Il y a des morts qui engendrent des explosions de joie.
Ce fut le cas il y a cinquante ans, le 20 novembre 1975 à 4 heures 25 précises, lorsqu’au bout d’une interminable agonie racontée minute par minute, dans les moindres détails, par tous les médias du monde, mourait enfin le dictateur espagnol Francisco Franco après trente-neuf ans, un mois et cinq jours d’une dictature dont l’Espagne porte encore les stigmates. Voici des précisions historiques sur la fin du Caudillo :
Un de ses crimes fut le vol des enfants à la naissance. Par milliers, dès les années 1940, les franquistes enlevaient à la naissance les bébés des femmes « rouges » incarcérées, leur assurant que leur bébé était mort. Puis, avec le concours du clergé, les enfants étaient placés dans de « bonnes familles » afin d’éradiquer le gène du marxisme considéré comme une maladie mentale, conformément aux théories du psychiatre franquiste Antonio Vallejo-Nájera (1889-1960).
« Les relations intimes existant entre le marxisme et l’infériorité mentale sont évidentes » et « la mise à l’écart des sujets, dès l’enfance, pourrait affranchir la société de cette idéologie… »
Ces dépouillements intentionnels de progéniture se chiffrent par dizaines de milliers. Au fil du temps, les raisons idéologiques et politiques deviennent purement vénales, avec toujours la complicité des instances ecclésiastiques. Au total, on estime à près de 300 000, entre 1940 et les années 1980, le total de ces « enfants volés ».
Longtemps tabou, le scandale a éclaté dans les années 2000. Enquêtes, reportages, émissions publiques, procès se poursuivent aujourd’hui. Le 25 mai est devenu la journée internationale des « enfants disparus ». De l’Argentine à l’Ukraine, en passant par la Chine, on a vu les mêmes crimes au cours de l’histoire mais sans doute jamais d’une telle ampleur.
Après le franquisme, on a ingénument pensé que l’Espagne était vaccinée contre le totalitarisme. Mais aujourd’hui la montée de l’extrême droite et du parti VOX marque un vigoureux renouveau du franquisme.
L’histoire des enfants volés repose sur un délire totalitaire de purification mêlé à la plus froide corruption, des éléments compatibles avec le renouveau fasciste.
Allons-nous devoir émigrer chez les immigrés pour mettre nos enfants au monde ?
Mais quel monde ?


