PERQUISITION, ASSIGNATION, ATTENTION DÉRIVE SÉCURITAIRE Abonnés

Le

Plusieurs semaines après, la maison et ses habitantes sont toujours marquées par cette perquisition qu'elles ne s'expliquent pas. (photo : Jonathan DUONG)

Perquisition, assignation… (extrait)

Un reportage d’Anaëlle VERZAUX.

Guerre et terreur. Avec un discours guerrier, le pouvoir exacerbe la peur en France, sans assurer pour autant la sécurité des citoyens. C’est la vieille recette cynique de la stratégie du choc. L’opinion traumatisée approuve un régime d’exception qui porte pourtant atteinte aux libertés publiques, aux luttes sociales comme à la vie intellectuelle du pays. En surpassant la droite la plus sécuritaire et la plus réactionnaire, le pouvoir en place n’a qu’un seul but, remporter les présidentielles de 2017. Même le très modéré Conseil de l’Europe dénonce « un risque que le système de contrôle démocratique soit sapé par ces mesures. »

Avec l’état d’urgence, la police n’a plus besoin du Juge, le législatif et le judiciaire sont marginalisés. Face aux attentats, la seule et unique réponse est la surenchère sécuritaire. Laurent Wauquiez (Les Républicains) demandait que toutes les personnes fichées "S" soient placées dans des camps d’internement antiterroriste, soit 4 000 personnes. Le 18 novembre, une douzaine de députés socialistes déposaient un amendement afin de rétablir le contrôle de la presse.

À l’évidence, perquisitions et assignations relèvent de l’arbitraire et de l’improvisation administrative. La suspicion entraîne un peu plus la détérioration du lien social et la stigmatisation conduit à la radicalité. Mais toutes ces explications sont suspectes, il n’y a pas d’explication qui vaille, pour le Premier ministre, expliquer c’est excuser. À plusieurs reprises il martèle : « expliquer c’est déjà un peu excuser ». Le 26 novembre au Sénat, il répète : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques à ce qu’il s’est passé. » Il est applaudi. Comment une telle indigence intellectuelle a pu parvenir à la tête du gouvernement ?

Bien au contraire, les attentats ont déclenché une énorme demande d’explication. Expliquer n’est pas excuser. Comprendre n’est pas défendre. Nul besoin d’intellectuels pour nous le rappeler. Monsieur Valls veut en rester au temps de la vengeance et du talion, c’est-à-dire à la guerre, c’est-à-dire à Daech, c’est-à-dire à la guerre asymétrique, c’est-à-dire au terrorisme. La seule issue commence par comprendre, par expliquer, par penser même l’impensable. Vous êtes plus de 200 000 à avoir suivi la conférence d’Alain Badiou que nous avons diffusée le 27 novembre dernier. Le début de cet exposé peut servir de réplique au Premier ministre :

« Je pense qu’il faut parvenir à penser ce qui est arrivé. Partons d’un principe : rien de ce que font les hommes n’est inintelligible. Dire : « je ne comprends pas », « je ne comprendrai jamais », « je ne peux pas comprendre », c’est toujours une défaite. On ne doit rien laisser dans le registre de l’impensable. C’est la vocation de la pensée, si l’on veut pouvoir, entre autres choses, s’opposer à ce qu’on déclare impensable, que de le penser. Bien entendu, il y a des conduites absolument irrationnelles, criminelles, pathologiques, mais tout cela constitue pour la pensée des objets comme les autres, qui ne laissent pas la pensée dans l’abandon ou dans l’incapacité d’en prendre la mesure. La déclaration de l’impensable, c’est toujours une défaite de la pensée, et la défaite de la pensée c’est toujours la victoire précisément des comportements irrationnels, et criminels. »

Face aux attentats d’Oslo et de l’île d’Utoya en juillet 2011 (77 morts, 48 blessés), le Premier ministre norvégien déclarait : « La réponse à la violence c’est encore plus de démocratie, encore plus d’humanité. »

Daniel Mermet

SAMEDI 23 JANVIER, GRAND MEETING POUR LA LEVEE DE L’ETAT D’URGENCE
14h30 à l’Espace Charenton Paris 12ème


Portfolio

Célia, 20 ans, était la seule résidente présente lorsque la police a (...) Amar aussi a été la cible d'une perquisition, puis placé en garde à vue (...) La police a défoncé certaines portes fermées à clef afin de pouvoir fouiller (...) Plusieurs semaines après, la maison et ses habitantes sont toujours marquées (...) Les deux étages de la maison sont divisés en petites chambres individuelles (...) Convertie à l'Islam depuis qu'elle a quatorze ans, Célia est hébergée (...)

