportent à choisir leurs cravates.

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Manu Chao : « Clandestino » Abonnés

    -

    Voir

    Si les migrations existent depuis l’aube de l’humanité, elle ne concernent pourtant qu’une petite partie des êtres humains : environ 3,5 % de la population mondiale à l’heure actuelle.

    Néanmoins, ces dernières décennies, les conséquences de la révolution industrielle et de la dérégulation néolibérale ont fait légèrement augmenter le nombre de flux migratoires. On comptait environ 77 millions de personnes migrantes dans le monde en 1965, 140 millions en 1997 et 281 millions en 2020.

    En 1998, le gouvernement de Lionel Jospin régularisait 80 000 sans-papiers en réponse aux lois Debré-Pasqua qui avaient précédemment durci les conditions d’entrée et de séjour en France. La même année, Manu Chao sortait son premier album depuis la fin de la Mano Negra. Il s’appelait Clandestino, et le premier titre s’appelait « Clandestino ». Un succès au-delà des frontières que vous raconte cette semaine Olivier Besancenot.

  • Laurence De Cock reçoit l’économiste Thomas Porcher Thomas Porcher : « Pourquoi la dette n’est pas un problème » Abonnés

    -

    Voir

    Les riches ont-ils mérité leur richesse ? La taxe « Zucman » est-elle confiscatoire ? Taxer les riches aura-t-il pour effet de les faire fuir à l’étranger ? Faut-il avoir peur de la dette ?

    Voilà autant d’idées reçues en économie sur lesquelles nous avons tous plus ou moins une opinion, mais à propos desquelles on a souvent du mal à argumenter le soir du réveillon lorsqu’on se retrouve à dîner face à son beau-frère de droite.

    Après ses agapes de fin d’année, Laurence De Cock s’est donc dit qu’il fallait un professeur d’économie un tout petit peu pédagogue pour nous expliquer tout cela clairement et nous donner des billes pour la prochaine réunion de famille.

    Voilà ainsi révélées les vraies raisons de la présence de Thomas Porcher dans cette émission. Car s’il y a bien un professeur qui prend son métier à cœur, c’est lui. Professeur d’économie à la Paris School of Business, il est surtout connu pour ses nombreuses interventions médiatiques en tant qu’« économiste de gauche » et pour être la seule personne autorisée à contredire Dominique Seux chaque vendredi matin sur France Inter.

    Il a aussi publié une bande dessinée avec Ludivine Stock et Raphaël Ruffier-Fossoul, L’économie pour les 99 %, pour essayer de combattre les idées reçues en économie. Et combattre les idées reçues en économie, c’est ce qu’il est venu faire au micro de Laurence De Cock dans ce nouvel épisode de « Si j’aurais su ».

  • La Hongrie va-t-elle enfin tourner la page Orbán ? Abonnés

    -

    Voir

    Qui soutient encore Viktor Orbán, au pouvoir en Hongrie depuis quinze ans ?

    Marine Le Pen en pince pour Orbán, elle qui en a fait son invité d’honneur à sa « fête de la victoire » organisée dans le Loiret en juin dernier.

    Trump aussi ne manque jamais une occasion de féliciter son homologue hongrois : « je le soutiens. Il a accompli un travail fantastique ». En novembre 2025, il l’a même reçu très chaleureusement à la Maison Blanche pour lui accorder l’autorisation spéciale de ne pas appliquer les sanctions liées au pétrole russe.

    Benyamin Nétanyahou a aussi toutes les raisons de bien aimer le ministre-président hongrois. Il a pris la décision de retirer son pays de la Cour pénale internationale, après que ladite cour a eu l’outrecuidance d’émettre un mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

    Si Viktor Orbán peut donc compter sur tous les Le Pen, Trump et Nétanyahou du monde entier, a-t-il encore le soutien des Hongroises et des Hongrois ? Rien n’est moins sûr, puisqu’il se murmure qu’il pourrait perdre les élections législatives en avril prochain. Cette semaine, Le Guide du droitard fait le bilan du laboratoire de l’extrême droite mondiale.

