Un été là-bas. Des histoires pour débaucher les oreilles (5) (1984)

La coulée douce (5) JENIFER

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Durant l’été 1984, LA COULEE DOUCE fit scandale. Quoi, une émission érotique sur France Inter ! C’était une première en effet. Si certains et certaines (!) savouraient chaque jour "l’émission qui débauche les oreilles", les offusqués étaient en rage. Nous avons tenu bon et l’émission fut reconduite l’été suivant. Au fil de l’été nous vous proposons quelques-unes des histoires de la Coulée Douce. Voici JENNIFER...

Jenifer (première partie)
Jenifer (deuxième partie)

Brève histoire de la COULEE DOUCE

En 1981, avec la fin du monopole et la libération des ondes, des radios libres sont sorties de partout. Bricolées, révolutionnaires, associatives, saugrenues, communautaires, on vit fleurir de l’inouï, c’est-à-dire du jamais ouï. Ce fut une joyeuse pagaille qui démontrait à la fois les possibilités expressives de la radio et sa puissance comme moyen d’émancipation.Toute une génération de passionnés de radio est née de cette libération.
Oh, bien sûr, comme c’était à prévoir, le commercial s’empara très vite du gâteau, les plus gros mangèrent les plus petits, laissant les miettes aux indépendants et aux associatifs. Mais n’empêche qu’ il y eût cette révolution des ondes par rapport à laquelle France Inter semblait soudain bien compassée et bien ringarde.

Plutôt malheureux de me retrouver de ce côté-là de la barricade, je proposais à Jean Chouquet, qui dirigeait les programmes, une émission de nuit « libertine » qui ferait place à la poésie et la littérature érotique avec des entretiens menés par ma collègue, l’excellente Paula Jacques. Le projet ne l’intéressait pas le moins du monde, mais voila que la grande Macha Béranger, se trouvait dans l’obligation de laisser l’antenne pendant quelque temps. Il fallait la remplacer en toute hâte et notre projet tomba sous la main du très surmené directeur, qui me convoqua fébrilement.
Chez quels écrivains et quels poètes irons-nous trouver le libertinage en question ? Je le rassurais, je citais Verlaine, Pierre Louÿs, Musset, Apollinaire, Aragon… Erudit sans doute en d’autres matières mais pas beaucoup dans le domaine de la flûte de jade et de la feuille de rose, il nous fit confiance.

Le scandale fut immédiat lorsque les pieuses dames de Télérama ou de la rubrique radio de Ouest France entendirent Le Con d’Irène d’ Aragon, les Onze mille vierges du gentil poète du Pont Mirabeau, les Pybrac de Pierre Louÿs ou le trou du cul violet vénéré par Paul Verlaine.
La direction était furieuse.

Mais comment nous faire taire sans être accusé de censure et faire rigoler le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo ou Libération autrement plus audacieux à l’époque dans ce domaine ?

Heureusement, Macha revint à l’antenne et jamais plus cette direction ne m’a accordé le moindre intérêt.

Mais cette histoire avait beaucoup amusé quelqu’un à France Inter.
C’était Jean Garretto notre patron de L’Oreille en coin, l’émission dont on dit toujours qu’elle fut « une émission mythique » et où j’avais eu la chance de commencer quelques années auparavant.
« Ah, moi, si j’étais directeur, je mettrais cette émission tout les soirs », disait Garretto.

Or, le hasard a voulu que - contre toute attente -, Jean Garretto se retrouve à la direction d’Inter en 1984. Aussitôt, je m’empressais de lui rappeler sa parole. Loyal, il n’a pas reculé, et c’est ainsi que La Coulée douce coula les après-midi de cet été 1984, puis de l’été 1985.

Répondre au goût du public, lui offrir ce qu’il attend, c’est aujourd’hui la règle la plus élémentaire pour faire de l’audience. Le marketing est tellement intériorisé qu’on ne comprend pas la raison de prendre des risques en proposant de l’inattendu, cet INOUI, que j’évoquais tout à l’heure. Le plus souvent, aujourd’hui, les audaces sont bien inoffensives et l’impertinence bien climatisée. Il faut caresser la bête dans le sens du poil médiamétrique.

