Reportage radio, mai 2015

Un machin noir devant mon pédalo Abonnés

Le

(dessin : Daniel Mermet)

Aylan Kurdi est le 25 000ème migrant noyé. 25 000 en 20 ans dans la Méditérannée. La photo de l’enfant suscite une énorme vague de compassion à travers le monde.
En France cependant, 55% ne souhaitent pas que le statut de réfugié soit octroyé aux migrants, selon un sondage publié le 6 septembre, donc après le drame. Plutôt moche dans la France terre d’asile. Mais tout le monde court derrière le FN, et les communicants politiques savent que la compassion est éphémère. Chacun veut sa part de gâteau de la haine ordinaire.
On ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais quelles sont les causes de cette misère ? Les politiques économiques imposées par la mondialisation néolibérale portent une lourde responsabilité dans l’appauvrissement d’une grande partie du monde. Certes, les peuples fuient des régimes tyranniques, mais ils sont aussi les victimes de la guerre économique. Nous partons vers la Côte-d’Azur : Cagnes-sur-Mer, Antibes et Nice. Combien de milliardaires et combien de chiens errants ont passé cette frontière ? Tandis que les camelots racistes racolent à plein clairon, d’autres malgré tout réparent et accueillent.

Un machin noir... (extrait)
Cliquez sous le lecteur pour écouter dans une autre fenêtre et continuer à naviguer sur le site

Les requins du marketing politique ne sont pas les seuls à venir manger dans l’auge du FN. Il y a aussi les médias. Quand les deux tiers des Français estiment que les immigrés sont mieux traités qu’eux, on ne va pas les contrarier.
66%, ça en fait des clients et de l’audimat pour les annonceurs !

En France, il n’y a pas plus d’immigrés qu’ailleurs, et même plutôt moins, la France n’est pas débordée par un afflux de migrants. Toutes les études le montrent et le démontrent. Alors pourquoi cette peur de l’ invasion, ce « On n’est plus chez nous » ? La réponse, c’est toujours la même vieille chanson ; chômage de masse, précarité, insécurité, crise, et revoilà le bouc émissaire : le métèque, le juif, le bougnoule, la femme voilée, le Rrom. Toujours la même bête noire qui revient. On n’est pas raciste mais...

86% des habitants de la planète ne quittent jamais leur foyer. Seulement 14% se déplacent, et parmi ceux-là, les deux tiers migrent vers des pays pauvres : 66% des migrants venant des pays pauvres vont dans d’autres pays pauvres. Seul un tiers se déplace du Sud vers le Nord.

Les migrants migrent pour différentes raisons, mais beaucoup pour des raisons économiques. Ces migrants migrent pour envoyer des sous au pays : 450 milliards d’euros chaque année, quatre fois plus que le total de l’aide internationale pour le développement. Mais la réalité n’a pas prise sur la laine épaisse du bouc émissaire. La recherche, le bon sens, la raison, rien à faire...

La plupart des médias s’en tiennent à la compassion. Ce que dans le métier on appelle souvent "la pleurniche". On ne s’aventure pas trop dans la recherche des causes de ces migrations. Or, les opérations de la France en Libye, les offensives américaines en Irak et leurs conséquences en Syrie, ont entrainé destructions et chaos. La gestion des réfugiés par le HCR et les ONG humanitaires répond à des politiques dictées par les intérêts des grandes puissances. Lors des débats mondains sur la part de misère du monde qu’on ne peut accueillir, on oublie la sauvagerie des multinationales qui pillent le sous-sol de l’Afrique, on oublie que tous les secteurs de l’économie des pays pauvres sont contrôlés par la finance internationale, on oublie la brutalité du libre-échange imposé aux économies du sud par le FMI et la Banque mondiale. Ces mécanismes sont connus et documentés mais les recherches et les reportages sur ces sujets sont marginalisés.


Les différentes séquences de l’émission
01. « C’est un petit peu trop »

01. « C’est un petit peu trop »

Le prolo qui en pince pour Marine, cette classe populaire qui va chez Le Pen : que des racistes ? que des fachos ? « Vous nous prenez pour des arriérés, nous les petites gens, nous les petits Blancs ? Vous préférez les immigrés ? Y’en a que pour eux ! » Pauvres contre pauvres. Les cyniques et les démagos ont bien fait leur boulot.

Christian Estrosi, le garde-frontière de la Méditerranée (photo : Valéry Hache pour l’AFP)

02. Bienvenue à Nice

À Nice, les membres de l’association Habitat et Citoyenneté, comme Hubert et Nicole, accueillent comme ils peuvent les migrants, sans-papiers ou demandeurs d’asile, et se démènent pour leur trouver un hébergement, le temps de leur passage à Nice. Malgré la politique municipale hostile aux migrants, un réseau de solidarité combatif et organisé permet d’aider ces familles très souvent perdues quand elles arrivent.

(photo : Teresa Maffeis)

03. Robert, 15 ans

Robert est arrivé à Nice en février dernier. Parti du Sénégal, il a mis trois semaines pour rejoindre la Libye, où il a pris un bateau pour rejoindre l’Italie. Deux jours de traversée en mer à bord d’un bateau suroccupé par « au moins deux cents personnes » selon Robert. En France, les politiques de protection de l’enfance permettent théoriquement d’assurer l’accompagnement et la sécurité de ces mineurs coupés de leur famille, particulièrement fragilisés. Mais dans les faits, ces principes se heurtent à une suspicion et une hostilité des pouvoirs publics qui ne facilitent pas l’hébergement, la scolarité et la prise en charge de ces enfants.


