Hommage à la mathématicienne et historienne Michèle Audin (1954-2025)

Lieux communs sur la Commune Abonnés

1

Le

On a appris ce 14 novembre 2025 la disparition de la mathématicienne et historienne Michèle Audin. En hommage, nous vous proposons de la réécouter dans cette émission enregistrée pour les 150 ans de la Commune de Paris, à laquelle elle avait consacré une grande partie de son travail.

« Le mort est encore intact dans son cercueil, et sa mémoire tombe déjà en pourriture. » Cent cinquante ans après la Commune de Paris, les mots de Jules Vallès dans L’Insurgé, décrivant les derniers jours de la Semaine sanglante en mai 1871, résonnent encore tragiquement.

Condamner la Commune, effacer sa mémoire, voilà cent cinquante ans que le camp des Versaillais s’y emploie obstinément. Encore ces jours derniers, Pierre Nora, vénérable historien officiel et influent, se prononçait contre cette commémoration car la Commune « n’a pas apporté grand-chose à la construction de la République » [1]. Il préfère que la France commémore Napoléon dont il vante les mérites, oubliant le désastre imbécile de l’impérialisme napoléonien qui fit entre trois et six millions de victimes. Aujourd’hui, les 150 ans de la Commune ont le mérite de rappeler l’antagonisme fondamental de notre histoire. Une barricade comporte deux côtés, on est de l’un ou de l’autre, les brouilleurs de piste n’y peuvent rien. La Commune est une tragédie fertile, dont le temps n’a pas épuisé le sens du formidable élan populaire pour l’émancipation humaine et qui a montré la violence impitoyable dont la bourgeoisie est capable dans sa haine raciale du peuple. Pierre Nora nous montre que cette bourgeoisie est toujours là et domine toujours.

C’est pour ne pas laisser la mémoire de cette insurrection populaire aux mains des vainqueurs que la mathématicienne Michèle Audin, une des plus grandes connaisseuses de la Commune de Paris, a publié La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes (Libertalia). Les révisionnistes ne manquent jamais d’opposer les crimes des deux camps en commençant par relativiser le nombre de Communards assassinés. " Nous ne savons pas exactement, mais il y a eu des crimes des deux côtés". Manière de renvoyer dos à dos -ou face à face- les révoltés et leurs bourreaux. Après l’historien britannique Robert Tombs, qui a revu à la baisse le nombre des morts de la répression versaillaise, Michèle Audin a consulté minutieusement toutes les archives à disposition – un travail qui n’avait encore jamais été fait – pour rétablir ce qui pouvait l’être sur le nombre d’inhumations. Elle met ainsi au jour les falsifications versaillaises pour masquer le massacre des insurgés, et dissipe des légendes abondamment relayées.

Un entretien de Mathieu Dejean avec Michèle Audin, autrice du livre La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes (Libertalia, 2021).

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

journaliste : Mathieu Dejean
réalisation : Jonathan Duong et Cécile Frey
son : Jules Krot et Alexandre Lambert

Notes

[1France Inter, 4 mars 2021.

Dossier : [VIDÉO] Célébration de la Commune : enfin au bout de 150 ans, les Communards font reculer les versaillais !

1 minute 35 de bonheur ! Ça dure 1 minute 35, regardez : « CASSEZ-VOUS ! CASSEZ-VOUS, VERSAILLAIS ! » Et en effet, les flics s’en vont ! Place de la République, samedi 29 mai, on célèbre les 150 ans de la Commune de Paris. Alors que tout est prévu, convenu, autorisé, alors que tout est calme, les flics de Darmanin s’apprêtent à cogner et à gazer sans la moindre raison. « LIBERTÉ, À BAS LES VERSAILLAIS ! » Et finalement, ils reculent assez piteux, images bien rares dans Paris. Une petite scène symbolique bien sûr, et qui donne raison à un certain Marx (Karl) qui affirmait : « les grands évènements se répètent deux fois, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Oui mais, par cette magnifique journée de retrouvailles de République au mur des Fédérés, on a vu là le signe annonciateur du grand rebondissement !

