Avec Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, auteurs de « Races et sciences sociales »

Nique ta race ou nique ta classe ? Abonnés

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« On ne peut rien comprendre au monde dans lequel nous vivons si l’on oublie que la classe sociale d’appartenance (…) reste, quoi qu’on en dise, le facteur déterminant autour duquel s’arriment les autres dimensions de l’identité des personnes. [1] »

Comment comprendre qu’une affirmation aussi banale puisse déclencher un flot de violence et d’insultes, contre les deux vénérables intellectuels qui en sont les auteurs ? Pour un article publié dans Le Monde diplomatique début janvier, intitulé « Impasses des politiques identitaires », les voilà accusés de faire passer la lutte des classes avant la lutte des races, et d’être donc les « alliés objectifs » de la bande à Macron dans sa chasse aux sorcières islamo-gauchistes.

C’est une insulte un peu raide pour des chercheurs qui, toute leur vie, ont consacré leur travail à l’immigration, les classes populaires et le monde ouvrier. Depuis quelques temps, d’autres courants ont pris le pas dans la recherche universitaire, on parle « post-colonial », « décolonial », « intersectionnalité », personnes « racisées », « indigénisme », etc. La lutte des classes n’a plus la cote, c’est un vieux truc de « boomer » blanc privilégié. Ce qui prévaut aujourd’hui, c’est la « race ». On dit : « le prisme de la race ». Attention, chaque mot compte. Un mot « inapproprié » et vous êtes dans la poubelle. La bataille fait rage. À coup de tribunes et de pétitions, guérilleros et maquisards se livrent une guerre sans merci. Simple bagarre de bacs à sable ou retour au bon vieux terrorisme inter-groupusculaire ?

Comment oser encore murmurer que ces luttes ne s’annulent pas : classe, race, genre, âge, handicap, etc. ? Comment oser rappeler que personne ne mérite d’être assigné à une identité imposée, de couleur, de sexe, d’âge ou de handicap, pas plus que de rester collé à une quelconque « glu des origines ». Et comment redire que la lutte contre l’enfermement identitaire est la seule façon réaliste de permettre aux forces progressistes de redevenir hégémoniques ?

L’article qui a déclenché ce « shit storm » était la présentation du livre des deux accusés. Ils sont venus nous en parler.

Daniel Mermet

Un entretien de Daniel Mermet avec Stéphane Beaud, sociologue, et Gérard Noiriel, historien, auteurs du livre Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie (Agone, 2021).

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