La lettre hebdo de Daniel Mermet

Edgar Morin a perdu 21 grammes

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(illustration : Daniel Mermet/LÀ-BAS SI J’Y SUIS)


21 grammes, c’est le poids de l’âme quand elle s’envole. C’est ce qu’a établi Duncan MacDougall, un médecin américain en 1907. L’âme est représentée partout, dans toutes les cultures, depuis toujours, dans toutes les peintures. En Corse, on ouvre la fenêtre de la chambre du mort afin que son âme puisse s’envoler, mais on en ignorait le poids précis.

Hommages, discours, nécros, toute une avalanche qui attendait depuis des années dans les congélateurs des convenances a enseveli Edgar Morin dès l’annonce de sa mort ce vendredi 29 mai à l’âge de 104 ans. Un bombardement d’hommages et d’images, de quoi tuer un mort.

Mais peu importe : son âme s’était déjà envolée, 21 grammes.

Sans vous garantir de la retrouver, nous vous proposons déjà de retrouver Edgar Morin dans nos émissions. Il a été un ami fidèle de Là-bas depuis plus de trente ans. Au fil des jours prochains, nous vous proposerons des émissions à (re)découvrir.

Je me souviens encore du premier enregistrement, le 13 septembre 1993, il y a 33 ans. Il nous avait demandé s’il était possible d’avoir un téléviseur dans le studio. Il ne voulait pas manquer un évènement important en direct. Un caprice de diva ? Du mépris pour la modeste et géniale équipe de Là-bas ?

Je ne me souviens plus du sujet de cette émission, je me souviens du direct depuis Washington. Sur l’écran, voilà la pelouse de la Maison Blanche, voilà Bill Clinton en conciliateur, voilà Yasser Arafat le Palestinien, voilà Yitzhak Rabin l’Israélien. Des images qui font partie de l’histoire aujourd’hui et qui n’étaient alors qu’un reportage en direct.

Edgar observe de tous ses yeux. Yasser Arafat souriant tend la main mais Rabin ne la prend pas. Pas tout de suite. Un mépris ? un calcul ? un hasard ? Un instant d’hésitation à mettre en lien avec l’échec des accords d’Oslo ? À mettre en rapport avec l’assassinat de Rabin deux années plus tard ? Alors que tous les médias s’enchantaient de cette image de réconciliation, Edgar s’inquiétait devant cet instant d’hésitation. Un sombre présage à ses yeux. C’est ces signes qu’il guettait dans l’histoire immédiate, il pensait utile de penser l’évènement à chaud.

Sociologue, philosophe, écrivain. « Le mot qui me plaît, c’est chercheur. Je me vois chercheur parce que je crois que je ne suis pas quelqu’un qui fait des recherches, je suis quelqu’un qui cherche. Je ne sais pas très bien ce que je cherche, (…) je cherche à comprendre, je ne sais pas. » Entre ses recherches savantes et ses engagements politiques, il est le plus populaire de nos intellectuels bien au-delà de l’Hexagone où le clergé culturel l’a toujours plutôt regardé de haut, ce qui lui convenait bien.

Mais pourquoi cette popularité ?

Un « homme-panorama », dit de lui son ami Régis Debray.

On peut en effet représenter Edgar Morin face au paysage, traçant sur une grande table d’orientation des repères, des chemins, des sentiers, des ponts, des souterrains, des mémoires, des chansons, tout ça devant un panorama en éternel mouvement.

Mais n’est-ce pas ce que fait n’importe quel être humain au cours de son existence, sans toujours le savoir, avec plus ou moins de bonheur ?

Et dites-vous qu’à la fin c’est vrai, 21 grammes d’âme, c’est bien peu, mais c’est pour l’éternité et c’est le poids d’une quarantaine de papillons.

Daniel Mermet

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  • « Renaud, à coeur perdu » : le documentaire de Tancrède Ramonet sur le chanteur est disponible sur France Télévisions Renaud : « Son bleu » Abonnés

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    En ce mois de novembre 1994, François Mitterrand est toujours président de la République, pour quelques mois encore.

    Depuis quatorze ans, le nombre de chômeurs a doublé, bondissant de 1 376 000 en 1980 à 2 605 000 en 1994. La création des « Restos du cœur » en 1985 a rendu visibles et concrètes les conséquences du « tournant de la rigueur » adopté par le gouvernement de Pierre Mauroy en 1983. La ratification du traité de Maastricht en 1992 a entériné la soumission de la politique économique et sociale à des « critères de convergence » budgétaires. La conversion des socialistes au capitalisme néolibéral a précipité la désindustrialisation du pays et la destruction de centaines de milliers d’emplois.

    C’est donc en novembre 1994, à la toute fin des deux septennats de celui qu’il a naguère soutenu, que Renaud publie son onzième album, À la Belle de Mai, sur laquelle figure cette chanson, Son bleu. L’une des préférées de Renaud, paraît-il, que vous raconte aujourd’hui Olivier Besancenot.

Une sélection :

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

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Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».

« Fils de pute », « enculé » Accès libreLire

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À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

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