Ce que vous avez peut-être raté cette année

Martin Luther King : « nous avons un système socialiste pour les riches, et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! »

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Los Angeles, quartier de Watts, 12 août 1965

Ce que vous avez peut-être raté cette année : en mai dernier, George Floyd, un Américain noir de 46 ans, était tué par des policiers lors de son interpellation à Minneapolis. Suite aux nombreuses manifestations que sa mort a provoquées, nous vous proposions de revoir cet entretien de 2018 avec l’historienne Sylvie Laurent, autrice d’une biographie de Martin Luther King. Si vous êtes passés à côté, profitez des fêtes pour une séance de rattrapage.

Genoux à terre et poings levés contre le racisme et les crimes policiers. Des foules se lèvent partout dans le monde, souvent des jeunes venus des quartiers populaires. En France, la main sur le cœur, le pouvoir s’agite nerveusement pour récupérer cette colère et se poser en rempart contre le mal. Le racisme est un virus, une malformation morale qu’il s’agit de redresser tous ensemble, Macron, Castaner et SOS Racisme.

Le nom de Martin Luther King, ce saint homme non-violent, est évoqué partout, il est devenu une marque aseptisée, édulcorée, dépolitisée. Et surtout une figure amputée de la conviction qui a fait sa vie, avant tout la lutte contre les inégalités sociales. Le racisme n’est pas une affaire de morale, c’est une affaire politique qui plonge ses racines dans la ségrégation sociale.

« Ce n’était pas des émeutes de race, mais de classe » : Martin Luther King parle ainsi des émeutes de Watts de l’été 1965 [1]. 34 morts, plus de mille blessés, des centaines de bâtiments détruits.

Alors qu’au terme d’une longue lutte, les Afro-Américains venaient d’obtenir les mêmes droits que tous les citoyens des États-Unis, par le Voting Rights Act, une semaine plus tard, des émeutes explosent dans le pauvre quartier noir de Los Angeles.

Martin Luther King n’est pas seulement celui qui a fait le rêve de la fraternité entre les enfants du bon Dieu américain. Toute une partie de son combat social et radical a été passé sous silence. Une sorte de révisionnisme intellectuel et politique en somme.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de son assassinat, le 4 avril 1968, par un partisan de la ségrégation raciale, nous recevions Sylvie Laurent, historienne, autrice du livre Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique (Seuil, 2015).

La lutte de Martin Luther King pour l’émancipation ne s’est pas limitée à la ségrégation raciale, il voulait l’égalité sociale et la redistribution des richesses. À Miami, quelques semaines avant sa mort, en guerre contre les inégalités sociales, il disait : « nous avons un système socialiste pour les riches et le capitalisme sauvage pour les pauvres ! [2] »

Il fut assassiné alors qu’il soutenait une grève des éboueurs. De Reagan à Obama, les idéologues qui l’ont élevé au rang de divinité civique bienveillante l’ont privé de son pouvoir de subversion, celui-là même dont les générations nouvelles pourraient faire usage. Le 50e anniversaire de son assassinat était l’occasion pour Sylvie Laurent d’évoquer « ce militant avant-gardiste et radical à la postérité édulcorée. »

journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Jonathan Duong
montage : Cécile Frey et Kévin Accart
son : Sylvain Richard

L'équipe de Là-bas attend vos messages dans les commentaires et sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

Notes

[1Guy Debord, « Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande », Internationale situationniste,‎ mars 1966.

[2Martin Luther King, « To minister to the valley », discours prononcé à Miami le 23 février 1968.

Voir aussi

-  Ely Landau et Richard Kaplan , King. De Montgomery à Memphis, 1970, 1h36

Sur notre site

Dans les livres

  • Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique

    Qui est Martin Luther King ? La réponse tout le monde la connait : un pasteur afro-américain qui eut un rêve et qui fut assassiné pour avoir lutter pour les droits civiques et l’égalité des Noirs. La suite, vous la trouverez dans la biographie écrite par Sylvie Laurent, américaniste, agrégée d’histoire et docteur en littérature américaine. Un travail nécessaire pour mieux connaitre cet homme aussi universellement célébré que mal connu. Ces pages redonnent la force révolutionnaire de sa pensée et la brutalité de l’oppression contre laquelle il s’insurgeait. Ainsi, par exemple, qui se souvient qu’à peine un an après avoir reçu le prix Nobel de la paix, en 1964, Martin Luther King déclarait que son rêve était devenu un cauchemar en raison de l’enracinement du système d’exploitation capitaliste ? Chantre de la fraternité et de l’unité nationale, Martin Luther King était un militant avant-gardiste et radical qui… Lire la suite

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

« Il n’y a pas de grand remplacement » : un entretien avec Hervé Le Bras, démographe et historien Serons-nous encore français dans trente ans ? AbonnésVoir

Le

L’extrême droite d’aujourd’hui n’a rien inventé. Exploiter la peur de l’invasion est une vieille ficelle racoleuse qui fait vendre et qui fait du buzz mais aussi une ficelle qui a servi à pendre des « fruits étranges », ces « strange fruits » que chantaient Billie Holiday. Comment un tel fantasme qui ne repose sur aucune donnée statistique ou historique peut faire les choux-gras des candidats de droite et d’extrême droite, soutenus par au moins un tiers des électeurs selon des sondages ?

Trois réacs à la FIAC Accès libreÉcouter

Le , par L’équipe de Là-bas

Un vrai succès ! 40ème Foire Internationale d’Art Contemporain, 75 000 entrées en 5 jours, 15 000 V.I.P., 35 euros l’entrée. C’est formidable, ils sont ravis, ils sont contents, voilà un domaine qui ignore crise et récession.
Un reportage de Giv Anquetil et Daniel Mermet.
Avec Franck Lepage.

L’HUMA SI J’Y SUIS 2016 Jacques PRÉVERT : « Étranges étrangers », chanté par André MINVIELLE AbonnésÉcouter

Le

« Étranges étrangers ». En 1946, Jacques Prévert écrit ce texte qui sera publié en 1951, hommage fraternel aux exilés, colonisés, apatrides, résistants, expatriés, déportés pour « avoir défendu en souvenir de la vôtre, la liberté des autres ». Aujourd’hui, à l’heure où les portes se ferment André Minvielle reprend A cappella. Et le silence se fait.