Daniel Mermet : “Les médiocres sont de retour dans la vallée fertile”

Le

Daniel Mermet (photo Christophe Abramowitz)

Nous relayons un article publié le 29/06/2014 dans LES INROCKS.
Vendredi matin Laurence Bloch, la nouvelle directrice de France Inter, a annoncé l’arrêt de l’émission “Là-bas si j’y suis”, créée et présentée depuis 1989 par Daniel Mermet. Le taulier de l’émission dénonce “une décision politique”, guidée par “des attitudes de revanche personnelle”. Dans son collimateur, Frédéric Schlesinger, l’actuel directeur délégué aux antennes et aux programmes de Radio France, qui avait déplacé “Là-bas si j’y suis” de 17h à 15h en 2006, quand il était directeur délégué de France Inter. A cette époque il avait dû faire face à une pétition de soutien à l’émission qui avait recueilli 216 000 signatures.

Par Mathieu Dejean, journaliste aux Inrocks

Comment Laurence Bloch a-t-elle justifié auprès de vous l’arrêt de votre émission ?

Elle m’a indiqué cela ce matin (vendredi 27 juin, ndlr). Il y avait des rumeurs, des papiers qui étaient sortis, sans qu’elle ait pris soin de me prévenir, de me voir, ni de dialoguer avec moi en aucune façon. Il n’y a pas eu de confrontation, ni de négociation. La décision a été prise, m’a-t-elle dit, de suspendre l’émission et de suspendre aussi ma présence à l’antenne.

Vous a-t-elle expliqué pourquoi elle a pris cette décision ?

Oh mais oui ! Elle a avancé plusieurs arguments fallacieux, mais ça ne lui coûte rien de mentir : elle a tout pouvoir, et je n’en ai aucun. Il est par exemple fallacieux et mensonger de dire qu’il y a eu un tassement de l’audience sur la tranche horaire de Là-bas si j’y suis. Lorsque nous avons été placés sur cet horaire en 2006 – et tout le monde le sait bien à la radio, à commencer Frédéric Schlesinger (nouveau directeur délégué aux antennes et aux programmes de Radio France, qui était directeur de France Inter à l’époque, ndlr) -, l’audience de cette tranche était de 150 000 auditeurs. Aujourd’hui elle est à 450 000 auditeurs. Donc Là-bas si j’y suis a amené au moins 300 000 auditeurs à France Inter : c’est la plus grosse audience sur cette tranche dans l’histoire de la station. Je suis très au courant de cela. Il y a eu un léger tassement cette dernière année, parce qu’ils ont amputé eux-mêmes l’émission d’une heure le vendredi, et de dix minutes à la fin de chaque émission. Sa progression s’est faite malgré une marginalisation permanente, et un refus constant de la promouvoir sur l’antenne. Vous n’avez jamais entendu une promotion de Là-bas si j’y suis dans une journée de France Inter quand Laurence Bloch était à la direction de l’antenne (Laurence Bloch était directrice adjointe de France Inter depuis 2010, avant d’être nommée directrice en mai 2014, ndlr).

La direction de France Inter explique aussi qu’elle veut rajeunir la station.

C’est vrai que je vais avoir 72 ans cette année, mais je n’en ai pas honte du tout ! Faire du jeunisme ou de la gérontophobie est tout à fait honteux. Est-ce que Radio France va faire de la gérontophobie avec Edgar Morin ou Ken Loach ? C’est absolument dégueulasse de dire qu’il faut virer les vieux pour les remplacer par des jeunes. Ce n’est pas parce que les journalistes sont jeunes que le public se rajeunit. Aujourd’hui Noam Chomsky est lu en terminal. Cet argument ne marche pas. Il n’y a pas eu de vieillissement de cette émission, car elle est nourrie par l’actualité, par l’air du temps. Leur point de vue n’est pas défendable. Que reste-t-il alors comme argument ? Il faut changer, il faut rajeunir, soit. Mais pourquoi faire disparaître une émission, alors qu’on aurait pu la mettre le week-end ? Il y a une volonté de la faire disparaître. C’est la réalité. Quand vous avez débusqué ces mensonges arrogants, il reste que c’est une décision politique. C’est une émission qui déplaît, à cause de sa ligne éditoriale, à l’actuelle direction de Radio France, tout simplement. En vertu peut-être – c’est plus compliqué – des attitudes de revanche personnelle qui peuvent dicter la conduite de cette direction.