04. 5ème édition de l’Autoshow Nice-Matin

Nice-Matin est le quotidien régional bien connu des Niçois. Le groupe de presse est aussi l’organisateur de l’Autoshow Nice-Matin, un grand salon automobile qui attire plusieurs milliers de visiteurs chaque mois de mai à l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer. L’occasion d’entendre comment certains Niçois perçoivent les positions de leur maire Christian Estrosi sur l’immigration.


05. Issouf, mineur, étranger, isolé, sans-papier

Mineurs, étrangers, isolés, sans-papiers : il y en aurait 6 000 en France, dont 1 700 à Paris. Ce que demandent l’UMP et le Front National, c’est le test osseux, afin de connaître le vrai âge de ces mineurs, et de démasquer les tricheurs, ceux qui font croire qu’ils ont moins de 18 ans, alors que la médecine prouverait qu’ils ont 18 ans et un jour. Lassana Bathily vous vous souvenez ? Le jeune héros de l’Hyper Cacher, naturalisé français quelques jours après qu’il eut sauvé les clients du magasin. Ce qu’on a un peu oublié, c’est que Lassana Bathily, avant d’être récompensé par la nationalité française, avait été un mineur étranger isolé. Et si le test osseux avait poussé à reconduire Lassana Bathily à l’étranger ?

Lassana Bathily, un ancien mineur étranger isolé remercié par la nationalité française (© AFP)

06. Les migrants n’ont pas le cul sorti des barbelés

Marick, éducatrice auprès de mineurs étrangers isolés, s’inquiète du manque de moyens dédiés à l’accueil de ces jeunes, qui faute de prise en charge se retrouvent livrés à eux-mêmes. Mais l’État organise la pénurie des structures d’accueil, pour éviter le soi-disant « appel d’air » que provoquerait un accueil plus humaniste des jeunes étrangers sans-papiers. La classe politique réagit d’ailleurs quasi-unanimement, gouvernement et UMP de concert, pour refuser la proposition de la Commission européenne que la France accueille 9 000 migrants dans les deux ans.


Merci à Robert, Issouf, Hubert, Nicole, Salim, Teresa Maffeis, Marick Liprandi. Merci aussi à Marianne Khalili Roméo, Hélène Asso et Éric Bourlier.

Programmation musicale
- L’Homme avion, par Vincent Courtois et Zé Jam Afane
- Marie-France, par Vincent Courtois et Zé Jam Afane

N’oubliez pas que le répondeur attend vos messages au 01 85 08 37 37.

Reportage : Anaëlle VERZAUX
Présentation : Daniel MERMET
Réalisation : Khoï N’GUYEN
Montage : Grégory SALOMONOVITCH et A.V.
Préparation : Jonathan DUONG

(vous pouvez podcaster cette émission en vous rendant dans la rubrique "Mon compte", en haut à droite de cette page)

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Les Rendez-vous des Repaires

  • Pour la première fois, depuis la création du Café Repère du Conflent, nous avons décidé de reporter le prochain rendez-vous de juin au quatrième jeudi du mois, plutôt que le troisième habituel, pour cause de Fête de la musique le 21. On se retrouvera donc le jeudi 28 juin à 19h30 au café du Canigou à (...)

    Villefranche de conflent

  • Le repaire itinérant de Dordogne organise ce 30 juin une grand opération drapeaux blancs. "Drapeaux blancs, partout, pour tout. Un drapeau blanc, des drapeaux blancs, par milliers, partout dans nos bourgades, dans les villes, aux balcons, devant nos écoles, nos hôpitaux, nos gares, nos mairies, nos (...)

  • Le climat et ses dérèglements, une histoire naturelle et humaine. Refaisons la part des choses avec Claire Henrion, animatrice, astronomie, chercheur indépendant et fondatrice de l’Association Citoyenne pour le Suivi, l’Étude et l’Information sur les Programmes d’Interventions Climatiques et (...)

Dernières publis

Une sélection :

33 minutes et 3 secondes de bonheur ! Le concert enregistré en public au Lieu-Dit le 21 janvier 2017 Légende du jazz manouche, Tchavolo Schmitt swingue pour Là-bas AbonnésÉcouter

Le

À même pas six ans, Tchavolo voulait déjà avoir la moustache de Django. Du coup, sa mère lui a montré comment mettre ses doigts sur une guitare et depuis il n’a plus arrêté. S’il y a une musique pour les jours heureux, c’est celle-là, l’irrésistible swing manouche, savant et populaire à la fois, tout ce que nous aimons !

Le premier reportage dessiné de LÀ-BAS ! (5 épisodes) 42 nuances de libéralisme AbonnésLire

Le

En fait, vois-tu, il y a des petits rayons de soleil, même dans les existences les plus mornes. Et c’est heureux.
Regarde par exemple : moi.
Voilà qu’en plein milieu d’une journée morose de chômeur, je reçois un courrier de Pôle. ”Pôle”, c’est Pôle Emploi. Comme on se côtoie depuis longtemps, je l’appelle maintenant par son prénom. Pôle, donc, m’écrit pour me proposer une formation en programmation (...)