  • Pour la fin de vie d’Emmanuel Macron Abonnés

    -

    Voir

    Gérard Mordillat a regardé pas moins de deux fois les vœux du président de la République. Et maintenant, il en est persuadé. Les vœux qu’Emmanuel Macron a formulés face à la caméra n’étaient destinés ni à la France, ni aux Français… mais à lui-même. Démonstration.

  • Macron lèche Trump Accès libre

    -

    Lire

    2026 démarre très fort : viol de la souveraineté, viol de la constitution américaine, viol du droit international. Donald Trump viole toutes les lois. Un soir, il fait kidnapper le président vénézuélien
    Nicolás Maduro et son épouse et il s’empare du pétrole du Venezuela, les plus vastes réserves d’or noir du monde. Il annonce que les États-Unis vont diriger le Venezuela et y installer les compagnies pétrolières américaines. « Nous allons investir des milliards de dollars au Venezuela et tirer une extrême richesse du sol vénézuélien. »

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Léo Ferré : « Les Anarchistes » Abonnés

    -

    Voir

    C’est le 10 mai 1968 que Léo Ferré interpréta la première fois cette chanson sur la scène de La Mutualité. Le 10 mai, ce fut aussi la première nuit des barricades de Mai-68. La légende raconte que le chanteur engueula son public en leur demandant de sortir rejoindre les manifestants. Aussitôt dit, aussitôt fait puisque le public était majoritairement composé de membres de la Fédération anarchiste. Cette semaine, Olivier Besancenot rend hommage aux Anarchistes… et aux anarchistes.

  • Arnaques sentimentales : un reportage de Charlotte Perry. PODCAST RADIO Les arnacœurs Abonnés

    -

    Écouter

    « C’est une vieille maladie honteuse
    Un sacré manque d’amour qui creuse
    Dans nos villes, dans nos campagnes
    Ça gagne… »

    Alain Souchon a mis les mots dessus, il y a presque 50 ans.

    La solitude colle à l’humanité comme son ombre, pleurer des rivières est notre plus ancien blues.

    Mais tout ça, c’était avant.

    Avant l’informatique et les réseaux qui ont permis de faire de la solitude un énorme business. On parle d’un « capitalisme de la solitude ». L’escroquerie aux sentiments engendre des milliards d’euros. L’université du Texas avance un chiffre de 65 milliards d’euros entre 2020 et 2024. Témoignages, enquêtes, reportages se multiplient. L’Afrique de l’Ouest prend sa revanche, les « brouteurs » capables de vous tondre jusqu’à l’os avec un simple portable chantent le bonheur de « niquer la France/depuis l’étranger ».

    On arnaque par le cœur, par le cul et par le fric.

    Pour pratiquer l’arnaque aux sentiments, vous pouvez trouver des kits de phishing sur Telegram entre 75 et 300 euros. Vous apprendrez à utiliser l’IA, vous apprendrez le « boomer trap », le piège à séniors. Des milliers se font piéger chaque année, parfois jusqu’à la ruine complète.

  • Rions et rêvons un peu avant de reprendre le boulot… un conte de Daniel Mermet à écouter en regardant les illustrations d’Henri Galeron L’île du droit à la caresse Accès libre

    -

    Écouter

    Nous nous évitons, nous nous méfions des autres, l’enfer, c’est les autres. Gardez vos distances. On ne sait quel crétin officiel a trouvé l’expression « distance sociale ». Comment retrouver la fusion de la manif, les grappes humaines du « tous ensemble », la grande partouze de la lutte après ça ? En attendant, pour rebondir, voici une histoire d’île et de caresse.

  • Un entretien avec David Graeber de 2018 à revoir pour commencer l’année avec les idées claires « Larbins, porte-flingues, rafistoleurs, cocheurs de case, petits chefs… » Et vous, quel job à la con faites-vous ? Abonnés

    -

    Voir

    Dénoncer les boulots à la con alors que des millions de chômeurs rêvent d’un boulot, ça ressemble à une de ces leçons péremptoires dont la petite bourgeoisie culturelle est coutumière. Mais en réalité, la terreur de la précarité pousse au désir d’avoir un job, peu importe lequel, mais un job. Ainsi, beaucoup sont amenés à passer leur vie dans des boulots inutiles, dépourvus de sens, voire vraiment néfastes. C’est ce que démontre l’anthropologue David GRAEBER.