Laurence Bloch vous a-t-elle proposé un retrait plus progressif, ou une autre émission, à vous et votre équipe ?

Elle nous fait vaguement miroiter des reportages pour l’été prochain, mais c’est très flou. C’est à voir. A priori c’est très douteux, il n’y a aucune confiance entre nous. Elle va recevoir l’équipe la semaine prochaine. Ils sont cinq à être au tapis : Giv Anquetil, 17 ans de Là-bas si j’y suis, Antoine Chao, 14 ans de Là-bas si j’y suis, Charlotte Perry, 6 ans, Gaylord Van Wymeersch et Anaëlle Verzaux, respectivement 3 ans et 2 ans. Ce sont tous de formidables journalistes de radio. J’avais dit et répété – et nous en sommes d’accord avec l’équipe – que j’étais favorable à une transition, c’est-à-dire que les plus expérimentés, Giv et Antoine, devaient prendre le relais. J’en avais parlé à Frédéric Schlesinger, qui disait que c’était une bonne idée, et l’équipe était d’accord pour se lancer dans l’aventure, s’approprier sur quelques mois l’édition, et vogue la galère ! Moi je continuerai à avoir une heure peut-être par semaine, c’était une transition qui permettait de garder l’image de Là-bas si j’y suis, de faire cela respectueusement vis-à-vis de gens qui ont passé leur vie entière à France Inter, ce qui est mon cas. Et non, c’est ce qu’ils ne veulent pas.

Pensez-vous accepter l’idée d’une émission composée de reportages l’été prochain ?

Non, je pense que c’est trop humiliant. C’est très difficile à accepter. Je pense qu’ils font une très grosse erreur humaine vis-à-vis de moi. C’est tout simplement une conduite que je peux qualifier d’inélégante : on ne traite pas des personnes qui ont passé trente-cinq ans de leur vie à France Inter, qui ont donné toute leur vie à la radio, de cette façon. Ce sont des gens brutaux, arrogants, et qui font une faute professionnelle lourde. Je pense qu’ils trahissent les potentialités de cette maison, et sa vocation d’être un haut lieu de l’éducation populaire. Ils se sont approprié cette maison, ses moyens, pour des horizons extrêmement étriqués et mesquins. Il y a une vraie lutte. Alors que tout se privatise, le service public n’a toujours pas de pub. C’est à pleurer de constater que ce potentiel est entre les mains de médiocres. En 2010, j’avais qualifié la direction de France Inter de médiocres dans une vallée fertile. Aujourd’hui les médiocres sont de retour dans la vallée fertile.

La direction de la radio affirme qu’elle a proposé une hebdomadaire aux membres de votre équipe. Est-ce suffisant ?

Cette rumeur circule. Moi je pense que c’est un contre-feu pour essayer de calmer la colère des auditeurs qui est en train de monter. Mais que feront-ils quand ils seront à cinq sur une heure d’émission ? Ils vont avoir cinq cacahuètes à se partager, alors que là ils avaient toute la place pour poursuivre. Et ce n’est qu’une vague promesse, ce n’est pas acté. Ils pourraient le faire très vite, cela pourrait être une issue, mais le mode de gestion de tout cela est détestable. Il faut souligner que si cette situation est possible, c’est à cause de la précarité dans laquelle nous sommes. Les personnels des programmes sont en CDD, c’est-à-dire qu’ils sont précaires, et la précarité mène à la docilité. Or docilité et journalisme ne devraient pas être des mots que l’on puisse associer. C’est un mode de gestion extrêmement commode de menacer de nous virer, ou de ne pas renouveler notre contrat à la fin du trimestre. On finit par s’écraser, et par traiter de sujets plus faciles.

