Délit de solidarité Abonnés

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[EXTRAIT] Délit de solidarité

Ils viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. L’extrême droite s’engraisse sur le fantasme des hordes d’envahisseurs métèques assoiffés du bon sang des vrais Français de souche.

De peur de déplaire, la plupart des candidats s’abstiennent de dénoncer ces délires xénophobes, y compris des partis de gauche, malgré les grandes postures indignées.

Pourtant, études et chiffres montrent facilement que l’immigration n’est pas un problème en France, au contraire. Aux États-Unis, le 1er mai 2006, l’organisation d’une Journée sans migrants montrait que sans eux, le pays ne tarderait pas à tomber en panne. De même en France, chacun sait que notre histoire est tissée des mille fils des migrations.

Qu’a-t-il fallu pour qu’on l’oublie ?

Voilà que la solidarité devient un délit, ou bien au contraire, voilà que la solidarité la plus élémentaire fait de vous un héros. C’est ce que les médias ont fait de Cédric Herrou, un agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants érythréens dans la vallée de la Roya. Nous l’avons rencontré. Mais Cédric n’est pas le seul à commettre le délit d’ « aide au séjour des étrangers », des associations, des collectifs, des particuliers se mobilisent. Loin des caméras, c’est eux que nous partons rencontrer.


Un grand reportage radio de Sylvie Coma.

Près du tunnel de Latte, le corps d’un réfugié tué sur les rails en février 2017

Jeudi 23 mars, 250 nouveaux migrants sont morts en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Italie à partir de la Libye. Les cadavres repêchés étaient ceux d’Africains âgés de 16 à 25 ans. Depuis le début de l’année, 690 personnes se sont noyées à bord d‘embarcations de passeurs, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Dans la vallée de la Roya, à quelques kilomètres de la frontière italienne, les délinquants solidaires s’organisent pour secourir les réfugiés bloqués à Vintimille après leur longue traversée.

C’est un réseau fluide et discret de citoyens solidaires. De procès en procès, certains noms ont émergé : Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni… Mais derrière eux, dans l’anonymat, se cachent tous les autres. Chaque soir, l’un des cinq villages de la montagne organise une maraude. En toute illégalité.

Un grand reportage de Sylvie COMA.

Les différentes séquences du reportage :

Sandro (à droite)

01. Un message sur le répondeur de Là-bas

Patrick

L’Association pour la Démocratie à Nice (ADN) lance un appel à dons pour les réfugiés :

L’appel à dons de l’Association pour la Démocratie à Nice

Quelques repères


La vallée de la Roya, un cul-de-sac dans les Alpes-Maritimes
Tout au long du fleuve Roya, six petites communes sont accrochées à la montagne. Le premier village, en venant d’Italie, est Breil-sur-Roya (le village de Cédric Herrou).

Des milliers de migrants remontent la vallée de la Roya à partir de Vintimille (Italie) pour éviter les contrôles — rétablis en juin 2015 — de la police française aux frontières.

Problème : la vallée se situe dans une boucle, un cul-de-sac. Si l’on remonte la route vers le col de Tende, on finit par se retrouver en Italie. Les migrants doivent donc rebrousser chemin.

Frontière franco-italienne rétablie en juin 2015
En principe, il n’y a plus de contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen.
Mais en juin 2015, des points de contrôle frontaliers ont été rétablis entre la France et l’Italie, sur une bande de 20 km. Tous les points de passage sont verrouillés. Les gares et les trains sont contrôlés.

Plus de 35 000 étrangers interpellés en 2016
Selon les chiffres de la préfecture, plus de 35 000 étrangers en séjour irrégulier ont été interpellés à la frontière en 2016 (27 000 en 2015).
Quelque 1 500 mineurs isolés ont été pris en charge en 2015, contre seulement 348 en 2016.

Accidents mortels
Au moins sept morts sont recensées, dont plusieurs dans les tunnels ferroviaires ou autoroutiers.
Il existe désormais des panneaux « Attention piétons » sur l’autoroute.

Les associations venant en aide aux migrants dans le département
- association Habitat et Citoyenneté
- association pour la démocratie à Nice et dans les Alpes-Maritimes (ADN)
- collectif Roya Citoyenne
- collectif d’habitants qui s’est créé pour venir en aide aux nombreux migrants coincés dans leur vallée

Revendications du collectif Roya Citoyenne
- la fin du délit de solidarité pour les citoyens bénévoles qui se substituent à l’État en portant assistance à des personnes en danger
- l’ouverture d’un centre d’accueil dans le département des Alpes-Maritimes où les migrants puissent faire valoir leurs droits conformément aux conventions internationales
- la prise en charge par le Conseil départemental, au travers de l’Aide Sociale à l’Enfance, et conformément à la loi, des mineurs bloqués dans la vallée de la Roya

Pratiques illégales des autorités

- Dépôts de demandes d’asile impossibles
En principe, tout migrant a le droit de déposer une demande d’asile auprès de la police aux frontières. Mais en pratique, cette demande n’est jamais enregistrée et les migrants sont refoulés en Italie.