  • On en parlait en 2025 Puisqu’on en parle Abonnés

    -

    Lire

    Dans la matinale du mercredi 1er octobre sur France Culture, Guillaume Erner consacrait son « humeur du matin » à l’incarnation cinématographique de Gisèle Halimi par Charlotte Gainsbourg, et aux questions que ce casting a pu soulever. Sur le moment, j’avais balayé d’un haussement d’épaules les inepties moralisantes de mon bavard quotidien.

    Découvrant ensuite ici même l’article récent de Daniel Mermet puis la dernière chronique de Gérard Mordillat, je suis retourné lire en ligne le billet d’Erner. Attentivement. Ce qui m’a convaincu qu’il fallait tout de même réagir. Ami lecteur, je t’invite à prendre connaissance de ce billet, vite lu, pour une lecture plus fluide de la présente chronique. Car c’est un courrier à l’auteur, adressé en vrai comme toujours. Il ne m’a pas répondu, d’ailleurs. Comme toujours.

    Cher Guillaume Erner,

    De Gisèle Halimi, vous dites dans votre humeur de mercredi dernier qu’«  elle ne s’est jamais exprimée sur la situation actuelle au Proche-Orient pour une raison simple : elle est morte avant. » Bon. Comment dire. Pour éclairer ce qui va suivre, je vous propose de commencer par lire ceci :

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire « La lega », le chant des travailleuses du riz italiennes Abonnés

    -

    Voir

    C’est le troisième tube des chants de lutte italiens, avec Bandiera rossa et Bella ciao. Tout comme le célébrissime chant des partisans italiens, La lega (« la ligue ») est née dans la plaine du Pô au début du XXe siècle. Chaque mois de mai, les rizières du nord de l’Italie voient affluer des milliers de jeunes travailleuses pauvres qui viennent des régions voisines pour désherber et repiquer les jeunes plants de riz. Autant pour se donner du courage que pour résister aux conditions de travail harassantes et exprimer leurs revendications, elles chantent. La lega est l’un de ces chants, que nous raconte Olivier Besancenot.

  • Rencontre avec l’archéologue britannique David Wengrow, qui publie une « nouvelle histoire de l’humanité » avec David Graeber Et si l’histoire de l’humanité n’était pas celle que vous croyiez ? Abonnés

    -

    Écouter

    Et si l’histoire de l’humanité n’était pas celle que vous croyiez ? C’est la promesse ambitieuse du dernier livre de David Graeber, Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité. Anthropologue et anarchiste britannique, David Graeber est connu aux États-Unis pour son engagement dans le mouvement Occupy Wall Street. En France, on se souvient de lui pour ses travaux sur l’histoire de la dette (Dette : 5 000 ans d’histoire), sur la bureaucratie (Bureaucratie, l’utopie des règles) et sur les boulots à la con (« bullshits jobs »). Avant de mourir d’une maladie en 2020, David Graeber avait eu le temps de terminer cette nouvelle histoire de l’humanité avec l’archéologue David Wengrow.

  • « Fils de pute », « enculé » Accès libre

    -

    Lire

    À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

  • Passons de bons moments en attendant la mort ! Un choix de sketches de Blanche Gardin Un joyeux Noël avec Blanche Gardin ! Accès libre

    -

    Voir

    Blanche Gardin est un obstacle à la croissance de la France. Innombrables sont en effet les salariés qui regardent ses sketches en secret sur leur écran pendant les heures de travail. Ils tombent par hasard sur un premier sketch et, à 67,4 % (selon Médiaprime Consulting), ils en cherchent un second puis un autre et ainsi de suite, ce qui affecte gravement le rendement et la compétitivité. Aussi, tel le cochon truffier du Périgord, nous avons recherché les meilleurs sketches de Blanche dans les broussailles du net et nous profitons de ce week-end pour vous proposer un choix que vous pourrez savourer sans que l’économie française en soit affectée.