Voir le dossier

Voir aussi

  Michèle Audin, La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes, Libertalia, 2021, Paris

 Eugène Varlin, ouvrier relieur (1839-1971), écrits rassemblés et présentés par Michèle Audin, Libertalia, 2019, Paris

 Alix Payen, C’est la nuit surtout que le combat devient furieux. Une ambulancière de la Commune, 1871, écrits rassemblés et présentés par Michèle Audin, Libertalia, 2020, Paris

 Jean Vautrin et Jacques Tardi, Le Cri du peuple, 2001-2004, Paris, Casterman

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

  • Olive revient ! Abonnés

    -

    Voir

    Cher toi, cher AMG, cher ami, cher lecteur
    Toi que voilà surpris de m’entendre à cette heure
    Alors que ma dernière remonte à cet hiver !
    (Presque six mois d’absence, en voilà des manières…)

    Le bon chauffeur de car, dans son Tarn-et-Garonne
    A-t-il pris des vacances, est-il devenu aphone ?
    Se serait-il coincé le cul dans la portière ?
    J’avoue que ça en fait des questions, des mystères

  • Une célébration inoubliable Accès libre

    -

    Lire

    850 000 feux d’artifice lancés simultanément pour célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis ce samedi 4 juillet. Une idée de Donald Trump parmi toutes ses idées. Merveilleux, non ? Bien sûr, les wokistes font croire qu’avec la vague de chaleur, 38 °C, sans vent, qui sévit, « le plus grand feu d’artifice du monde » va entraîner une pollution apocalyptique et une destruction massive d’oiseaux de toutes espèces. Peu importe, il faut « inonder la zone de merde » pour faire oublier la défaite devant l’Iran, l’affaire Epstein et les deux milliards de dollars que Trump a gagnés en 2025 entre cryptomonnaie, deals immobiliers et produits dérivés de la marque Trump, alors que l’inflation est à la hausse et que sa popularité est à la baisse.

  • Emmanuel Grégoire pourrait-il s’inspirer de Zohran Mamdani ? Abonnés

    -

    Lire

    Zohran Mamdani, c’est pas du trump-l’œil et ça fait du bien !

    Vous avez aimé son élection à la mairie de New York, vous allez adorer ses premiers mois à la tête de la plus grande ville américaine même si, vu d’ici, on garde toujours en tête l’image du jeune musulman de 34 ans, né en Ouganda, naturalisé américain en 2018 et qui a reçu le soutien d’un tiers des électeurs juifs malgré les mises en garde de Bernard-Henri Lévy qui avait tristement écrit sur X que « tous les New-Yorkais de cœur sont en deuil aujourd’hui ».

    Après l’élection de Mamdani, notre célèbre philosophe à la chemise blanche avait écrit, le mercredi 5 novembre, sur X, que « rien ne justifie l’antisémitisme. Aucun programme social, aucune préoccupation pour les minorités – rien. L’antisémitisme de Monsieur Mamdani n’est pas une opinion, c’est un crime ».

  • Gérard Mordillat : « Nous devons lutter contre ceux qui veulent nous empêcher de penser et de créer » Accès libre

    -

    Voir

    En Palestine, l’armée israélienne a détruit complètement 22 universités sur 38. À Washington D.C, Donald Trump a pris le contrôle de la programmation de la Smithsonian Institution. En France, l’extrême droite s’empare de certains médias, du monde de l’édition, bientôt de la musique et du cinéma français. Le point commun entre tout ça ? Pour Gérard Mordillat, si la culture, le savoir et la mémoire sont ciblés, c’est qu’ils sont l’antithèse du projet fasciste.

  • Pour battre un record de buzz en trois secondes, Luc Ferry est un de nos plus grands champions Accès libre

    -

    Voir

    Pour battre un record de buzz en trois secondes, Luc Ferry est un de nos plus grands champions. Ancien ministre de l’éducation nationale du gouvernement Raffarin, le philosophe Luc Ferry a su se recycler. Qu’il incite la police à tirer sur les « gilets jaunes » (« qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ») ou qu’il assure que Samuel Paty était juif, raison de sa mort, Luc Ferry fait la joie des médias qui se le disputent pour son insondable connerie qui fait des records d’écoute et de grinçante rigolade.

  • Moi, j’aime bien Guillaume Erner Accès libre

    -

    Lire

    Je revois la scène, j’épluchais des asperges pour les faire à la vapeur et j’entends ça : 31K15. C’était à la radio, le journaliste Guillaume Erner qui parlait de son passé dans la fringue et la confection. « 31K15, dit-il, c’était la marque de nos machines à coudre. » Moi aussi, Guillaume ! moi aussi ! 31K15, c’était la machine à coudre de ma mère. Elle l’appelait comme ça : ma trente-et-une K quinze. Elle y bossait jour et nuit à coudre des tabliers, des pyjamas, des musettes pour nourrir la famille très nombreuse que nous étions dans notre banlieue rouge. Un gars en moto, venu du Sentier, le quartier de la fringue dans Paris, apportait ces paquets de tissus découpés qu’il fallait coudre avec cette 31K15. D’un coup, c’est tout ça qui m’est revenu, l’enfance, la famille, la maman et jusque tard dans la nuit le bruit de sa 31K15 qui nous berçait.

