À la CGT à Tourcoing, on ne désarme pas. Premier volet d’un reportage de Sylvie Coma

En première ligne contre le F.N. (1/2) Abonnés

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Une caissière d’Auchan virée pour 85 centimes en juillet à Tourcoing. Auchan, c’est Mulliez, classé dans le top 3 des plus grosses fortunes de France, 40,2 milliards d’euros [1]. En août, toujours à Tourcoing, c’est un caissier de Dia (Carrefour) licencié pour une erreur de 18 euros. Carrefour, c’est Bernard Arnault, également dans le top 3 des fortunes françaises, 30,44 milliards d’euros [2]. On a baissé les bras devant ces injustices. Navrés, on laisse le F.N. grossir sans effort. Mais il y a des poches de résistances. À la CGT de Tourcoing, on ne se contente pas d’écouter les doléances, on se bat en première ligne contre le F.N.

« Ça fait froid dans le dos, ça donne envie de vomir. » Depuis des années, la montée du F.N. et de l’extrême droite suscite l’indignation morale et impuissante de ceux qui pensent et qui parlent. Depuis trente ans, la bourgeoisie culturelle a fabriqué l’épouvantail le plus séduisant pour tous ceux qu’elle délaisse et qu’elle méprise.

Le racisme social n’est pas étranger à ce rejet. L’ouvrier, le working class hero, est devenu le beauf, le Bidochon, le Deschiens. Puis « la question du voile » a été l’alibi de l’abandon. Qui aujourd’hui pour défendre les victimes du chômage et du travail en miettes ?

Certainement pas une gauche qui a imposé la Loi Travail pour satisfaire le Medef. Certainement pas des « européistes » militants de l’austérité imposée à la Grèce. Certainement pas la droite de François Fillon, nostalgique de Thatcher. Le passage en force de la Loi Travail a encore accéléré la déréglementation du marché du travail. Horaires décalés, flexibilité, temps partiel subi, des salariés de plus en plus isolés face à leurs petits chefs. Comment imaginer que le ressentiment accumulé ne se traduise pas dans les urnes ? À l’Union Locale de la CGT de Tourcoing, une dizaine de bénévoles luttent contre ces dégâts sociaux, en première ligne contre le F.N.

Premier volet d’un reportage à Tourcoing de Sylvie COMA.

REPORTAGE : En première ligne contre le F.N. (1/2) [EXTRAIT]

Les différentes séquences de l’émission :

01. C’est dur de trouver les mots

Quelques repères :

Union Locale de la Confédération Générale du travail de Tourcoing
43 rue de Lille 59 200 Tourcoing, téléphone : 03 20 24 48 34

Une dizaine de bénévoles  

Sam : Secrétaire général, professeur d’histoire-géographie en lycée professionnel
Jean-Marie : Trésorier, directeur de Maisons de Jeunes et de la Culture à la retraite
Jean-Claude : Secrétaire d’accueil, ancien ouvrier dans l’agro-alimentaire
Habib : travaille chez Auchan City
Philippe : intérimaire
Pascal  : chauffeur routier au chômage
Priscilla : intérimaire
Philippe : retraité avant l’âge pour avoir travaillé dans l’amiante…

Adhésions en hausse :

1 400 affiliés à l’Union Locale en 2014.
2 200 affiliés à l’Union Locale en 2016.

Une quarantaine de rendez-vous par semaine.

Leurs derniers combats retentissants :
- une caissière d’Auchan licenciée pour une erreur de 85 centimes (prix d’une boîte de sauce tomate). Affaire gagnée. La caissière a été réintégrée grâce à l’action de l’Union Locale CGT de Tourcoing
- un caissier de DIA viré pour n’avoir pas vu qu’une carte bleue d’un montant de 18 euros avait été refusée. Affaire toujours en cours…

Tourcoing : 

-  93 000 habitants

-  Ancienne capitale mondiale de la laine (avec Roubaix), principalement reconvertie dans la grande distribution et le tertiaire.

