Pour des milliers de prostituées, une misère sans aide

OUI, JE SUIS UNE PUTE, ET ALORS ? QUE DEVIENT SAM ? Abonnés

1

Le

En avril, nous avons rencontré SAM et vous avez aimé son témoignage.
Du coup, ces temps-ci, vous nous adressez des messages : que devient SAM ? Alors voilà de ses nouvelles :
« en ce moment, c’est très compliqué, nous dit Sam. Heureusement qu’il y a le bus des Femmes pour me soutenir et m’aider. Mais même avec ça, c’est catastrophique. Les moyens sont au plus bas, les clopes sont plus chères. Tout augmente. Et en plus, on a baissé mes APL, mon RSA… Au total, on a baissé mes aides de 150 euros. Donc ça devient très compliqué. Au total, aujourd’hui, j’ai 750 euros par mois de revenus. Et avec tout ça, je dois payer le loyer, les courses, les clopes… donc, je me prive, je calcule tout. Pour le boulot, c’est super compliqué aussi. Avant, on se débrouillait. Le couvre-feu, c’était à 20h. On pouvait espérer avoir au moins un client. C’était déjà difficile. Mais là, avec le couvre-feu à 18h, c’est foutu. Et les filles qui travaillent dans la rue, elles pleurent. Là, pour moi, c’est catastrophique. Donc, là, il va falloir se débrouiller. Trouver des trucs au black… la débrouille quoi. »

[EXTRAIT] Je suis une pute, et alors ? [RADIO]

Oui, je suis une pute, et alors ? SAM le proclame bien fort. Elle assume. Mais les infirmières de la sexualité publique sont dans une mauvaise passe, et même plus de passes du tout. Ce salaud de Covid a chassé le client, et SAM ne s’est pas encore convertie au télétravail. En plus de ça, il y a cette loi de 2016 qui pénalise le client, et comme beaucoup de ses 30 000 collègues, elle a vu son chiffre d’affaires s’effondrer. Et aucun filet social. Juste un RSA et encore. Et ces vaches de bourgeois qui les appellent des filles de joie !

Avec le confinement lié au Covid-19, les prostituées sont dans une situation de grande fragilité. Selon le secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, 30 000 personnes sont prostituées en France [1]. D’autres sources avancent le chiffre de 50 000.

Plusieurs associations, notamment le Bus des femmes, l’affirment : les revenus des prostituées ont fondu comme neige au soleil.

Le coronavirus vient porter un coup fatal aux prostituées déjà fragilisées par la loi dite « prostitution » du 13 avril 2016, qui a remplacé le délit de racolage par la pénalisation des clients. Ces derniers sont passibles d’une amende de 1 500 euros, et même 3 750 euros en cas de récidive. Bon nombre de prostituées ont donc vu chuter leur chiffre d’affaires.

Sam est dans ce cas. En général, elle exerce au bois de Boulogne. Mais avec le confinement, l’activité est interrompue. Tout récemment, elle a obtenu un petit studio dans une HLM. Du coup, elle reçoit ses clients réguliers chez elle. Et le risque sanitaire ? « Faut bien bouffer ».

Programmation musicale :
- Romain Bouteille : Rue de la pompe à Nice

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

journaliste : Dillah Teibi
réalisation : Sylvain Richard

L'équipe de Là-bas attend vos messages dans les commentaires et sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

Notes

[1Secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, « Les chiffres clés de la prostitution ».

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

Avec le sociologue François Héran qui publie « Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression » (La découverte) Les islamo-gauchistes mangeront-ils nos enfants ? Rencontre avec François Héran (1/2) AbonnésVoir

Le

Suite à l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020, le sociologue et démographe François Héran professeur au Collège de France a adressé une [Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression-C’est la base du livre qu’il publie à la Découverte. >https://www.editionsladecouverte.fr/lettre_aux_professeurs_sur_la_liberte_d_expression-9782348069277] (La Découverte, 2021).Alors que les caricatures qui désacralisent le religieux sont devenues sacrées, il rappelle que la liberté d’expression peut inclure des formes choquantes ou inutilement blessantes et que les caricaturistes a ce sujet, ne sont pas d’accord entre eux sur les limites de leur travail. Il évoque trois dessinateurs de Charlie Hebdo : Charb, Cabu et Pétillon. Dans un débat miné, où le courage de la nuance est plus que rare, ses explications sont essentielles.

Entretien avec le sociologue François Héran (2/2), qui publie « Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir » (La Découverte) Migrants, cadavres en morceaux… AbonnésVoir

Le

Choquant, provoquant, mais réel. Depuis des années, les habitants de Zarzis, sur la côte tunisienne, recueillent comme ils peuvent les corps des migrants noyés en Méditerranée. 20 000 morts depuis 2014. Une forte augmentation suite au Covid. À Zarzis, il faut déjà agrandir le cimetière des 600 tombes de ces soldats inconnus de la guerre économique.

Rencontre avec Caroline Fiat, députée La France Insoumise de Meurthe-et-Moselle. Caroline Fiat : une aide-soignante à l’Assemblée AbonnésVoir

Le

Conviction et sincérité. Voilà ce que les personnages politiques imitent plus ou moins bien. Plus ou moins camelots, plus ou moins malins. Rien de tout ça avec Caroline Fiat. Suffit de la voir à l’Assemblée, quand elle prend la parole, c’est sans les gants. Elle est la première aide-soignante élue députée. Devant la nouvelle vague de la pandémie, elle a décidé de reprendre le boulot au CHU de Nancy tout en assurant son travail de députée. C’est là que nous sommes venus la voir. Mais attention, pas question de faire la vedette...

CHAQUE SAMEDI, LES SEXPLORATEURS (9) | Podcast et belles images Moi j’aime l’amour qui fait mal Accès libreÉcouter

Le

« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny, moi j’aime l’amour qui fait boum ! » Bien sûr, la chanson de Boris Vian était parodique, mais la géniale interprétation de la splendide Magali Noël disait tout autre chose. Sortie en 1956, la chanson fut bien sûr interdite sur la radio nationale, ce qui contribua à son succès. Les infaillibles censeurs avaient immédiatement mesuré la retentissante subversion de cette balade sur la mince frontière entre la douleur et le plaisir. De nos jours, soixante ans plus tard, la ménagère se fait livrer cravache, paire de menottes et plug anal par Amazon. La perversion n’est plus ce qu’elle était, mais le mystère reste entier. Qui aime bien châtie bien. Nos deux « sexploratrices », Anne et Élisa, sont allées voir de plus près.