Mais il s’est trouvé, dans l’ histoire de l’audiovisuel public, des animateurs, des journalistes, des réalisateurs et même des directeurs qui, justement, profitant de ne pas être astreints par les règles commerciales, en ont profité pour inventer, essayer, risquer des aventures inédites, dans la forme ou dans le fond, dans le reportage comme dans le divertissement, dans la chanson comme dans le débat. Si cette démarche aujourd’hui perdure, elle se limite à des espaces alternatifs ou marginaux éloignés du grand nombre.

Mais plus on s’adresse au grand public, plus on croit devoir rester dans le consensus et dans le prévisible, plus on renforce la doxa et plus on se met au service du maintien de l’ordre.

Qu’est-ce qu’il disait René Char ?

Ah oui, « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience »


Daniel Mermet


C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Les Rendez-vous des Repaires

  • Qui sont ces gilets jaunes ? Que veulent-ils au juste ? Jusqu’où iront-ils ? Et bien, venez leur poser la question ! Le Café repaire d’Angers vous invite à venir les rencontrer mardi 26 mars.

  • Laurent et Oliv’, deux beaux perdreaux matures rebelles, en manque de "repaires" dans leurs Yvelines verdoyantes, se lancent dans la crétaion d’un repaire. Pour ce faire on vous propose un premier rendez-vous pour faire connaissance, l’état des lieux et des envies de cette nouvelle aventure, ça ce (...)

  • Café repère du 20ème ! En général, pas de thème défini, chacun vient avec ses propositions et l’envie d’échanger et de partager. Pour celles et ceux qui le souhaitent la soirée se prolonge autour d’une bonne table !

Dernières publis

  • Un hommage à André-François BARBE Connaissez-vous Barbe ? Abonnés

    -

    Lire

    Barbe portait la barbe. C’était sans doute le premier sujet de conversation avec lui. Et après c’était les femmes qu’il dessinait. Est-ce qu’il les connaissait en vrai ? Est-ce qu’on pourrait les rencontrer en vrai ? Et là, Barbe riait dans sa barbe. Ces femmes étaient dans sa tête, dans son œil, dans sa main, entre ses doigts, au bout de son crayon. Elles étaient vraies puisqu’il les imaginait. Rien de plus vrai que ce qu’on imagine, même quand on est avec une femme en vrai. Chaque mois, dans les années 1970, on attendait le « cinéma » de Barbe dans Charlie mensuel. Génial, mais il n’a pas fait que ça. Né en 1936, il avait d’abord voulu faire pilote de chasse. Et puis non, il se contente de bosser dans l’aéronautique. Puis, avec son frère, il participe à une expédition scientifique sur les volcans à Djibouti. Un parcours insolite, comme on dit. Après ça, il plonge dans le dessin jusqu’au cou. Pas seulement au cou des filles nées de ses mains. Mais aussi le monde autour. Pas toujours rose. On voit ses dessins un peu partout dans la presse ou dans des albums avec sa bande de copains. À la fin, il meurt en 2014, à 77 ans. Il fait partie de ceux qui font que le monde est moins moche une fois qu’ils y ont séjourné, et plus respirable et et plus sensuel. Vous n’avez plus qu’à savourer l’hommage que lui rend l’équipe de LÀ-BAS.

  • « AU NOM DE LA DEMOCRATIE, VOTEZ BIEN ! » Un entretien de Daniel MERMET avec Mathias REYMOND MÉDIAS, TOUS POURRIS ? Abonnés

    -

    Voir

    Pour 69% des Français, les journalistes ne sont pas indépendants des partis politiques et du pouvoir. La crédibilité des médias connaît une baisse historique. Des reporters de certains médias se font maltraiter dans les manifs. Pourquoi tant de défiance ? Mathias REYMOND, maître de conférences en économie et co-animateur d’Acrimed, apporte des réponses en revenant sur le traitement médiatique des présidentielles de 2012 et 2017. Un démontage précis et cinglant au moment où nos chantres médiatiques sont déchaînés comme jamais contre le mouvement social.