-  8ème ville de France la plus touchée par le chômage (16,3% de la population active)

-  6ème ville la plus pauvre de France (1 habitant sur 4 en-dessous du seuil de pauvreté)

- le Maire : Gérald DARMANIN, secrétaire général adjoint des Républicains

Résultats électoraux à Tourcoing : 

Régionales 2015 (second tour) :
Union de la droite (Xavier Bertrand) : 67,9%
FN (Marine Le Pen) : 32,10%

Municipales 2014 (second tour) :
Les Républicains (Gérald Darmanin) : 45,61%
PS (Michel-François Delannoy) : 43,42%
FN (Jean-François Bloc) : 10,96%

Présidentielle 2012 :
-  1er tour
François Hollande : 31,32 %
Nicolas Sarkozy : 22,43 %
Marine Le Pen : 21,28 %
Jean-Luc Mélenchon : 12,73 %
-  2d tour :
François Hollande : 55,49 %
Nicolas Sarkozy : 44,51 %

Programmation musicale :
- L’Homme Parle : La Grande Distribution
- Billy B. Beat : Le Sac Auchan
- Loïc Lantoine : À L’Attaque

reportage : Sylvie COMA
journaliste : Daniel MERMET
réalisation : Sylvain RICHARD

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Frédéric LORDON publie« Figures du communisme » aux éditions La Fabrique. Un entretien en deux parties Frédéric Lordon, le capitalisme nous détruit, détruisons le capitalisme (1/2) AbonnésVoir

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Il est remonté Lordon, et son bouquin vous remonte, un vrai coup de printemps dans cette odeur de renfermé et de renoncement flageolant. Angoisse, précarité, inégalités, réchauffement, asphyxie et maintenant pandémie. Ça fait beaucoup et c’est clair, le capitalisme détruit nos vies. On peut essayer de lui limer les griffes, lui mettre du caoutchouc sur les crocs, lui apprendre à manger de la salade, lui faire des petits bisous, il s’en fout. On en voit à gauche tout penauds, qui négocient comme au temps de l’esclavage on aurait négocié la longueur de la chaîne et le poids des boulets. Il faut choisir : ou bien on dit « un autre capitalisme est possible » et on le réforme et on le corrige et on lui trouve des chouettes idées et on le renforce. Ou bien on comprend qu’il nous mène au désastre général et qu’il faut tout changer. Tout en profitant de la période qui finit, celle du développement matériel, à nous d’inventer enfin l’histoire du développement humain. Voilà qui vous remet de l’air dans les bronches !

« On lâche rien », c’est eux qui chantent ça, les larbins du capitalisme, tous en chœur dans leurs Covid parties, on lâche rien sauf les chiens, sauf les chars. Les chars, oui. Lordon rappelle 1973 à Santiago du Chili, quand un vrai socialisme était là pour de vrai. On peut rappeler la Semaine sanglante, on peut rappeler ceux qui ont préféré Hitler au Front populaire, on peut évoquer les véhicules blindés qui furent envoyés par Macron contre les « gilets jaunes », et aujourd’hui la spéculation sur les vaccins qui va laisser pourrir des milliers d’êtres dans le monde. Et bien sûr, un capitalisme propre sur lui, bien déguisé en démocratie comme le loup qui se déguise en gentille grand-mère. Des élections, ah oui, très bien, à condition que les blancs bonnets remplacent les bonnets blancs, et le contraire aussi dans un affrontement passionnant. Mais pas davantage. Sinon revoyez les aventures de la Grèce en 2015. Tout le bouquin de Lordon peut se résumer à la phrase de Bertolt Brecht : « le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, il est son évolution par temps de crise ».

Émission spéciale « Doléances et Résistances » en public HAYANGE, CEUX QUI FONT FACE AU FRONT [INTÉGRALE RADIO] AbonnésÉcouter

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C’est curieux, le maire d’Hayange n’a pas aimé notre affiche, il l’a fait arracher et même il l’a fait repeindre en bleu ! Lui qui aime tant le cochon, lui qui fait la Fête du cochon. Hayange est l’une des onze nouvelles villes conquise par le Front National lors des municipales de 2014. Ancien militant de Lutte Ouvrière et de la CGT,le jeune maire d’Hayange est devenu célèbre en se convertissant subitement à l’extrême-droite. Il est aussi très malin pour lancer des petites ou des grosses provocations qui font le beurre et le bonheur des médias qui viennent du monde entier dans cette ville de Moselle frappée par les politiques néo-libérales.