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Sidi Wacho : « Que de l’amour » Abonnés

    -

    Voir

    Après trois saisons et pas moins de 114 chansons de lutte racontées par Olivier Besancenot, ce moment devait malheureusement arriver : voilà venu le dernier « Chant de bataille » ! Mais rassurez-vous, vous pouvez tous les retrouver et les écouter un par un dans notre rubrique « Chants de bataille ». Et vous continuerez à retrouver Olivier sur Là-bas si j’y suis après l’été, il ne va pas vous lâcher comme ça. En attendant, et s’il fallait un mot d’ordre pour que l’été soit réussi malgré les chaleurs extrêmes, Olivier vous souhaite, avec le groupe Sidi Wacho, « que de l’amour » !

  • Climatisations, voitures, IA : y aura-t-il assez d’électricité pour tout le monde ? Abonnés

    -

    Voir

    Suffocant ! Ça devient de plus en plus chaud pour pas mal de monde, surtout dans les zones urbaines et leur terrible artificialisation des sols. C’est pas nouveau et ça va être de pire en pire. Donc, entre nous, clim ou pas clim, c’est pas ça le plus fondamental. C’est bien sûr important et même vital à court terme, dans les Ehpad notamment… mais c’est pas la question essentielle dans le fond. L’essentiel, c’est comment résoudre la question du dérèglement climatique et son corollaire, le « capitalocène ».

  • Laurence De Cock reçoit Laurent Jeanpierre, qui a co-dirigé l’ouvrage « Mondes postcapitalistes » (La Découverte) « Les solutions proposées par le capitalisme aggravent les problèmes qu’il a lui-même engendrés » Abonnés

    -

    Voir

    Rompre avec le capitalisme, oui ! Mais pour quoi faire ? C’est la question très simple à laquelle 70 chercheurs se sont attelés à répondre dans un épais ouvrage co-dirigé par Jérome Baschet et Laurent Jeanpierre. Le professeur de science politique est l’invité de Laurence De Cock pour nous raconter les chemins qu’ont empruntés leur travail, et ceux qui s’ouvrent à nous.

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Jacques Higelin et Djura : « Le Drapeau de la colère » Abonnés

    -

    Voir

    En décembre 1988 sort l’un des plus célèbres albums d’Higelin, Tombé du ciel, vendu à plus de 400 000 exemplaires, certifié disque de platine. Si tout le monde connaît la chanson qui a donné son nom à l’album et qui a confirmé la très grande popularité du chanteur, peu de gens se souviennent que la face B contient une chanson anticoloniale. Interprétée avec la chanteuse d’origine kabyle Djura, Le Drapeau de la colère rappelle les luttes menées par leurs interprètes. Cette semaine, Olivier Besancenot rend hommage à Jacques Higelin et à Djura.

  • La lettre hebdo de Daniel Mermet Il y avait encore de la neige et des pies Accès libre

    -

    Lire

    Bientôt, dans nos bunkers climatisés, on montrera cette image comme un paradis à jamais perdu. On expliquera aux enfants ce qu’était l’hiver et ce qu’étaient les oiseaux. Ce sera vite fait, il n’y aura presque plus d’enfants et encore moins d’oiseaux. Un seul demandera : « c’était quoi la neige ? » À travers son masque amphibie, une vieille demoiselle lui montrera cette peinture, lui dira qui était Claude Monet, lui dira ce qu’est un pinceau et la différence entre la perception et la description. Autant d’élucubrations. L’enfant dormira déjà dans sa capsule blindée. Ce sera la fin de notre histoire, tout sera réglé, nous atteindrons enfin le meilleur des mondes.

Une sélection :

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

Le

Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».

« Fils de pute », « enculé » Accès libreLire

Le

À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

Nouvelle rubrique TOUS NOS ARTICLES SUR GAZA ! Accès libreLire

Le

TOUS NOS ARTICLES SUR GAZA !
Nous avons réuni tous nos articles sur Gaza depuis le 7 octobre 2023.
76 articles (!) Vidéos et podcasts, beaucoup en accès libre.
Ignorance et ressentiment permettent toutes les manipulations et tous les chantages. Les partisans du génocide n’hésitent pas à instrumentaliser la mémoire juive pour accuser d’antisémitisme la moindre solidarité pour le peuple (…)