Quand les GM&S déboulent au festival de Cannes

ON VA TOUT PÉTER ! Abonnés

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Deux ans de combat, une énergie folle, une proposition de loi contre les patrons voyous, et aujourd’hui, un film sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes : ON VA TOUT PÉTER, de Lech Kowalski, retrace depuis les premiers jours la lutte exemplaire des GM&S. De La Souterraine à Cannes, c’est la parole des travailleurs jetables que les ouvriers viennent porter sur la croisette des notables. Quand les GM&S déboulent au Festival, un reportage de Dillah Teibi et Fabien Petitpré :

À quoi sert la classe populaire ? Un paillasson ou un marchepied ? C’est tantôt l’un, tantôt l’autre. Tantôt c’est un tas de bidochons, de racistes et d’assistés, tantôt c’est les héros du Front populaire, c’est les vraies valeurs, c’est le sel de la terre. Idéalisée, folklorisée, ridiculisée, la classe populaire, « on » parle à sa place, « on » pense à sa place. « On », c’est ceux du dessus, ceux qui regardent de haut et qui voient loin, les experts, les politiques, les économistes, les patrons bien sûr et les rupins, mais souvent aussi les intellos, les artistes, et même les cinéastes, puisqu’on est à Cannes.

Au cinéma, sauf pour un rare Ken Loach ou un Guédiguian et quelques autres, la classe populaire reste une classe étrangère. La classe des invisibles, des oubliés, des vaincus, pour reprendre les termes les plus utilisés par les « penseurs rapides » (fast thinkers) au sujet des « gilets jaunes ». ON VA TOUT PÉTER n’est pas un film SUR les travailleurs en lutte mais AVEC eux : ni paillasson, ni marchepied, c’est leur film, c’est leur résistance dont nous pouvons FAIRE PARTIE comme a fait le réalisateur du film, Lech Kowalski, au sens de PRENDRE PARTI. C’est ça ou c’est le parti de l’ennemi. Il n’y a pas d’arrangement. Lech Kowalski est anglais et il le sait, Margaret Thatcher avait raison : il n’y a pas d’alternative !

Daniel MERMET

Où en est-on de la lutte des GM&S ?

Les ouvriers de l’ex-usine GM&S, sous-traitant automobile, bougent encore et pas qu’un peu. Depuis 2017, ils livrent plusieurs combats pour sauver leur usine, mais aussi pour aider leurs collègues mis à la porte lors du dernier plan social, en janvier 2018, après que l’entreprise a été reprise par l’industriel Alain Martineau pour un euro symbolique, avec 120 emplois conservés sur 277.

Comment va l’entreprise aujourd’hui ? Depuis un an, l’usine GM&S – devenue LS Industrie – tourne au ralenti. La faute aux deux donneurs d’ordre et géants de l’industrie automobile, le groupe PSA et Renault. PSA s’était engagé à fournir 12 millions d’euros de commandes par an dès 2018, et Renault 10 millions d’euros. Mais les constructeurs automobiles n’ont pas tenu leur parole, comme l’expliquait Patrick Brun, délégué syndical CGT, à la fin de l’année 2018 : « par rapport à ce qui avait été annoncé par les constructeurs – 12 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels de PSA et 10 millions d’euros de Renault – on est loin du compte. On se rend compte qu’on va finir l’année certainement avec 11,7 millions d’euros de commandes mais pas plus. On est loin des engagements des constructeurs [1] ».

Parallèlement, l’entreprise LS Industrie (ex-GM&S) perd environ 350 000 euros par mois. Par conséquent, les salariés craignent un autre plan social, voire une liquidation de leur usine.

Mais ce ciel sombre est loin de décourager les ouvriers, qui ont remis de l’essence dans leur moteur grâce à la justice. En annulant l’homologation du « plan de sauvegarde de l’emploi », le tribunal administratif de Limoges leur a redonné de l’espoir. Cette décision a même été confirmée en appel. Mais l’administrateur judiciaire a contesté cette décision : le Conseil d’État doit encore statuer sur la faisabilité d’un tel pourvoi. Affaire à suivre donc, concernant la contestation du plan social.

En attendant, les ex-GM&S mènent bataille sur d’autres fronts. 85 licenciés de GM&S et 33 autres salariés repris au sein de l’entreprise LS Industrie réclament une somme totale de 7,4 millions d’euros à PSA et Renault.

