Nommer l’innommable. Reportage radio/PODCAST

Viols, inceste : « Si je me fous en l’air, je supprime le vrai problème »

Le

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illustration : Daniel Mermet

« Je ne peux plus me taire. » Longtemps nous nous sommes demandés quelle suite donner à cette lettre. C’était au printemps 1999, cet auditeur nous adressait des confidences terribles. Durant des années, il avait été sexuellement abusé par son frère aîné. Il restait terriblement hanté et pire encore, il redoutait de reproduire ces actes sur ses propres enfants. En outre, il savait que sa sœur, elle aussi, avait été abusée par le même frère aîné mais il n’en avait jamais parlé avec elle. Ce qu’il voulait, c’est parler avec sa sœur et témoigner publiquement.

Nous avons longuement hésité. Aborder un tel sujet nous exposait à des critiques en voyeurisme et en déballage populiste. Pour la bourgeoisie culturelle de l’époque, ces sujets relevaient des émissions racoleuses de Mireille Dumas ou de Jean-Luc Delarue. Pour les progressistes éclairés, ces affaires de mœurs regardaient la justice et la psychiatrie. Pour les élites toujours avides de choses transgressives, l’écrivain violeur de collégiennes et d’enfants philippins était un rebelle sulfureux qu’on aimait avoir à sa table. Mais notre auditeur n’était pas de ce monde-là. Il ne préparait pas un livre événement.

Au téléphone, il confirmait sa démarche, on ne peut oublier que ce qui existe et n’existe que ce qui est nommé. Comment faire avec la douleur ? Mettre des mots dessus. Ce fragile argument nous a décidés. Il souhaitait parler de tout cela avec sa sœur, avec laquelle, donc, il ne s’était jamais confié. Elle avait accepté et elle avait donné son accord pour que la conversation fut enregistrée comme son frère le souhaitait. C’est notre journaliste, Thierry Scharf, qui fut chargé du reportage et Bruno Carpentier qui a assuré la réalisation de cette émission qu’aucun de nous n’a oubliée.

Viols, inceste : « Si je me fous en l’air, je supprime le vrai problème » [4 mai 1999]
C’était au printemps 1999, cet auditeur nous adressait des confidences terribles. Durant des années, il avait été sexuellement abusé par son frère aîné.

reportage : Thierry Scharf
journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Bruno Carpentier

LES MESSAGES DU LENDEMAIN

Nous avons reçu beaucoup de messages à la suite de cette diffusion. Aucun ne critiquait notre démarche, au contraire, nous avons reçu beaucoup d’autres témoignages qui révélaient cet énorme tabou et toutes ces souffrances enfouies et dédaignées.

Les messages du lendemain [5 mai 1999]

ATTENTION, FRAGILE

Un homme se cogne la tête contre les murs de son for intérieur.
Il appelle, il s’écroule, il s’enfouit, il cache, il tâche, il se shoote, il se flingue, il tente de s’étouffer avec un oreiller, il joue l’amnésique qui lui permet de se protéger contre l’horreur de la vérité.
De sa vérité.
Mais oublier sa vérité, c’est oublier son identité.
Il implore l’oubli, mais on ne peut oublier que ce que l’on sait, que ce que l’on connaît.
On ne peut oublier que ce que l’on nomme.
On ne peut oublier que ce qui existe, et n’existe que ce qui est nommé.

Comment faire avec la douleur ? demandait l’autre.
Mettre des mots dessus.
D’abord à tâtons, et c’est long.
Et ça remue, et parfois ça remonte du fond, du fin fond.
Il faut trouver des oreilles humaines.

Il nous a écrit, cet auditeur, une longue lettre, où il dit entre autres :
« Ça n’arrive pas qu’aux filles, le viol, d’ailleurs, elles non plus ne sont pas crues.
Le plus dur, c’est la solitude, je ne peux plus me taire. »
Pourquoi s’adresser à nous ?
Pourquoi devrions-nous écouter Pascal ?
Dix enfants sur cent sont victimes d’abus sexuels.
Et dans le monde entier ?

Viol, inceste, secrets de famille.
Notre société est très lente à sortir de son sommeil criminel.
Ce que les psychiatres appellent l’« ogre intérieur ».
Qu’on pourrait appeler aussi le cochon qui sommeille.
C’est cette violence, cette pulsion originelle qui est la force de la vie, mais qui parfois se retourne en force de mort et de destructions.
Ce qui vaut pour un peuple, pour toute une nation, vaut pour un individu,
Et c’est le même crime contre l’humanité.

