À Bruxelles, un vaste réseau de solidarité avec les réfugiés. Un grand reportage de Sophie Simonot

L’Aquarius solitaire, Bruxelles solidaire Abonnés

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(photo : SOS Méditerranée )

Tout un été là-bas : un tas de choses à déguster ! Surprises, découvertes, aventures… On vous a préparé un programme spécial été, avec le meilleur de LÀ-BAS. Aujourd’hui, mardi 14 août, le bateau de sauvetage Aquarius, affrété par SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières, connait une nouvelle situation de péril : à nouveau, il est refoulé des ports européens et le navire erre en mer avec 141 réfugiés à son bord, dont la moitié sont des enfants.

L’occasion pour nous de vous faire réentendre le reportage de Sophie Simonot à Bruxelles, dans le parc Maximilien, avec les citoyens qui s’organisent autour de la Plateforme d’accueil des réfugiés. Où l’on constate encore une fois que sur ces sujets-là, la société civile est très en avance sur les politiques publiques. Aquarius solitaire, Bruxelles solidaire.

Après deux jours où l’Europe s’est refilé l’Aquarius comme une patate chaude, c’est finalement l’Espagne qui accueillera le navire humanitaire et ses 629 migrants. Si le gouvernement français a osé dénoncer « une forme de cynisme et une part d’irresponsabilité  [1] » dans le refus du nouveau gouvernement italien d’accueillir le bateau de l’ONG SOS Méditerranée, c’est pour mieux masquer sa propre inaction dans l’accueil et l’aide aux réfugiés. Pendant que les gouvernants gesticulent, des citoyens belges s’organisent via une plateforme pour aider les réfugiés dans la région de Bruxelles, simplement solidaires : « ça serait bien que les politiques prennent le relais, parce que ce n’est pas notre boulot. » Un reportage de Sophie Simonot :

[EXTRAIT] Bruxelles, simplement solidaire [RADIO]

Des migrants enfermés au camp de Burashada en 2012 (photo : Daniel Mermet)

Réfugiés, apprenez à escalader les façades !

Amis Érythréens, Soudanais, Afghans, Syriens, Maliens, vous les migrants, vous qui fuyez la guerre, la misère et la galère, vite, apprenez à escalader les façades des immeubles ! Faites comme Mamoudou Gassama, qui a sauvé un enfant dans notre beau pays en escaladant un immeuble à mains nues ! Un exploit dont notre président Emmanuel Macron n’a pas manqué de récupérer l’héroïsme pour lui-même. Oui, apprenez à escalader les façades des immeubles, sinon vous allez tomber parmi les mauvais réfugiés, c’est-à-dire la totalité des réfugiés. Pendant que Mamoudou Gassama est reçu à l’Élysée, les autres réfugiés sont à la rue, arrêtés, évacués, reconduits.

(photo : Frédéric Moreau de Bellaing)

Au fond, c’est simple : si vous souffrez de cette grave addiction qui est la maladie du pouvoir, votre choix est limité. Soit vous exploitez ce que vos congénères humains ont de plus moche, de plus chauvin, de plus mesquin, de plus craintif et de plus lâche. C’est une possibilité souvent utilisée, et visiblement rentable. Ou bien vous vous adressez à ce que nous, les gens, avons de plus ouvert, de plus généreux, de plus solidaire, sans forcément jouer au « m’as-tu-vu » humanitaire, au « regarde-comme-je-suis-indigné-et-solidaire ». Ce n’est pas indispensable. En tout cas, vous pouvez choisir entre ces deux possibilités.

(photo : Frédéric Moreau de Bellaing)

Voilà pourquoi nous sommes ici, en Belgique, au parc Maximilien à Bruxelles, où une association, la « Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés », s’est créée en 2015 pour, justement, venir en aide aux réfugiés. Ils sont aujourd’hui 43 000 membres sur le groupe Facebook de la Plateforme, et des centaines tous les soirs à venir aider les réfugiés. Vous le savez, en France, l’aide aux personnes séjournant illégalement peut vous coûter cher, et vous valoir toutes sortes d’emmerdements : pressions, gardes à vue, harcèlement judiciaire.