  • « Grand débat des idées » : un exploit peu commun Accès libre

    -

    Voir

    Lundi 18 mars, Emmanuel Macron recevait à l’Élysée 65 intellectuels pour un « grand débat des idées », retransmis sur France Culture. Bien peu sont restés jusqu’à la fin, à 2h13 du matin, soit au bout de 8 heures, 13 minutes, 15 secondes. Parmi eux, le grand climatologue Jean Jouzel, reconnu pour son travail sur le réchauffement climatique. Jean Jouzel est resté assis 8 heures, 13 minutes, 15 secondes, en livrant une lutte héroïque contre le sommeil.

  • Didier Porte Hebdo : chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte fête la Sainte-Léa Abonnés

    -

    Voir

    Ami abonné, j’ai l’impression que tu ne réalises pas la portée planétaire de l’événement considérable qui s’est déroulé à la Maison de la radio. Un truc énormissime. À marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de l’humanité. Figure-toi qu’une journaliste de la station France Inter va prendre deux mois de congés parce qu’elle vit en concubinage avec un candidat aux européennes ! Je t’avais prévenu que ça allait être monumental. L’exploit est tel que les Nations unies devraient se réunir en assemblée générale incessamment et publier un communiqué de félicitations adressé à l’héroïne de ce formidable sacrifice, Léa Salamé ! Bon visionnage.

  • Que l’Église nous lâche la grappe ! Abonnés

    -

    Voir

    Les innombrables scandales de pédophilie au sein de l’Église auront fini de mettre à bas le magistère moral que prétend exercer l’Église catholique, apostolique et romaine. Homosexualité, contraception, interruption volontaire de grossesse, le discours réactionnaire des différents papes successifs, y compris François, est devenu tristement banal. L’Église a largement protégé ses prêtres pédophiles, mais elle se permet toujours de nous faire la morale sur la sexualité et la famille. Mais au nom de quoi ?

  • ÉPISODE #01 Manipulez-Nous Mieux #01 : à la rescousse de Carlos Ghosn Abonnés

    -

    Écouter

    Préparer son sujet, se documenter, travailler son angle, et surtout « porter la plume dans la plaie » tel le grand Albert Londres, père des pères de tous les journalistes. Un sacerdoce pour tout journaliste digne de la hauteur déontologique de la profession. En reconversion professionnelle, Anna-Léa Salami et Niklas Demouran ont décidé d’embrasser la vocation sur le tard. Aujourd’hui, ils se forment au métier au nom de la vérité et du droit à l’information. Dévoués, besogneux et strictement scrupuleux de l’éthique, nos deux jeunes apprentis journalistes réunissent toutes les qualités et les valeurs de de la corporation.

  • Un appel de Daniel Mermet NON À LA VIOLENCE ! Accès libre

    -

    Lire

    La France est prise en otage par une minorité de casseurs en bandes organisées, qui n’ont d’autre but que la destruction et le pillage. C’est un appel à la résistance et à la fermeté contre cette violence sauvage qui s’impose à tous aujourd’hui. Depuis trop longtemps, ces milieux radicaux ont reçu le soutien des milieux intellectuels et d’un certain nombre de médias. Il faut radicalement dénoncer ces complicités criminelles. Oui, criminelles. C’est un appel à la révolte contre cette violence que nous lançons devant vous aujourd’hui.

    Non à la violence subie par plus de 6 millions de chômeurs, dont 3 millions touchent moins de 1 055 euros bruts d’allocation chômage.

    Non à la violence du chômage qui entraîne chaque année la mort de 10 000 personnes selon une étude de l’INSERM.

    Non à la violence subie par près de 9 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté (1 015 euros nets mensuels pour une personne seule), dont 2,7 millions de mineurs.

    Non à la violence des inégalités devant la mort : l’espérance de vie d’un ouvrier est de 71 ans, l’espérance de vie d’un cadre supérieur est de 84 ans, soit 13 ans de différence.