Par ailleurs, il leur est impossible d’aller à Nice pour déposer leur demande d’asile en préfecture (si ce n’est en se cachant dans les coffres de voiture, c’est notamment en les transportant que les bénévoles se font arrêter).

-  Renvoi systématique de mineurs
La France ne respecte pas son obligation de prendre en charge les mineurs. Alors que l’Aide Sociale à l’Enfance devrait s’en occuper, ces mineurs sont bien souvent renvoyés en Italie, sans même avoir été informés de leurs droits.

Éric Ciotti : président du Conseil départemental

En décembre dernier, les internautes de Nice-Matin ont désigné Cédric Herrou « Azuréen de l’année  » parmi 10 candidats, avec 55% des voix (7 677 votants). Éric Ciotti, ulcéré, se fend d’une tribune le lendemain dans le journal, titrée « Non, M. Herrou n’est pas l’Azuréen de l’année » pour y dénoncer « une générosité de façade » qui « met en danger la République », et « favorise un communautarisme islamique dangereux, fauteur de divisions profondes dans notre société ». « Qui peut dire avec certitude que dans les centaines de migrants que M. Herrou se targue d’avoir fait passer ne se dissimule pas un futur terroriste ? »

« Délit de solidarité »

En réalité le « délit de solidarité » n’existe pas dans le Code pénal.

Selon l’article 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ceux qui ont « facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France » encourent 5 ans de prison et 30 000€ d’amende.

En 2012, cet article été aménagé mais pas supprimé. Selon les nouvelles dispositions, il n’y a pas de poursuites contre ceux qui « sans but lucratif » portent assistance afin « d’assurer des conditions de vie dignes et décentes » aux migrants sans titre de séjour. Autrement dit, ceux qui les nourrissent, les hébergent ou les soignent.

(photo : Laurent CARRÉ)

Poursuites judiciaires contre Cédric Herrou

Cédric Herrou a été placé trois fois en garde à vue et a subi trois perquisitions. Il a été poursuivi pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger en France ».

1ère arrestation :
En août 2016, il est arrêté une première fois pour avoir transporté des Érythréennes. Il est finalement blanchi au nom de l’immunité humanitaire. Après sa relaxe, le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes (Les Républicains) écrit alors au Garde des sceaux pour s’offusquer de la clémence envers celui qu’il considère comme un « passeur ».

2ème arrestation :
Arrêté une deuxième fois, il passe en jugement le 04 janvier au tribunal correctionnel de Nice. Jugé pour avoir facilité l’entrée sur le territoire national, la circulation et la présence de 200 migrants en situation irrégulière, et en avoir hébergé une cinquantaine chez lui, puis dans un centre désaffecté de la SNCF en octobre 2016.
Le procureur requiert 8 mois de prison avec sursis et une mise à l’épreuve.
Le 10 février, il est finalement condamné à 3 000 € avec sursis.

Aujourd’hui, Cédric Herrou compte attaquer l’État pour « non-respect des protocoles des réadmission ».


Programmation musicale :
- Toumast : Ezeref
- Les Ogres de Barback : Lily

(Vous pouvez podcaster ce reportage en vous rendant dans la rubrique « Mon compte », en haut à droite de cette page.)

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reportage : Sylvie COMA
journaliste : Daniel MERMET
réalisation : Sylvain RICHARD

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Voir aussi

-  À ÉCOUTER :

« La bête noire de M. Ciotti », premier volet du reportage de Sylvie COMA dans la vallée de la Roya (17 février 2017)

« Le long chemin de Khadija », deuxième volet du reportage de Sylvie COMA dans la vallée de la Roya (24 février 2017)

Sur notre site

À écouter

  • Un reportage de Sylvie COMA dans la vallée de la Roya

    La bête noire de M. Ciotti Abonnés

    Écouter
    Qu’est-ce qui met la République en danger ? Pour Éric Ciotti, aucun doute, c’est Cédric Herrou, cet éleveur de poules qui vient en aide aux migrants : « Qui peut dire avec certitude que dans les centaines de migrants que Monsieur Herrou se (...)

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    Puisqu’il est question de médias chaque vendredi dans Didier Porte Hebdo, on sait que ce qui compte, c’est « qui possède quoi », pour reprendre le titre de la carte établie par Acrimed et par Le Monde diplomatique.

    Parce qu’on sait bien que la plupart des oligarques de ce pays ne possèdent pas des médias pour gagner de l’argent – ce sont des gouffres financiers. Non, ils achètent des médias pour l’influence qu’ils pensent acquérir en détenant des titres de presse ou des chaînes de télé. On connaît l’expression : « qui paie l’orchestre choisit la musique. » C’est pourquoi il n’est pas inintéressant de se plonger dans la lecture de cet article du Monde : « Emmanuel Macron et la bataille des magnats des médias ».