  • Enquête de perception Abonnés

    -

    Lire

    Comme notre empêcheur de tourner en rond préféré, Olive, profite des fêtes pour la faire, la fête, et aussi pour se reposer un peu, on vous propose de vous replonger dans sa brillante analyse de l’utilisation des sondages à des fins idéologiques, et plus précisément d’un type de sondages en particulier : l’enquête de perception. Vous n’écouterez plus la radio de la même façon après ça.

    On connaît le penchant des instituts de sondage à s’arranger avec la réalité. On se souvient tous par exemple d’élections récentes où l’écart entre les intentions chiffrées en pourcentage et la réalité finalement sortie des urnes dépassait largement la marge d’erreur ordinaire – ne prenons pas la peine de rappeler dans quel sens. Disons simplement que les instituts de sondages sont des entreprises florissantes aux mains d’une élite patronale fort bien nantie et qu’on ne voit pas bien pourquoi ils se gêneraient. Mais avant de crier au traficotage des chiffres, on peut déjà s’interroger sur la méthode. Le panel, la forme des questions, leur place dans l’actualité : les variables propices à orienter une enquête vers le résultat voulu ne manquent pas. Parmi tous ces procédés, il en est un particulièrement pernicieux : l’enquête de perception. L’outil est redoutable et mérite qu’on l’observe de près. Quelques exemples.

Une sélection :

Les nouveaux négationnistes Accès libreVoir

Le

« Gaza brûle. » C’est avec ces deux mots très clairs que le ministre israélien de la Défense a qualifié mardi 16 septembre l’offensive terrestre menée par l’armée israélienne pour « prendre le contrôle » de la ville de Gaza.

Même les autorités françaises, pourtant diplomates, ont dénoncé « cette campagne destructrice, qui n’a plus de logique militaire ». Le jour même, une commission d’enquête internationale de l’ONU sur le territoire palestinien occupé « estime qu’Israël est responsable du génocide commis à Gaza ».

Pendant ce temps, en France, certains continuent à estimer qu’« Israël n’est pas responsable d’une famine à Gaza » (Bernard-Henri Lévy, 24 août 2025), que « la détestation d’Israël sur la base d’un mensonge médiatique invraisemblable, la fausse famine, le faux génocide, est à son comble » (Gilles-William Goldnadel, 14 septembre 2025) et même qu’« il n’y a AUCUN journaliste à Gaza. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d’otages avec une carte de presse. » (Raphaël Enthoven, 15 août 2025). Gérard Mordillat revient aujourd’hui sur ceux qui s’évertuent à nier la réalité du massacre à Gaza, ces « nouveaux » négationnistes.

Tout un été Là-bas pour se refaire la cerise ! COMMENT LE FASCISME GAGNE LA FRANCE AbonnésÉcouter

Le

Nationaliser le bonheur commence par virer ces passions tristes qui nous bouffent comme des punaises de lit et rétrécissent la surface de la cage. Contre ça il faut des biscuits, il faut des provisions, il faut des armes. Là-bas si j’y suis vous en donne tout l’été, comme cette émission avec le sociologue Ugo Palheta à l’occasion de la nouvelle édition de son livre Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen parue en mai aux éditions La Découverte.

On vise les affects et non la pensée Rima Hassan, sorcière terroriste AbonnésLire

Le

Fachos, droite et extrême droite, de Retailleau à Marion Maréchal en passant par les 94 sénateurs qui exigent la levée de son immunité parlementaire, une chasse délirante est ouverte contre la députée européenne Rima Hassan suite à son entretien avec Jean-Jacques Bourdin le 27 février.

Voilà le pourquoi et le comment d’un lynchage ordinaire.

Charmant dessin daté du 3 mars. Le virage réac du dessinateur Plantu ne date pas d’hier mais il a le mérite de montrer une droitisation générale de plus en plus déboutonnée. Si on suit Plantu, le « dessinateur citoyen », ces dernières années, on arrive à Gaza devenu le Auschwitz du Hamas avec LFI qui garde le camp ? (images trouvées par le site Contre Attaque)