
Le pouvoir est au bout du fou rire
C’est le combat des révoltés déguisés d’Halloween contre les farces de l’ordre. Le burlesque et la dérision tuent le fascisme comme la guitare de Woody Guthrie en plein nazisme. Les flics tabassent des citrouilles et gazent des têtes de morts en carton. Trop tard. La grande baliverne s’écroule sous le retentissement des rires énormes que les clowns provoquent. Voyez Swift, Jarry ou Chaplin, les fachos ne savent pas rire, c’est par là qu’on les attrape et qu’on les extermine, par le grotesque et par l’humour noir qu’ils confondent avec les êtres de la même couleur qu’ils vouent aux ténèbres.

Redford, Michigan, États-Unis, 31 octobre 1979
Tourner la mort en dérision, s’emparer d’elle, la maquiller, la manger, la danser, la rouler dans la farine des jours noirs et des nuits blanches, c’est le génie des peuples, c’est le génie du Mexique, lors du « Día de los Muertos », c’est le chef-d’œuvre du génial graveur mexicain José Guadalupe POSADA (1852-1913) et ses « calaveras », ses cadavres hilarants imprimés par milliers sur du papier pas cher pour un populo pauvre et analphabète dont ces milliers de gravures ont nourri la culture, la rigolade et la résistance.
Dans nos contrées, les pompeux cornichons ont supprimé les pompes funèbres. Abolis corbillards, fastes, chevaux, crottins funestes et veuves enfin libérées sous le voile du désir. Georges Brassens a génialement raconté la destruction de cette boussole par les frappeurs d’alignement.
Mais, hors de notre nombril où nous étouffons, dans le reste du monde, la mort et ce qui s’ensuit est encore parfois un prodige de civilisation. Faire d’un mort un ancêtre demeure la preuve du génie humain, comme d’autres prodiges dont nous croyons détenir le monopole au-dessus de ces pratiques obsolètes réduites au tourisme d’aventure et au musée du quai Branly.

Ainsi du famadihana, le culte du retournement des morts, une coutume funéraire encore pratiquée sur les Hautes Terres de Madagascar malgré colonialisme, christianisme et menace sanitaire. La mort n’est pas une fin mais un simple passage. Les ancêtres continuent d’exister et jouent un rôle protecteur en assurant la cohésion sociale. Tous les cinq ou sept ans, selon l’avis du devin, on se réunit nombreux, on vient de loin, on mange, on boit, on danse, on déterre les restes mortels et on change les linceuls des défunts en famille avant de les replacer dans le tombeau collectif avec les morts plus récents, les débutants. Les âmes des ancêtres ne rejoignent l’empire des morts qu’après l’obsolescence complète des restes mortels, c’est-à dire une longue période jusqu’à cendre et poussière.
En attendant, voilà notre reportage sur le sujet, un grand reportage pas aussi ancien, même s’il date de 1990, mais déjà modeste et génial, un vrai document dont nous ne sommes pas peu fier.
Prenez le temps d’écouter et de (re)découvrir ce retournement des morts tout en préparant vos fémurs et vos osselets pour la joyeuse danse macabre où nous tisserons le linceul du vieux monde car on entend déjà la révolte qui gronde.