    Qu’est-ce qu’on y apprend ? Eh bien on y apprend qu’« une partie géante et inédite de Monopoly s’est engagée ». Plusieurs médias en France sont à vendre. D’un côté, on a le groupe allemand Bertelsmann qui veut se désengager du marché français. Bertelsmann, c’est le premier groupe de médias allemand, qui possède RTL Group, qui possède l’éditeur de musique BMG, et qui possède aussi l’éditeur américain Penguin Random House, éditeur dont l’un des succès récents est le double contrat pour les mémoires de Michelle et de Barack Obama (un contrat à 65 millions de dollars quand même). Et Bertelsmann est aussi présent en France, puisqu’il détient, à travers le groupe M6, la chaîne M6, mais aussi les chaînes W9, Gulli et les stations Fun Radio et RTL. Et (c’est pas fini !) jusqu’en décembre dernier, Bertelsmman était même le propriétaire de pas mal de magazines comme Femme actuelle, Gala, GEO ou encore National Geographic, via le groupe Prisma Media. Ça, c’était jusqu’en décembre dernier, jusqu’à ce que Bertelsmann vende Prisma Media – pas à n’importe qui, on va le voir, c’est important pour la suite de l’histoire : Bertelsmann a vendu Prisma Media au groupe Bolloré.

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    Vous ne verrez plus le mot « blanc », ni « blanchissant », ni « clair » sur les produits L’Oréal. Le 27 juin 2020, le groupe L’Oréal s’est engagé à supprimer ces mots de ses produits destinés à « uniformiser la peau ». Une « décision historique » selon le magazine Capital. Mais attention : supprimer les mots, mais pas la chose. Rassurons les actionnaires, les crèmes pour éclaircir les peaux mates et noires sont toujours en vente, et même en tête de rayon. C’est un marché trop juteux à travers le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 27 % des femmes au Sénégal et jusqu’à 77 % au Nigéria utilisent ces produits, d’ailleurs régulièrement dénoncés pour leur dangerosité.

    Et pourquoi cette décision historique ? Suite au meurtre de George Floyd par un policier blanc le 25 mai 2020, suivi d’une énorme vague de manifestations à travers le monde, les grandes multinationales ont atteint des sommets d’hypocrisie philanthropique en faveur du mouvement Black Lives Mater. En avant-goût, rappelez-vous cette pub Pepsi d’avril 2017, avec la mannequin Kendall Jenner qui jouait les activistes « Black Lives Matter » et fraternisait avec la police, une cannette à la main (pub retirée depuis sous la pression des critiques).

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  • Entretien Corinne Masiero avec Daniel Mermet. Radio. PODCAST Corinne Masiero : « Je suis moche, vulgaire et populaire, mais je te sucerai pas avec les yeux ouverts » Abonnés

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    Bien sûr, il y a eu les réacs de service qui ont essayé de prendre un peu la lumière, mais elle a surtout reçu un « tsunami d’amour ». C’est ce que répète Corine Masiero depuis son strip-tease sanguinolent à la nuit des César, le 12 mars. Des images qui ont fait le tour du monde. Rigolade, respect, bravos. « Ma force, c’est d’être moche, populaire, et vulgaire ». Tout le monde répète sa phrase. Elle affûte ses mots comme des flèches. Sur le tournage de Capitaine Marleau, la série sur France 3 qui bat des records, avec sept millions de spectateurs, elle retouche souvent les dialogues, dans le genre « je te sucerai pas les yeux ouverts ». S’il faut une explication de texte, les yeux fermés, c’est quand l’amour n’est pas là, c’est le boulot, c’est le compromis, les yeux ouverts, c’est les yeux de l’amour. C’est plus beau mais c’est plus rare. La pudeur et la dignité, c’est pas toujours là où on croit. La beauté non plus.

    Corinne Masiero a souvent raconté son passé de gamine de milieu prolo et son parcours tordu entre la seringue et les passes à la va-vite pour remplir la seringue. Même sans savoir tout ça, on comprend tout de suite, au bout de deux minutes avec elle, qu’elle n’a rien à voir avec le monde « radical chic » autour d’elle, le monde « bogo », cette bourgeoisie gauchiste et ses révoltes de salon. Depuis longtemps, elle est avec les « interluttants » de son coin, avec toutes les luttes, pas seulement le cinéma et le spectacle souvent accusé d’égoïsme corporatiste et d’indifférence envers ses propres galériens, elle est avec toutes celles et ceux qui morflent et qui se battent, toute fière de mettre sa notoriété en jeu si ça peut servir, sans souci de com’ ou de carrière. Car elle le sait, quand on est visible, on est visé, et les ratés ne vous ratent pas.

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