
Une manifestation contre les « bagnes d’enfants » en 1937
En 2003, nous avons recueilli le témoignage de Raoul Léger, le dernier survivant du bagne pour enfants de Mettray, en Indre-et-Loire. Il avait alors 92 ans. Sa verve et sa mémoire font aujourd’hui de ce témoignage un document historique.
De toutes les colonies pénitentiaires pour les mineurs établies au XIXe siècle, Mettray est sans doute la plus sinistre. Entre 1840 et 1937, 17 000 garçons de 6 à 21 ans y ont séjourné, dont l’écrivain Jean Genet de 1926 à 1929, qui évoque sa captivité dans Miracle de la rose.
Dans ce témoignage, Raoul Léger évoque son séjour à Mettray de 1922 à 1927, la violence et l’exploitation des enfants, les coups, le cachot, le pain sec dans ce qui fut la première colonie agricole pénitentiaire française et qui, à sa création en 1839, se voulait une utopie philanthropique.
Les jeunes délinquants seraient désormais séparés des adultes pour être rééduqués par le travail agricole comme alternative à la prison. Un projet soutenu par les élites humanistes de l’époque, de Tocqueville à Lamartine, mais qui allait devenir l’enfer des bagnes pour enfants sans que la bourgeoisie dominante en soit trop incommodée.
Viols, tortures, mutilations volontaires, suicides parmi ces enfants, la bonne société a fermé les yeux sur les réalités sordides de ces « écoles du crime », tout comme sur les effets de la colonisation dans le monde, à la même époque, ou l’exploitation de la main-d’œuvre ouvrière et paysanne.
À Mettray, les uns étaient là pour avoir volé une pomme ou pour vagabondage. Il fallait du personnel. Ces colonies agricoles fondées par des entrepreneurs privés, gros propriétaires terriens, constituaient des réserves de main-d’œuvre à bon marché. Les enfants travaillaient dans les champs ou dans des ateliers dont les produits profitaient à ces entreprises florissantes. Les autorités laissaient faire complaisamment.
Des voix, rares mais têtues, se sont élevées contre ces maltraitances, comme le journal satirique L’Assiette au beurre au tournant du siècle et des journalistes comme Alexis Danan ou Pierre Lazareff, dont l’action contribuera à la fermeture des bagnes d’enfants.
C’est un débat fondamental entre deux politiques : ÉDUQUER ou PUNIR ? Punir, est-ce éduquer ? Peut-on éduquer sans punir ?
Le rejet de la manière forte au lendemain de la guerre, au profit de l’éducation, par les ordonnances de février 1945 est inlassablement remis en cause à chaque fait divers par la droite et l’extrême droite qui réclament toujours plus de répression, d’enfermement rapide et de suppression des allocations dues aux familles.
Ces populations dangereuses demeurent la cible de l’oligarchie et de son fonds de commerce électoral. De Retailleau à Ciotti, d’Attal à Bardella, ils sont en compétition pour serrer la vis à cette jeunesse de plus en plus pourrie par l’irrespect, la délinquance, la drogue et le wokisme.
En 2005, on se souvient comment le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, dénonçait la jeunesse populaire comme autant de « racailles ». Il lançait une nouvelle chasse à l’enfant : « bandit, voyou, voleur, racaille… » . Des mots qui lui vont parfaitement. Avec virilité il promettait : « on va vous en débarrasser ».
C’est ce qui est arrivé, mais à lui-même.
Il se pourrait que ses successeurs au pouvoir l’an prochain soient moins amusants.
À nous de choisir.


