La conférence d’Alain BADIOU lors des attentats de novembre 2015 [VIDÉO et TEXTE À L’APPUI]

Alain BADIOU sur les attentats du 13-Novembre : « PENSER LES MEURTRES DE MASSE »

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015, le philosophe Alain BADIOU donnait une conférence devant une salle comble pour, disait-il, « aider à ce que les meurtres de masse du vendredi 13 novembre, à Paris et à Saint-Denis, soient pensés au-delà des indispensables affects : horreur, barbarie, stupéfaction ».

Il est rare que des intellectuels se risquent à analyser à chaud de tels évènements au moment même pourtant où le choc de l’émotion offre une opportunité à l’autoritarisme. Devant les victimes, devant tout un pays en état de choc, le pouvoir politique de l’époque répondait par « la guerre » et l’état d’urgence. Le 19 novembre à l’Assemblée nationale, Manuel Valls déclarait : « le terrorisme frappe la France non pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est ».

Alors que s’ouvre à Paris le procès de ces attentats, « la plus grande audience criminelle jamais organisée en France », qui va durer plusieurs mois, nous vous proposons de revoir (ou de relire) l’intervention d’Alain Badiou pour « penser les meurtres de masse », au théâtre de la Commune à Aubervilliers, le 23 novembre 2015.

Cette conférence dure près de deux heures. Prenez votre temps. À côté des penseurs à la sauvette et des médias consensuels (et sans suite), nous vous en proposons une version intégrale.

Là-bas
Alain BADIOU sur les attentats du 13-Novembre : « penser les meurtres de masse »
par Là-bas si j'y suis

Voici les intentions de cette conférence :

Pour aider à ce que les meurtres de masse du vendredi 13 novembre, à Paris et à Saint-Denis, soient pensés au-delà des indispensables affects : horreur, barbarie, stupéfaction.

Pour qu’aucune propagande ne puisse s’y opposer fictivement pour s’en servir réellement.

Pour évaluer l’imposture et le péril de ceux qui visiblement se réjouissent, en France ou ailleurs, qu’on puisse enfin crier : « la guerre ! C’est la guerre ! Tous en guerre ».

Pour que d’abjects meurtres de masse ne puissent se glorifier d’avoir à eux seuls plus d’importance et de valeur médiatique et étatique que toutes les recherches rationnelles d’une politique neuve, toutes les expériences de la pensée et de la pratique en direction des vérités à venir.

Pour que les peuples du monde, et singulièrement leur jeunesse, ne soient pas acculés au choix accablant entre un fascisme racialo-religieux et le vide agressif de la domination occidentale, du capitalisme mondialisé et des États qui en sont les serviteurs.

Pour en somme que soit surmontée la fausse et meurtrière contradiction apparente du monde qui est le nôtre : entre la modernité monétaire et marchande d’une part et les différentes variantes du gangstérisme traditionaliste de l’autre.

Pour que soit sortie de l’ombre et changée en force la vraie contradiction, qui oppose deux termes dont l’identification est l’entrée obligée pour toute pensée qui s’applique à changer le monde :

1) le couple guerrier des États dominants et des bandits fascisants, qui ont un intérêt commun à diffuser dans le monde entier une subjectivité de guerre.

2) les porteurs, par leur alliance à construire, du communisme qui vient : prolétariat international et nomade, intellectuels libres, jeunesse à la recherche d’une vie qui soit grande et vraie.

Alain Badiou, « penser les meurtres de masses »
théâtre de la Commune, 23 novembre 2015

réalisation : Jonathan Duong
image : Jeanne Lorrain
mixage : Jérôme Chelius

L'équipe de Là-bas attend vos messages dans les commentaires et sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

Écouter la vidéo au format audio :

Alain BADIOU sur les attentats du 13-Novembre : « penser les meurtres de masse »

Sur notre site

À lire

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

MACRON, APRÈS LA COVID, LE VIDE Déboulonner des statues ou les repeindre en rouge ? Accès libreÉcouter

Le

Déboulonner, c’est bien, mais après, c’est fini, on n’en parle plus. Tandis que repeindre en rouge, couper une oreille ou une main d’une statue, ça vous interpelle, ça appelle une explication… Vous vous dites, quelle horreur, couper une oreille ou une main d’une statue, mais c’est atroce ! Sans doute, mais un peu moins tout de même que le châtiment des oreilles coupées pratiqué par les maîtres sur leurs esclaves, comme l’exigeait le Code noir, rédigé par le ministre Jean-Baptiste Colbert en 1665, et dont la statue trône toujours aujourd’hui devant l’Assemblée nationale à Paris.

AUTONOMES. Un documentaire de François BÉGAUDEAU François Bégaudeau : « Tu te fais des drôles d’amis quand tu t’attaques à la bourgeoisie » AbonnésVoir

Le

Sortir du système, vivre une autre vie, en rupture, en marge, autrement, être indépendant, être autonome. Des vieux mots, des vieux rêves. Mais qui se vivent parfois, qui se risquent, qui marchent ou qui se plantent , mais qui ont en commun le même vieux désir de tordre les barreaux de la cage et d’aller voir là-bas si j’y suis.

HOMMAGE À YANN AUGRAS, PORTE-PAROLE DE LA LUTTE DES GM&S (VIDÉO 12:35) Mort accidentelle d’un résistant Accès libreVoir

Le

Yann Augras est mort. Un accident de voiture en sortant du boulot, le 11 juin, sur une route de la Creuse, près de chez lui. Aucun mot ne peut dire l’émotion, aucun, sauf les oiseaux qu’on entendait pendant la minute de silence au cimetière avec les drapeaux de la CGT au-dessus des gens, immobiles avec ces masques étranges. Les oiseaux ne se taisent pas et les copains de Yann ne vont pas se taire. Ces masques ne sont pas des bâillons. Le temps de ramasser le drapeau, ils vont continuer la lutte. Ils savent que c’est la seule consolation possible.

LES DICTIONNAIRES EN DEUIL, ROBERT PLEURE ALAIN (hommage) ALAIN REY : QUEL FUT SON DERNIER MOT ? Accès libreÉcouter

Le

Le plus populaire des grands érudits, le plus expressif des vocabulistes mais surtout, au-delà de son colossal travail pour Le Robert et autres dictionnaires en tous genres, Alain Rey a fait comprendre toute l’importance des mots et du langage, l’inventivité intarissable des humains, les hasards des sonorités des bouches et des corps, et d’abord comment les mots ensorcellent, comment les mots sont des cages et les armes les plus puissantes des puissants.