Là-bas spécial Bourdieu. « Manet, une révolution symbolique ». Entretien. [PODCAST]

Pierre Bourdieu, Édouard Manet : le même goût de la rupture et du défi

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En regardant Olympia ou le Déjeuner sur l’herbe, on se demande comment ces peintures ont pu créer de si énormes scandales à leur époque. On est scandalisé qu’il y eut de tels scandales. Pourtant ces oeuvres ont changé le monde. Comment s’opère une révolution symbolique et comment réussit-elle à s’imposer ? À travers le cas exemplaire d’Édouard Manet, c’est à cette question que s’est confronté Pierre Bourdieu dès les années 1980 et à laquelle il a consacré les dernières années de son enseignement au Collège de France.

Voici l’entretien de Daniel Mermet avec Christophe Charle, historien, et Patrick Champagne, sociologue, qui ont participé à l’édition du livre « Manet, une révolution symbolique ".

Manet, une révolution symbolique [12 novembre 2013]

Pierre Bourdieu a passé les dernières années de sa vie à étudier la peinture d’Edgar Manet. On pourrait trouver un même goût de la rupture et du défi chez l’un et l’autre. Située en pleine crise de l’Académie, la rupture inaugurée par Manet (1832-1883) a abouti à un bouleversement de l’ordre esthétique. La nouvelle vision du monde qu’elle a engendrée a imprimé sa marque jusqu’à nos jours. En abordant la genèse des tableaux de Manet comme une série de prises de position qui sont autant de défis lancés à l’académisme conservateur des peintres pompiers, au populisme des réalistes, à l’éclectisme commercial de la peinture de genre et même aux « impressionnistes », Bourdieu a montré qu’une telle révolution est indissociable des conditions d’émergence des champs de production culturelle.

Comment s’opère cette « révolution symbolique » et comment réussit-elle à s’imposer ? Aujourd’hui, en regardant Olympia ou le Déjeuner sur l’herbe, on se demande comment ces pentures ont pu créer de si énormes scandales, autant pour les figures représentées que pour la manière de peindre. On est scandalisé qu’il y eut de tels scandales. C’est dans tout les domaines, le propre des révolutions symboliques que d’être oubliée après qu’elles aient réussi.

À travers le cas exemplaire d’Édouard Manet, c’est à cette question que s’est confronté Pierre Bourdieu dès les années 1980 et à laquelle il a consacré les dernières années de son enseignement au Collège de France.

Un immense chantier que la mort est venue interrompre il y a vintgt ans. En 2013, les textes de ses cours et les manuscrits en cours étaient publiées aux éditions du Seuil dans la collection Raison d’agir.

Au fur et à mesure que vous écoutez l’émission, retrouvez ci-dessous les œuvres de Manet (et d’autres) évoquées dans l’entretien :

Programmation musicale :
- "Déjeuner sur l’herbe", par Claude Nougaro
- "Leçon de peinture", par Herbert Pagani

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On ne remerciera jamais assez le cancer et Jésus.

Oui, tout d’abord, merci au cancer. Car s’il n’avait pas eu un cancer en 1985, à 34 ans, Gerhard Haderer aurait eu la vie indigente d’un « créateur » publicitaire. Or, c’est lorsqu’il fut opéré (et guéri) qu’il a tout laissé tomber et s’est tourné à fond vers le genre de dessins que vous allez (re)découvrir, si puissants, si violents qu’ils se passent de tout commentaire, à part quelques gloussements, quelques éclats de rire et pas mal de silences dans le genre grinçant.

Ensuite, merci à Jésus. Et surtout à Monseigneur Christoph Schönborn, cardinal, archevêque de Vienne. En 2002, Gerhard Haderer publiait La Vie de Jésus, un surfeur drogué à l’encens, ce qui faisait un peu scandale dans la très catholique Autriche, si bien que le cardinal archevêque, hors de lui, crut bon de donner l’ordre à l’auteur de présenter ses excuses aux chrétiens pour avoir ridiculisé le fils de Dieu. Au passage, on le voit, l’Islam n’a pas le monopole du refus des caricatures, mais celles-ci eurent beaucoup moins d’écho chez nos défenseurs de la liberté d’expression. Et bien entendu, comme toujours, la censure assura le succès de l’album, qui atteignit 100 000 exemplaires en quelques jours.

Le capitalisme est comparable à une autruche qui avale tout, absolument tout. Mais là, quand même, il y pas mal de dessins de Gerhard Haderer qui lui restent, c’est sûr, en travers de la gorge. On peut rêver et c’est déjà beaucoup.