Ce que peut le silence.
Ce que peut le mensonge.
Ce que peut le manque d’écoute.
Ce que peut le manque d’amour.
Attention, fragile.
Très.

Daniel Mermet (1999)

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    Alors que les liens entre pesticides et cancers font l’objet d’un débat virulent entre partisans de leur interdiction et industriels agrochimiques, Marième Cissé remet les pendules à l’heure en recevant le sociologue Jean-Noël Jouzel, directeur de recherche au CNRS.

    C’est le mois d’octobre, et comme tous les mois d’octobre depuis 1985, c’est l’occasion d’une campagne mondiale de prévention en faveur du dépistage du cancer de sein. En France, une femme sur huit sera touchée par un cancer de sein.

    Nouveauté cette année, plusieurs organisations de défense des victimes de pesticides, dont Cancer colère, dénoncent une campagne uniquement centrée sur le dépistage, et qui passe sous silence le rôle des pesticides dans l’apparition des cancers. Une hypocrisie récemment dénoncée par la députée insoumise Mathilde Panot qui a refusé de porter le fameux « ruban rose », symbole de la campagne « Octobre rose » en France.

    Pourquoi l’utilisation et la dangerosité des pesticides font-elles l’objet en même temps d’une telle documentation et d’une telle désinformation ? Jean-Noël Jouzel est sociologue et a mené plusieurs enquêtes auprès des agriculteurs victimes des pesticides. Dangerosité, désinformation, déni, enjeux économiques : Jean-Noël Jouzel est l’invité de Marième Cissé pour démêler le vrai du faux autour des pesticides.

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Pour se mettre dans l’ambiance, retour sur la manif du 28 mars 2006 IL Y A VINGT ANS, CONTRE LE CPE, LÀ-BAS ÉTAIT LÀ ! Accès libreÉcouter

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Le 28 mars 2006, ils étaient trois millions dans la rue contre le CPE (Contrat Première Embauche), la manif qui a fait plier le pouvoir. Le 10 avril, c’était le retrait de la loi. Toute l’équipe de LÀ-BAS était dans la rue et les auditeurs envoyaient des centaines de messages sur le répondeur. Aujourd’hui, à la veille des turbulences qui commencent, replongez-vous dans ce moment de jubilation où soudain la peur a changé de camp. Un encouragement pour rappeler qu’on ne perd pas toujours !

Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Trust : « Antisocial » AbonnésVoir

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Quarante-cinq ans plus tard, cette chanson écrite en quarante-cinq minutes est LE tube de chaque manif, où elle ne manque pas de faire danser tout le monde dès que les premières notes de guitare résonnent derrière le camion de la CGT. Ses interprètes en personne étaient même venus soutenir les salariés en lutte de l’usine GM&S en donnant un concert à La Souterraine en 2017. Aujourd’hui, Olivier Besancenot vous prépare à la prochaine manif et vous fait réviser les paroles de la chanson Antisocial du groupe Trust.

MANIP de MANIFS : UN CRS NOUS EXPLIQUE Quand ils cassent, laissez-les casser ! AbonnésÉcouter

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Des flics parmi les casseurs, des policiers déguisés en black bloc, un manifestant qui sort son brassard de police au dernier moment. Comme après chaque manif, des rumeurs ont circulé après celle de samedi à Paris. Des accusations récurrentes, mais très peu de preuves en général, malgré les centaines de téléphones qui filment tout. Hier, on levait le poing, aujourd’hui, on brandit son téléphone, c’est la même crainte pour le pouvoir ; la manif est avant tout une guerre d’images qu’il doit absolument gagner.

Ce samedi, les images de violences, d’incendies et de policiers blessés ont tourné en boucle mais n’ont pas réussi à « équilibrer » le tabassage de Michel Zecler, vu par 18 millions de personnes sur la toile. La manif est un important enjeu de propagande. En attendant de contrôler, voire d’interdire les images diffusées par des journalistes et des témoins, le pouvoir sait mettre en scène et produire les images qui lui sont favorables.

Pour cela, il n’est pas indispensable d’infiltrer les manifestants, ni de se déguiser, il suffit simplement de laisser faire les groupes violents et d’en faire ses idiots utiles : « s’ils cassent, laissez les casser ». Et laissez les filmer. Les images de destruction et de pillage ont un triple avantage :
– resserrer la France profonde autour de l’ordre et de la sécurité,
– discréditer la cause de la manifestation,
– utiliser la violence comme moyen de diversion.

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

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Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».