Les deux géants de l’industrie automobile sont accusés d’avoir provoqué la chute de l’ex-équipementier automobile GM&S en le maintenant en situation de dépendance économique. Une assignation en justice pour « abus de position dominante » et « responsabilité pour faute » devant le tribunal de Guéret a été délivrée par huissier aux deux constructeurs.

Cette démarche est d’autant plus importante que les salariés licenciés ne roulent pas sur l’or. Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, avait pourtant promis de ne laisser personne sur le carreau. Mais la cellule de reclassement s’est arrêtée fin mars et à la fin de l’année, les salariés qui sont aujourd’hui au chômage ne toucheront plus rien. Fin mars 2019, parmi les anciens salariés de GM&S, 36 étaient en CDI, 11 avaient des promesses d’embauche, 23 étaient en CDD de plus de six mois, 23 en CDD de moins de six mois. Huit avaient créé une entreprise ou avaient un projet de création, et au moins 50 étaient sans solution, dont 26 en grande difficulté.

Dans ce contexte, le film de Lech Kowalski, On va tout péter, sur la lutte des GM&S, est autant une piqûre de rappel qu’un appel à la lutte.

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journaliste : Dillah Teibi
images : Fabien Petitpré
montage : Léa Bardiau
mixage : Sylvain Richard

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Notes

[1Julie Ho Hoa, « Les trois angoisses qui planent sur le sort des ex-GM&S creusois », La Montagne, 08 octobre 2018.

Voir aussi

Lech Kowalski, On va tout péter, France, 1h49, 2019

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Association de soutien et de défense des salariés de GM&S
6, Cité Jean Massé
23300 LA SOUTERRAINE

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    En grève depuis le 11 avril, les femmes de chambre de l’hôtel de luxe NH Collection à Marseille occupent l’entrée de l’hôtel pour protester contre leurs conditions de travail. Malgré les pressions musclées de la police et de la direction, elles tiennent depuis bientôt huit semaines. Leur employeur, sous-traitant de cet hôtel de luxe, est le groupe ELIOR, un puissant groupe français de restauration, 132 000 « collaborateurs et collaboratrices » dans le monde, presque 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et adepte du « développement durable » et autres « principes d’éthique ».

    Treizième mois, paiement des heures supplémentaires, augmentation le dimanche, conditions de travail, reconnaissance de leur qualification : les revendications des femmes de chambre sont claires et légitimes.

    Pourtant, le 24 mai, la direction d’ELIOR a saisi le Tribunal de grande instance de Marseille pour exiger l’arrêt de la grève et une condamnation de 500 euros par gréviste. La police a relevé l’identité des femmes présentes sur le piquet avec une brutalité devenue courante.

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    Sois franc, ami abonné, conviens qu’à toi non plus il ne déplaît pas de voir et surtout d’entendre Gilbert Collard et Daniel Cohn-Bendit s’attribuer des noms de volatiles, tous plus infamants les uns que les autres, pendant une soirée électorale où tout le monde s’emmerde copieusement. À TF1 aussi, ils adorent ça, mais ils n’ont pas le droit de le dire. À Quotidien, ils ont le droit de tout dire, mais ils évitent néanmoins de pointer trop explicitement l’hypocrisie de leur chaine mère (TF1 donc) qui invite sur un même plateau deux multirécidivistes de l’esclandre et simule l’indignation horrifiée (Gilles Bouleau fait ça très bien) quand l’inévitable baston verbale se déclenche. Tout ça n’est ni très nouveau, ni très original, mais toujours amusant à voir à l’œuvre.

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Avec Gérard Filoche Et maintenant, l’assurance chômage ! AbonnésVoir

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Mercredi 20 février, les négociations sur l’assurance chômage ont été rompues, sans que les représentants de salariés et de patrons ne trouvent d’accord, ouvrant la voie à la reprise en main par l’État. C’est le genre d’infos qu’on voit passer rapidement, dont on entend vaguement parler à la radio, mais qu’on laisse filer, comme ça, sans y attacher plus d’importance, tant la question est vidée de son contenu politique par certains journalistes. Et pourtant : qui gère les 35 milliards d’euros de l’assurance chômage ? Qui décide de la façon dont sont indemnisés les chômeurs ? Pourquoi les négociations ont échoué, et qui y avait intérêt ? Voilà quelques questions simples que les médias dominants oublient de poser ! Heureusement, Gérard Filoche est là pour y répondre.

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