Les années de plomb. LA PAROLE TRAHIE. L’extradition de Paolo Persichetti (9 septembre 2002)

CESARE BATTISTI, L’EXTRÊME DROITE IMPUNIE

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Arrêté samedi 12 janvier 2019 en Bolivie, Cesare Battisti est arrivé en Italie ce lundi, dans un avion de l’État italien (photo : lalibre.be)

Après 37 ans de cavale, Cesare Battisti vient d’être arrêté et extradé vers l’Italie. C’est le « petit cadeau » offert par le nouveau président d’extrême droite brésilien Jair Bolsonaro à son ami le ministre de l’Intérieur d’extrême droite italien, Matteo Salvini [1]. Importante, l’extrême droite, dans cette histoire qui remonte aux années 1970 : une longue histoire et une occasion de revenir sur les « années de plomb » en Italie, avec cette émission de 2002 avec Cesare Battisti.

Cesare Battisti a été condamné par contumace en 1993 à la prison à vie en Italie pour des attentats liés aux années de plomb dans les années 1970, alors qu’il militait dans un groupe d’extrême gauche. De ces années violentes, on se souvient des Brigades rouges et des attentats de l’extrême gauche, mais on a oublié les attentats de l’extrême droite plus aveugles et plus meurtriers, et beaucoup moins réprimés alors que ce mouvement – parfois soutenu par les services de l’État italien – avait pour but de déstabiliser le pays pour favoriser un coup d’État.

Après la guerre, le fascisme italien n’a pas connu d’épuration et l’extrême droite a gardé sa place avec le but de revenir au pouvoir. En ces temps de guerre froide, les États-Unis s’inquiétaient du rôle que pouvait jouer le puissant Parti communiste italien dans cette région cruciale. En connivence avec des réseaux dans l’appareil d’État italien, l’extrême droite fut instrumentalisée dans une « stratégie de la tension », qui avait pour but d’installer le chaos et la peur, et justifier le retour d’un ordre autoritaire.

À Milan, l’attentat de la Piazza Fontana contre la Banque de l’Agriculture, le 12 décembre 1969, avec 16 morts et 80 blessés, fut d’abord attribué à des anarchistes, avant que la responsabilité de l’extrême droite soit clairement établie. De nombreux groupes d’extrême gauche armés allaient rentrer dans cette spirale de braquages et d’attentats jusqu’à l’assassinat en 1978 d’Aldo MORO, le leader du parti centriste Démocratie chrétienne, après 55 jours de captivité, au prétexte qu’il s’apprêtait à conclure un accord avec le Parti communiste. De la fin des années 1960 au début des années 1980, en quinze ans de cette guerre civile, comptant jusqu’à une centaine d’organisations armées avec des milliers de personnes en armes, on estime à environ 400 le nombre de victimes. 130 sont attribuées à l’extrême gauche, et 270 à l’extrême droite, mais les crimes fascistes sont largement restés impunis.

L’extrême droite est finalement arrivée au pouvoir par d’autres moyens, dans la légalité, et peut aujourd’hui savourer ce « petit cadeau » et même exiger que la France renvoie les anciens militants italiens, qui vivent paisiblement en France depuis quarante ans, au titre de la parole donnée par François Mitterrand. En 2002, déjà, à la demande du gouvernement Berlusconi, la France avait procédé à l’extradition du philosophe Paolo Persichetti. Malgré la mobilisation, Persichetti a été emprisonné et ce n’est qu’en 2008 qu’il a pu obtenir une semi-liberté. Écoutez LA PAROLE TRAHIE, une émission de 2002 avec entre autres Daniel BENSAÏD et Cesare BATTISTI lui-même :

[RADIO] La parole trahie [9 septembre 2002]

13 janvier 2018 : Cesare Battisti arrêté en Bolivie

Le militant d’extrême gauche italien Cesare Battisti a été arrêté en Bolivie, samedi 12 janvier 2019.

Cesare Battisti avait été condamné une première fois en 1981 à 13 ans de prison pour son appartenance aux PAC, les Prolétaires armés pour le communisme.

Évadé le 4 Octobre 1981, il est condamné par contumace à la réclusion à perpétuité pour homicide ou complicité dans quatre meurtres.

Il séjourne en France pendant près de 15 ans à partir de 1990 suite à la promesse de François Mitterrand de ne pas extrader les anciens activistes italiens ayant rompu avec la violence. Il avait refait sa vie depuis 2004 au Brésil, où il a eu un fils avec une Brésilienne.

Un juge de la Cour suprême du Brésil avait ordonné le 13 décembre 2018 son arrestation. L’acte d’extradition avait été signé dès le lendemain par le président Michel Temer, auquel le néofasciste Jair Bolsonaro a succédé le 1er janvier.

journalistes : Daniel Mermet, Giv Anquetil et Francesco Giorgini
réalisation : Antoine Chao et Khỏi Nguyen

L'équipe de Là-bas attend vos messages dans les commentaires et sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

Notes

[1« Le Brésil n’est plus une terre de bandits. Matteo Salvini, le "petit cadeau" arrive », Eduardo Bolsonaro, 13 janvier 2019.

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

Mythologie économique, avec l’économiste Éloi Laurent La croissance économique, un mythe à détruire AbonnésVoir

Le

« Nous devons œuvrer pour avoir plus de croissance, créer davantage d’emplois, et donc de mieux-être dans nos sociétés ». Voici résumée en une phrase, prononcée par Emmanuel Macron en ouverture du dernier sommet du G7 à Biarritz, toute la mythologie de la croissance économique : la croissance crée des emplois, et donc du bien-être dans la société ! Le drame se joue ici dans le « donc » : l’un, le bien-être, serait la conséquence de l’autre, la croissance. C’est le genre de fausses évidences que l’économiste Éloi Laurent met en pièces depuis quelques années.

Les chercheurs manifestent pour une recherche publique, libre et désintéressée VACCIN, RECHERCHE : LES GROS ENFUMAGES DE MONSIEUR MACRON AbonnésVoir

Le

En mars, Macron promet 5 milliards pour la recherche scientifique. Enfumage ! Au total, aujourd’hui, c’est à peine 104 millions qui sont budgetés, alors que l’Allemagne a alloué 60 milliards d’ici 2023 pour la recherche, l’enseignement supérieur et l’innovation. Thérapie, vaccin, « la crise du COVID-19 nous rappelle le caractère vital de la recherche scientifique », déclarait Macron. Comment peut-on accepter cet énorme mensonge ? Les chercheurs sont en lutte. Nous devons soutenir une recherche publique libre et désintéressée. Une enquête de Maja NESKOVIC et Aurélie MARTIN [VIDÉO : 30’12].

Aude Lancelin reçoit Arthur Messaud, de la Quadrature du Net Google et Facebook contre la démocratie AbonnésVoir

Le

Difficile de mobiliser les citoyens sur la question de la protection des données personnelles, ou des dangers que font courir aux libertés publiques des géants du web comme Google ou Facebook. C’est ce que tente de faire La Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, qui intervient depuis 2008 dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, ou encore de la régulation des télécoms.

Comment ils nous ont volé le football Accès libreÉcouter

Le , par L’équipe de Là-bas

Corruption, dopage, chauvinisme, machisme, outil des dictateurs, diversion, achat de joueurs, achat de votes, matchs truqués : qui s’intéresse au football ne peut ignorer ces dérives récurrentes. Ce sport reste pourtant l’un des plus populaires au monde, rassemblant dans plus de 17 000 clubs en France deux millions de licenciés et 200 000 bénévoles.
Entretien : Daniel Mermet