  • GRAND DÉBAT ou GRAND DÉBARRAS ? MACRON INVITE LORDON : C’EST PAS DU BIDON ! Abonnés

    -

    Voir

    « Foulards rouges » ou « gilets jaunes » : que choisir ? Place de la République, sous la pluie, les « foulards rouges » pro-Macron étaient exactement 29. Juste à côté, à la Bourse du travail, ils étaient 800 sur le thème « FIN DU DÉBAT, DÉBUT DU GRAND DÉBARRAS », pour préparer l’ACTE XVIII de ce samedi, avec, entre autres, un appel à LA GRÈVE GÉNÉRALE lancé par Jérôme RODRIGUES, et aussi Frédéric LORDON qui hésite à répondre à l’invitation d’Emmanuel MACRON. Pour vous aider à faire votre choix (en toute objectivité), voici notre reportage express.

  • Didier Porte Hebdo : chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte met des tartes à BHL Abonnés

    -

    Voir

    Une devinette pour toi, ami abonné. Quel humoriste célèbre, mais jamais rassasié de viles flatteries et de courtisaneries plus ou moins frelatées, est capable de donner une interview à un magazine pour y dire tout le bien qu’il pense de son œuvre, puis de citer le dit magazine comme si c’était lui qui avait formulé des avis élogieux à son endroit, alors qu’il (le journal) n’avait fait que retranscrire les compliments qu’il (l’humoriste) s’était lui-même adressé (ça s’appelle l’autocitation) ?

  • Émission spéciale de Gaylord Van Wymeersch avec l’historienne MAUD CHIRIO BRÉSIL : PERSONNE NE POURRA DIRE QU’IL NE SAVAIT PAS Abonnés

    -

    Voir

    « PERSONNE NE POURRA DIRE CETTE FOIS QU’IL NE SAVAIT PAS. » La voix du film de Chris Marker sur le Brésil, en 1969, en pleine dictature militaire, résonne terriblement aujourd’hui. Alors qu’Emmanuel Macron approuve au Venezuela un coup d’État militairement soutenu par son ami Donald J. Trump, il salue au Brésil l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite qui reprend et restaure la dictature que dénonçait Chris Marker. Autoritaire, sexiste, homophobe, niant le réchauffement climatique, et surtout et avant tout « ultra-libéral », JAIR BOLSONARO a été élu le 28 octobre dernier à 55,13 %.

Une sélection :

Un entretien de Daniel Mermet avec Daniel Bensaïd (2009) Daniel Bensaïd : Marx, mode d’emploi Accès libreÉcouter

Le

« À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » Telle fut l’utopie de Marx et Engels, une utopie toujours partagée par des millions de femmes et d’hommes, mais une utopie qui fut souvent récupérée, détournée et pervertie. Maintes fois jeté dans les poubelles de l’histoire, Marx revient aujourd’hui dans la lutte contre la violence capitaliste. Le bicentenaire de sa naissance fournit l’occasion de (ré)écouter ces deux émissions de 2009 avec Daniel Bensaïd, auteur de Marx, mode d’emploi, avec des illustrations de Charb (La Découverte, 2009).

Les prisons sont pleines mais elles sont vides de sens. Un rapport sur l’horreur carcérale PRISON, t’es moins qu’un rat AbonnésVoir

Le

On marche dans la merde de rat dans la prison, il y en a partout, on est bouffé par les poux et les punaises de lits, la bouffe est pourrie, on est neuf par cellule, on se fait cogner par les surveillants.

Cette fois, c’est la prison de Fresnes qui fait l’objet d’un rapport explosif. Nous recevons Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, et Yoan Karar, surveillant membre du Syndicat National Pénitentiaire FORCE OUVRIÈRE.

À La Courneuve, les « gilets rouges » de la CGT réinventent un service public au service du public AbonnésÉcouter

Le

« L’électricité, c’est la vie, et nous, on est des "gilets rouges" ! » La formule est de Nicolas Noguès, un militant CGT. Avec des collègues syndicalistes, il occupe une ancienne boutique EDF à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Leur opération a débuté le 14 novembre 2018, soit trois jours avant le premier acte des « gilets jaunes ». Alors c’est vrai, c’est moins spectaculaire. Et du coup, il y a moins de journalistes pour couvrir l’événement. Pourtant, là aussi, dans ce coin du 93, il est question de proximité et d’accès aux services publics pour des usagers sacrifiés sur l’autel de la dématérialisation.