
Les militaires israéliens témoignent dans la nuit pour ne pas être reconnus et leur voix a été modifiée (photo : The Guardian)
La plus longue standing ovation jamais enregistrée dans un grand festival de cinéma pour NAZA, le film de deux journalistes israéliens, Rachel Szor et Yuval Abraham, à la Mostra de Venise.
Le titre NAZA (« dommage collatéral ») est un terme militaire des services de renseignement israéliens pour désigner la marge de victimes civiles jugée tolérable lors d’une attaque.
Colère et menace du gouvernement et de l’état-major israéliens, même si le film n’est pas encore dans les salles.
Avec les témoignages de 24 membres de l’armée et des services de renseignement, le film montre le système de planification des frappes aériennes israéliennes sur la bande de Gaza à partir du 7 octobre 2023, en s’appuyant sur les enquêtes journalistiques du Guardian et du site israélien +972 Magazine.
Le ministre de la culture Miki Zohar dénonce une « trahison envers Israël » et annonce vouloir retirer immédiatement la citoyenneté israélienne aux deux réalisateurs qu’il accuse de « nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier ». Pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou, c’est une « incitation antisémite à l’échelle mondiale ».
L’armée israélienne rejette catégoriquement les témoins, remettant en cause leur fiabilité.
Selon les témoignages, l’IA Lavender, logiciel de ciblage développé par l’armée israélienne, est capable d’identifier des cibles en utilisant les données de milliers de téléphones portables piratés. Exemple : « Papa est à la maison » sur le portable d’un enfant suffit à lancer un bombardement selon les témoignages. Procédure dite « Where is Daddy ».
Au contraire, l’armée affirme que ces décisions « sont prises uniquement par des humains ».
« Nous montrons dans notre film un système qui, par essence, cible des personnes dans des zones civiles, dans leur domicile familial », précise le réalisateur Yuval Abraham à l’agence Reuters. « Parfois, il peut y avoir plus de 500 NAZA (…), des villages ou des quartiers entiers sont détruits. »
Un responsable militaire parmi les personnes interrogées reconnaît « des tueries de masse à une échelle industrielle », alors qu’Israël affirme encore s’efforcer d’éviter la mort de civils et accuse le Hamas de les utiliser comme « boucliers humains ».
Les officiers évoquent aussi des massacres dans des zones interdites définies par Israël, notamment à proximité de centres de distribution d’aide humanitaire. Leur emplacement n’est pas communiqué aux habitants, admet l’un des officiers : « ils doivent l’apprendre à leurs dépens ».
Via des images d’archives, le film illustre enfin comment la surveillance de masse des Palestiniens par Israël a été mise en place bien avant le 7 octobre 2023.
Sortie prévue : 30 septembre.
À la veille des élections israéliennes du 27 octobre et à quelques jours du troisième anniversaire des massacres du 7-Octobre, NAZA rallume toutes les polémiques sur le génocide à Gaza.

