Psychiatrie. Reportage de Sophie Simonot au centre de jour Antonin Artaud de Reims

Qui cache son fou, meurt sans voix Abonnés

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Pendant les fêtes, Là-bas vous résume cette année historique ! 2018, ce n’était qu’un début… Aujourd’hui, retour sur ce reportage exceptionnel de Sophie Simonot au centre de jour Antonin Artaud, à Reims.

Le désespéré, Gustave Courbet, 1845

« Moi j’aurais préféré avoir un cancer. Une vraie maladie quoi. Tandis que là, avec ma paranoïa, on ne me croit pas. La paranoïa ça fait peur, alors moi j’aurais préféré avoir un cancer. »

C’est une patiente qui parle comme ça mais on regarde ailleurs. La folie fait peur, la folie du fou, la folie de l’autre, mais aussi la folie du fou qu’on a en nous. En France, 12 millions de personnes sont touchées chaque année par une maladie mentale. 12 millions. Un français sur cinq. Rien que la dépression affecte 2,5 millions de nos compatriotes. C’est la toute première cause d’arrêt maladie.

Récemment on a vu à Saint-Étienne du Rouvray, à Amiens, à Rennes, au Havre, partout, des grèves dans les hôpitaux psychiatriques, pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et réclamer des moyens. Souffrance, désarroi, colère, violence, pour les malades, mais aussi pour leurs proches et pour les soignants qui dénoncent une perte de sens de leur boulot.

Pourquoi ? Oh, on s’en doute. Là comme ailleurs, dans la santé comme partout, la machine gestionnaire a pris le pouvoir. L’hôpital est une entreprise dont le malade est la marchandise. Voilà la santé publique entre les griffes de la logique néolibérale, et de la gestion et du profit. Mais il y a des luttes, il y a des choses qui persistent aussi, comme ici à Reims, au centre Antonin Artaud créé en 1985. Ici, on "désaliène". Entre soignants et patients, on ne sait pas trop qui est qui. Ici le patient est considéré comme acteur de son traitement. Au début des années 80, il y avait encore une centaine de structures comparables. Aujourd’hui pas plus de 10 en France, pour prendre en compte les fêlés. « Complètement fêlée celle-là », on dit. Sauf que par la fêlure, les fêlés laissent passer un peu de lumière, pas un trait de lumière tout droit, mais ébréché, sinueux, en zig et en zag, comme le dessin d’une rivière sur une carte d’État-major. En forme de question, en forme de possibilité, en forme d’autre monde, en forme d’échappé.

Henri Michaux nous a prévenu : « qui cache son fou, meurt sans voix ». [1]

DM
[RADIO] "Qui cache son fou, meurt sans voix" [EXTRAIT]

Programmation musicale :
- Alain Bashung - Au pavillon des lauriers
- La Parisienne Libérée - toc toc toc, voilà les médocs
- Brigitte Fontaine - Il pleut

Merci aux patients, aux soignants et à tous les travailleurs du Centre Antonin Artaud, notamment Olivier et Guillaume


Docteur Patrick Chemla, fondateur du centre de jour Antonin Artaud, à Reims

Pour aller plus loin sur le sujet de la psychothérapie institutionnelle, nous vous proposons d’écouter l’interview intégrale du Dr Patrick Chemla enregistrée par Sophie Simonot à l’occasion de ce reportage :

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  • Émission spéciale de Gaylord Van Wymeersch avec l’historienne MAUD CHIRIO BRÉSIL : PERSONNE NE POURRA DIRE QU’IL NE SAVAIT PAS Abonnés

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    « PERSONNE NE POURRA DIRE CETTE FOIS QU’IL NE SAVAIT PAS. » La voix du film de Chris Marker sur le Brésil, en 1969, en pleine dictature militaire, résonne terriblement aujourd’hui. Alors qu’Emmanuel Macron approuve au Venezuela un coup d’État militairement soutenu par son ami Donald J. Trump, il salue au Brésil l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite qui reprend et restaure la dictature que dénonçait Chris Marker. Autoritaire, sexiste, homophobe, niant le réchauffement climatique, et surtout et avant tout « ultra-libéral », JAIR BOLSONARO a été élu le 28 octobre dernier à 55,13 %.

Une sélection :

Un entretien de Daniel Mermet avec Daniel Bensaïd (2009) Daniel Bensaïd : Marx, mode d’emploi Accès libreÉcouter

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« À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » Telle fut l’utopie de Marx et Engels, une utopie toujours partagée par des millions de femmes et d’hommes, mais une utopie qui fut souvent récupérée, détournée et pervertie. Maintes fois jeté dans les poubelles de l’histoire, Marx revient aujourd’hui dans la lutte contre la violence capitaliste. Le bicentenaire de sa naissance fournit l’occasion de (ré)écouter ces deux émissions de 2009 avec Daniel Bensaïd, auteur de Marx, mode d’emploi, avec des illustrations de Charb (La Découverte, 2009).

Les prisons sont pleines mais elles sont vides de sens. Un rapport sur l’horreur carcérale PRISON, t’es moins qu’un rat AbonnésVoir

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On marche dans la merde de rat dans la prison, il y en a partout, on est bouffé par les poux et les punaises de lits, la bouffe est pourrie, on est neuf par cellule, on se fait cogner par les surveillants.

Cette fois, c’est la prison de Fresnes qui fait l’objet d’un rapport explosif. Nous recevons Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, et Yoan Karar, surveillant membre du Syndicat National Pénitentiaire FORCE OUVRIÈRE.

À La Courneuve, les « gilets rouges » de la CGT réinventent un service public au service du public AbonnésÉcouter

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« L’électricité, c’est la vie, et nous, on est des "gilets rouges" ! » La formule est de Nicolas Noguès, un militant CGT. Avec des collègues syndicalistes, il occupe une ancienne boutique EDF à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Leur opération a débuté le 14 novembre 2018, soit trois jours avant le premier acte des « gilets jaunes ». Alors c’est vrai, c’est moins spectaculaire. Et du coup, il y a moins de journalistes pour couvrir l’événement. Pourtant, là aussi, dans ce coin du 93, il est question de proximité et d’accès aux services publics pour des usagers sacrifiés sur l’autel de la dématérialisation.