Racisme et crimes policiers ne sont pas des virus, mais des faits politiques. Partout évoqué ces jours-ci, le message de Martin Luther King a été édulcoré et dépolitisé. Un entretien de Daniel Mermet avec Sylvie Laurent

Martin Luther King : « nous avons un système socialiste pour les riches, et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! » Abonnés

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Los Angeles, quartier de Watts, 12 août 1965

Genoux à terre et poings levés contre le racisme et les crimes policiers. Des foules se lèvent partout dans le monde, souvent des jeunes venus des quartiers populaires. En France, la main sur le cœur, le pouvoir s’agite nerveusement pour récupérer cette colère et se poser en rempart contre le mal. Le racisme est un virus, une malformation morale qu’il s’agit de redresser tous ensemble, Macron, Castaner et SOS Racisme.

Le nom de Martin Luther King, ce saint homme non-violent, est évoqué partout, il est devenu une marque aseptisée, édulcorée, dépolitisée. Et surtout une figure amputée de la conviction qui a fait sa vie, avant tout la lutte contre les inégalités sociales. Le racisme n’est pas une affaire de morale, c’est une affaire politique qui plonge ses racines dans la ségrégation sociale.

« Ce n’était pas des émeutes de race, mais de classe » : Martin Luther King parle ainsi des émeutes de Watts de l’été 1965 [1]. 34 morts, plus de mille blessés, des centaines de bâtiments détruits.

Alors qu’au terme d’une longue lutte, les Afro-Américains venaient d’obtenir les mêmes droits que tous les citoyens des États-Unis, par le Voting Rights Act, une semaine plus tard, des émeutes explosent dans le pauvre quartier noir de Los Angeles.

Martin Luther King n’est pas seulement celui qui a fait le rêve de la fraternité entre les enfants du bon Dieu américain. Toute une partie de son combat social et radical a été passé sous silence. Une sorte de révisionnisme intellectuel et politique en somme.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de son assassinat, le 4 avril 1968, par un partisan de la ségrégation raciale, nous recevions Sylvie Laurent, historienne, autrice du livre Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique (Seuil, 2015).

La lutte de Martin Luther King pour l’émancipation ne s’est pas limitée à la ségrégation raciale, il voulait l’égalité sociale et la redistribution des richesses. À Miami, quelques semaines avant sa mort, en guerre contre les inégalités sociales, il disait : « nous avons un système socialiste pour les riches et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! [2] »

Il fut assassiné alors qu’il soutenait une grève des éboueurs. De Reagan à Obama, les idéologues qui l’ont élevé au rang de divinité civique bienveillante l’ont privé de son pouvoir de subversion, celui-là même dont les générations nouvelles pourraient faire usage. Le 50e anniversaire de son assassinat était l’occasion pour Sylvie Laurent d’évoquer « ce militant avant-gardiste et radical à la postérité édulcorée. »

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journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Jonathan Duong
montage : Cécile Frey et Kévin Accart
son : Sylvain Richard

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Notes

[1Guy Debord, « Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande », Internationale situationniste,‎ mars 1966.

[2Martin Luther King, « To minister to the valley », discours prononcé à Miami le 23 février 1968.

Voir aussi

-  Ely Landau et Richard Kaplan , King. De Montgomery à Memphis, 1970, 1h36

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Dans les livres

  • Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique

    Qui est Martin Luther King ? La réponse tout le monde la connait : un pasteur afro-américain qui eut un rêve et qui fut assassiné pour avoir lutter pour les droits civiques et l’égalité des Noirs. La suite, vous la trouverez dans la biographie écrite par Sylvie Laurent, américaniste, agrégée d’histoire et docteur en littérature américaine. Un travail nécessaire pour mieux connaitre cet homme aussi universellement célébré que mal connu. Ces pages redonnent la force révolutionnaire de sa pensée et la brutalité de l’oppression contre laquelle il s’insurgeait. Ainsi, par exemple, qui se souvient qu’à peine un an après avoir reçu le prix Nobel de la paix, en 1964, Martin Luther King déclarait que son rêve était devenu un cauchemar en raison de l’enracinement du système d’exploitation capitaliste ? Chantre de la fraternité et de l’unité nationale, Martin Luther King était un militant avant-gardiste et radical qui… Lire la suite

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