Zepur, Marseille, Brassens, sur un air de jazznavour, l’hommage de Là-bas

Un chanteur nommé Aznavour

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Encore deux ou trois choses sur Aznavour et l’Arménie :

ZEPUR, l’Arménienne

« On nous a pas laissés même pleurer un peu. » Zepur Medzbekian avait 95 ans en 1995 lorsque Zoé Varier l’a rencontrée à la maison de retraite arménienne de Montmorency. C’est un des témoignages les plus bouleversants de l’histoire de Là-bas si j’y suis. C’est d’abord quelque chose de profond qui passe entre Zepur et Zoé, puis toute l’émotion, la force et la précision de ce témoignage à vif et à nu qui a frappé des millions d’auditeurs, qui pour beaucoup ont découvert alors le génocide des Arméniens par la voix de Zepur et son « français cassé » :

[RADIO] Zepur l’Aménienne [6 juin 1995]

(dessin : Daniel Mermet)

Zepur (Zéphyr) Medzbekian était née Veledian le 23 avril 1900 à Kérassonte, près de Trébizonde. Elle est décédée en 2007 à 107 ans (!). Des historiens et des Arméniens attachés à leur histoire ont souvent utilisé cette émission, plusieurs fois rediffusée et qui a valu à Zoé Varier le Prix Goretta.

« Quand je suis partie, j’étais seule […] j’avais juste un tablier de l’école et un manteau, j’avais 14 ans. […] 

Un mois après, j’ai trouvé ma mère dans un autre groupe, toute nue, une chemise de nuit, les cheveux, il n’y a pas de peigne pour peigner, j’ai senti comme une mendiante ma mère, 
j’étais très bouleversée. Alors comme ça, nous sommes ensemble, continuer notre chemin. J’avais deux frères, deux sœurs plus petits que moi. 

Après huit jours à peine, mon frère est mort, huit ans, le matin, je suis levée, il est mort à côté de moi. […] 
Après quelques jours, c’est ma mère mort ou pas mort je ne sais pas. Nous sommes tombés dessus pour pleurer et le gendarme est venu : « Allez ! Marchez ! Marchez ! » […] En pleurant, nous avons quitté ma mère qui était mort ou pas mort, je ne sais pas. « Allez ! Marchez ! Marchez ! Qui est mort il reste ! » Ma mère était chaude quand nous sommes partis […] 

, on n’a pas laissé même pleurer un peu. »

Un reportage de Zoé Varier du 06 juin 1995.

Programmation musicale :
- Collectif Medz Bazar : Yelnink Sare

reportage : Zoé Varier
journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Lauranne Thomas

Les Arméniens ne furent pas toujours désirables

« Interdire vigoureusement l’entrée des ports français à ces immigrés. » Qui a fait cette déclaration ? Vous avez le choix : Le Pen ? Wauquiez ? Ciotti ? Macron à l’ONU ?

En réalité, c’est le maire socialiste de Marseille, le docteur Siméon Flaissières, en 1923, au sujet des réfugiés arméniens. Rescapés des massacres, fuyant le génocide, les Arméniens en haillons furent plus de 50 000, hommes, femmes, enfants, au début des années 1920, à échouer à Marseille dans des camps, dont le fameux camp ODDO. Le 21 octobre 1923, le quotidien marseillais LE PETIT PROVENÇAL publiait la lettre que le maire de la ville, le docteur Siméon Flaissières, élu socialiste, venait d’adresser au préfet des Bouches-du-Rhône :

« Depuis quelques temps se produit vers la France, par Marseille, un redoutable courant d’immigration des peuples d’Orient, notamment des Arméniens. Ces malheureux assurent qu’ils ont tout à redouter des Turcs. Au bénéfice de cette affirmation, hommes, femmes, enfants, au nombre de plus de 3 000, se sont déjà abattus sur les quais de notre grand port.

Après l’Albano et le Caucase, d’autres navires vont suivre et l’on annonce que 40 000 de ces hôtes sont en route pour la France, ce qui revient à dire que la variole, le typhus et la peste se dirigent vers nous, s’ils n’y sont pas déjà en germes pullulants depuis l’arrivée des premiers de ces immigrants, dénués de tout, réfractaires aux mœurs occidentales, rebelles à toute mesure d’hygiène, immobilisés dans leur indolence résignée, passive, ancestrale. […]

Des mesures exceptionnelles s’imposent et elles ne dépendent pas des pouvoirs locaux. La population de Marseille réclame du gouvernement qu’il interdise vigoureusement l’entrée des ports français à ces immigrés et qu’il rapatrie sans délai ces lamentables troupeaux humains, gros danger public pour le pays tout entier. »

En 1926, le célèbre journaliste Albert Londres les décrivait avec cynisme [1] :

« Ils sont par deux cents dans ces baraques.

Un chiffon sépare, seul, le box de chaque famille.

On y dort, la tête chez le locataire de droite, les pieds chez le locataire de gauche. On couche avec la fille du voisin, croyant coucher avec sa femme.

— Oh ! là… Marseille, je te préviens, tu les as oubliés, mais ils seront le double bientôt, si tu les laisses faire — encore que je ne compte pas les jumeaux !… Il est vrai que le choléra n’est peut-être pas très loin ! »

Brassens et Aznavour, une archive à savourer (TF1, 18 mai 1976)

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