(CLIQUEZ SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR)


Les différentes séquences du reportage :

01. PERQUISITION À L’ASSOCIATION BAYTOUNA

01. Perquisition à l’association Baytouna

Célia, 20 ans, était la seule résidente présente lorsque la police a perquisitionné l'association Baytouna (photo : Jonathan DUONG)


02. VIRGINIE, VICE-PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION BAYTOUNA


03. PERQUISITION À MEUDON-LA-FORÊT

Amar aussi a été la cible d'une perquisition, puis placé en garde à vue sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui (photo : Jonathan DUONG)


04. YOUNÈS, ASSIGNÉ À RÉSIDENCE

La police a défoncé certaines portes fermées à clef afin de pouvoir fouiller toute la maison ( photo : Jonathan DUONG)


05. Raphaël LIOGIER : « LA GUERRE DES CIVILISATIONS N’AURA PAS LIEU »

Convertie à l'Islam depuis qu'elle a quatorze ans, Célia est hébergée par Baytouna depuis qu'elle ne vit plus en foyer (photo : Jonathan DUONG)


Merci à Célia, Virginie de l’association Baytouna, Amar, Younès et Raphaël LIOGIER.
Merci aussi à Islam & Info.

Programmation musicale :
- Yusuf Islam (i.e. Cat Stevens) : A is for Allah

reportage : Anaëlle VERZAUX
réalisation : Jérôme CHELIUS
montage : A.V. et Grégory SALOMONOVITCH
photos : Jonathan DUONG

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    Sauf, malgré tout, quand un auditeur prend le temps d’analyser une tranche d’info. Il met alors en évidence la pratique de l’insinuation et de l’amalgame confusionnel qui vise à accuser les « gilets jaunes » d’antisémitisme, sans la moindre preuve. Utiliser cette arme revient à banaliser l’antisémitisme et donc à banaliser les actes antisémites. Voici le texte intégral que nous a adressé cet AMG, Olive Laporte.

    Mardi 12 février, le journal de 8 heures de France Inter, présenté par Laurence Thomas, annonce en premier titre « la hausse spectaculaire des actes antisémites en France, + 74 % en 2018 ». Si l’on est révolté par toute forme de racisme, on écoutera le sujet avec beaucoup d’attention. Et l’on constatera, non sans surprise, qu’il s’agit en réalité d’un reportage sur l’antisémitisme et le mouvement des « gilets jaunes ».

  • À ces femmes-là Abonnés

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    Dans ses Chroniques de Mai 68, l’écrivaine Mavis Gallant remarquait que la vente de livres à Paris avait bondi de 40 % en mai et juin 1968. On ne sait pas encore si les « gilets jaunes » ont acheté beaucoup de bouquins, en tout cas ils se renseignent, ils se documentent, ils s’informent, dans la vraie vie ou en ligne, sur les réseaux sociaux ou sur le site Là-bas si j’y suis ! Pour celles et ceux qui achètent encore des bouquins, en voici deux qu’on vous conseille, et pas seulement parce que Gérard Mordillat en est l’auteur.

  • Avec Serge Halimi et Pierre Rimbert du Monde diplomatique Quand les « gilets jaunes » font tomber les masques Accès libre

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    Un retour au réel. Voilà ce que les « gilets jaunes » sont depuis trois mois : un retour des classes populaires dans le débat public, dont elles avaient été consciencieusement chassées. Cette exclusion des classes populaires du champ politique, les tenants de l’ordre néolibéral l’ont pensée, théorisée. L’ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn l’écrivait noir sur blanc dans son livre La Flamme et la Cendre (Grasset, 2002 ) : « les couches sociales regroupées dans le terme générique d’“exclus” ne votent pas pour (la gauche), pour cette raison simple que, le plus souvent, elles ne votent pas du tout. Au risque de l’impuissance, (la gauche) se voit dans l’obligation de trouver à l’intérieur d’autres catégories sociales le soutien suffisant à sa politique. »

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« Le Président des ultra-riches », le nouveau livre des Pinçon-Charlot (Zones, 2019) LA VIOLENCE DES ARROGANTS : JUSQU’OÙ ? AbonnésVoir

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