Un reportage d’Anaëlle Verzaux avec le personnel en lutte des hôtels Hyatt

Grand luxe : chez Park Hyatt, pour 800 euros la nuit, vous pouvez chier partout Abonnés

1

Le

Sauf que le petit personnel en a un peu marre et est en grève depuis le 25 septembre. Peu fréquenté par les AMG de Là-bas, le Park Hyatt Paris-Vendôme se présente comme le « premier palace parisien », il dispose de 153 chambres (prix minimum : 800 euros), dont 43 suites, certaines à 16 000 euros la nuit. Oui, 16 000 euros… Dix fois le salaire mensuel moyen d’une femme de chambre.

[EXTRAIT] Dans les palaces parisiens, les clients font « caca par terre » [RADIO]

Et que veulent ces nantis qui ont le privilège d’avoir un boulot et de vivre dans le luxe ? :

  • une embauche directe par l’hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme de l’ensemble des salariés de la sous-traitance,
  • une augmentation des salaires de 3 euros de l’heure pour les salariés employés directement par l’hôtel,
  • une diminution des cadences.

Mais en plus cette lutte montre le monde du luxe et des ultrariches et nous ramène au théâtre séculaire de la domination : le serveur et le client, le serviteur et le maître, le valet et le seigneur, le dominé et le dominant.

Sans son domestique, le maître est perdu. Et la servante connaît tous les secrets de sa maîtresse. Le valet, en somme, devient le maître du maître. Et on connaît le prestige social du larbin, on connaît le valet de chambre plus snob que son maître, on connaît le chauffeur en gants blancs plus hautain que le prince qu’il conduit. Pas évidente, la lutte des classes dans les châteaux et les palaces.

Comment rompre cette inégalité normalisée ? En 1745, Jonathan Swift donnait des conseils dans son Instruction aux domestiques, le grand classique de l’insoumission et de l’incitation à la désobéissance : « quand il vous faut de l’eau pour le thé après dîner (ce qui, dans bien des maisons, fait partie de votre besogne), pour épargner le combustible et aller plus vite, remplissez la bouilloire avec celle du chaudron dans lequel le chou ou le poisson a bouilli, ce qui la rendra beaucoup plus saine, en corrigeant l’acide et la qualité corrosive du thé. [1] »

En somme, juste avant la Révolution, Swift incitait le serviteur à cracher dans la soupe. On n’en est pas là, mais pour une fois, les salariés en grève font entrevoir l’autre côté du miroir.

Un reportage d’Anaëlle Verzaux.

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

JAZZ ET TÊTE DE VEAU, une belle fête pour l’AN 01 de LÀ-BAS ! Accès libreÉcouter

Le , par L’équipe de Là-bas

Nous étions plus de 200 au Lieu-Dit, jeudi pour le premier anniversaire de LA-BAS. Merci à toutes et tous pour le soutien, pour l’amitié, pour la fête, pour le jazz et pour la tête de veau. Merci à l’équipe du Lieu-dit ! Merci au Golden Jack Quintet, et Helmie Bellini et son Kongo Square. Dès vendredi matin (!), Jérôme Chelius vous a mis deux extraits de cette soirée pour régaler vos oreilles. Que du bon ! VIVA !

L’an 01 de Là-bas
[TEXTES À L’APPUI] Entretien avec Cornelius Castoriadis (novembre 1996) LE TRIOMPHE DE L’INSIGNIFIANCE Accès libreLire

Le

Il y aura vingt ans cette année, nous avons diffusé cet entretien avec Cornelius CASTORIADIS, quelques mois avant sa mort, un entretien fondamental et lumineux, qui est devenu une référence et une source d’inspiration pour beaucoup d’auditeurs de LÀ-BAS.

En voici la transcription dans la collection des TEXTES À L’APPUI que nous vous proposons désormais.

À l’occasion de la sortie du film « La Sociale », retour sur l’histoire de la Sécu Ambroise Croizat, vive la Sécu !! Accès libreÉcouter

Le

En février 2011, notre reportage sur AMBROISE CROIZAT fut une redécouverte, et pour beaucoup une découverte, du père de la Sécurité Sociale. Chacun connaît une rue qui porte ce nom, un collège, une bibliothèque, mais qui était Ambroise CROIZAT ? C’est à lui, ministre communiste à la Libération, que l’on doit la Sécurité Sociale et les retraites.

Une superbe conquête inlassablement combattue par les partisans de la loi du profit. Reportage, février 2011 : François RUFFIN, avec Michel ÉTIÉVENT, auteur du livre Ambroise Croizat ou l’invention sociale (éditions GAP, 1999).