De l’autre côté, chez nos amis belges, les choses sont toutes différentes. Pourquoi ? Comment ça fonctionne ? Qui sont ces hébergeurs ? Qui sont ces Bruxellois solidaires ? Hospitalité, charité, acte politique ou bonne conscience pour pas cher ? C’est ce que nous allons découvrir dans ce reportage de Sophie Simonot : préférer le miel de la vertu solidaire, au fiel de la xénophobie et du repli haineux.

(photo : Frédéric Moreau de Bellaing)

Il faut dire et répéter que l’Europe est globalement peu concernée par ces flux migratoires. Il faut dire et répéter que les chiffres officiels font état d’1,2 million de demandes d’asile en 2016 dans l’Union européenne [2]. Sur 500 millions d’habitants, elles représentent donc 0,2 % : pas de quoi être submergé.

Il faut répéter, répéter et répéter que selon le rapport 2016 du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, sur les 10 pays accueillant le plus de réfugiés, quatre sont en Afrique, et quatre en Asie : « la Turquie abritait le plus grand nombre de réfugiés, accueillant 2,8 millions d’entre eux à la mi-2016. Viennent ensuite le Pakistan (1,6 million), le Liban (1 million), l’Iran (978 000), l’Éthiopie (742 700), la Jordanie (691 800), le Kenya (523 500), l’Ouganda (512 600), l’Allemagne (478 600) et le Tchad (386 100). [3] »

De plus, l’écrasante majorité des personnes qui décident de quitter leur pays se réfugient en priorité dans des pays limitrophes et ne tentent pas la traversée en direction de l’Europe : « au total, 86 % des réfugiés relevant de la compétence du HCR en 2015 se trouvaient dans des pays à faible et moyen revenu à proximité des situations de conflit. [4] » Rappelons ce que disait la Coordination Nationale des Sans Papiers : « économiques, politiques ou écologiques, nous sommes tous des réfugiés ! Liberté de circulation ! »

Daniel Mermet

Programmation musicale :
- Jaune Toujours : Printemps
- Jaune Toujours : Barbelé, pas rasé
- Jaune Toujours : Ici Bruxelles
- Jaune Toujours : Réfugiés sans frontières (Remix)

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    Salle d’audience 2.05 du tribunal de grande instance de Paris, à la porte de Clichy. « Vous trouverez facilement, c’est la cour des miracles », nous glisse un avocat. C’est tous les jours de la semaine, à 9h et 13h30, et c’est ouvert au public. Ici, vous ne risquez pas de voir Cahuzac ou Balkany, pas de cols blancs ni de barons voleurs, c’est la justice des pauvres, expéditive, violente, ici, c’est la misère qui comparaît.

    Selon une étude de 2008, la plus récente à ce sujet, 68,7 % des prévenus jugés en comparution immédiate sont sans ressources ou avec des ressources faibles.

    Et pas besoin de grands chiffres pour le savoir : il suffit de lire les récits de Dominique Simonnot, tous les mercredis, dans Le Canard enchaîné. L’année dernière, cette procédure de justice directe a été massivement utilisée contre les « gilets jaunes » : plusieurs centaines d’entre eux, arrêtés et placés en garde à vue le samedi, ont été jugés en comparution immédiate le lundi.

    Alors qu’un fossé se creuse entre l’institution judiciaire, de plus en plus perçue comme un instrument de sauvegarde de l’ordre social, et les citoyens, nous avons passé une journée ordinaire dans cet endroit loin du paradis. Pas de caméra, pas de photos, pas de micro, téléphone éteint : juste un crayon et du papier.

  • Chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte essaie d’élever le débat grâce à Louis Sarkozy (mais c’est pas gagné) Abonnés

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