Comment expliquez vous que l’émission ait traversée toute la période Sarkozy, avec Philippe Val, qui ne vous était pas favorable, à la tête de France Inter, et qu’aujourd’hui elle disparaisse, sous un gouvernement de gauche ?

Pendant la période Val-Hees, l’émission était très respectée par Jean-Luc Hees, parce qu’à la différence de la direction actuelle, Hees est un journaliste. Même s’il n’était pas d’accord avec la ligne éditoriale de l’émission, avec une certaine façon d’aborder les sujets, de les traiter, il la respectait beaucoup. Il appliquait le principe bien connu : je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je ferai tout pour que vous puissiez le dire. Jean-Marie Cavada, dieu sait si nous ne sommes pas sur la même ligne éditoriale, mais quand il était président de Radio France il avait trouvé que cette émission était très bien, car nous étions les seuls à Radio France à l’avoir. Pour lui c’était une émission alter-mondialiste, il disait : “vous êtes très bien sur ce créneau là, sur cette ‘niche’ là, continuez”. C’est comme ça que cela se passait avec les journalistes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quelle est la légitimité de cette petite oligarchie cooptée qui est aux commandes de l’audiovisuel public ? Il s’agit d’abus de pouvoir, ils n’ont pas de légitimité. C’est une affaire qui concerne 400 000 auditeurs. Il ne faut pas oublier que la radio leur appartient, c’est eux qui la financent. Or ils ne sont pas considérés dans les prises de position de la direction, pas plus que dans la nomination des personnels, puisque c’est le CSA qui décide.

Avant d’être nommée directrice de France Inter en mai 2014, Laurence Bloch était directrice adjointe depuis 2010. Quel était l’état de vos relations avec elle ?

Cela s’est très mal passé. Pour faire vite, nous n’avons pas du tout la même sensibilité politique, elle l’a manifesté à maintes reprises. On était par exemple très fiers d’avoir un entretien exclusif avec Julian Assange, qui était à l’ambassade de l’équateur à Londres, mais elle n’a jamais voulu que l’on fasse la promotion d’une émission comme celle-là. Je trouve normal, légitime et même nécessaire qu’une direction intervienne sur le fond, qu’on ait des discussions sur une ligne éditoriale, mais ils ne le font jamais, par manque de courage, de compétence ou d’envie. Ils préfèrent se séparer d’une émission plutôt que d’en discuter le contenu. Philippe Val le martelait : “faites de la culture, ne faites pas de la politique”. Il est vrai que Là-bas si j’y suis a une tonalité particulière, mais il ne faut pas être dans la caricature. Ce sont des émissions qui ont un regard critique sur les choses. Les messages laissés sur le répondeur ne sont pas tous univoques. C’est l’esprit critique et indépendant qui m’ont fait passer pour un bolchevik le couteau entre les dents. Il arrive que l’on ne soit pas neutres, mais à mon avis la neutralité est impossible : les auditeurs connaissent notre grille de lecture.

Mathieu Dejean

A lire aussi dans Les Inrocks

L'équipe de Là-bas attend vos messages dans les commentaires et sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

  • Qui cueille mes fraises, qui ramasse mes asperges, qui met mes radis en bottes ? QUELS BRAS POUR NOS ASSIETTES ? Abonnés

    -

    Voir

    Quels sont les fruits et légumes les plus riches en pesticides ? Aujourd’hui, le consommateur hésite à se laisser empoisonner, et l’industrie alimentaire est obligée de tout repeindre en vert et en bio. Mais qui fait le boulot ? Qui cueille mes fraises, qui ramasse mes asperges, qui met mes radis en bottes ? Réponse : des étrangers. À 24 %, la main d’œuvre agricole en France vient de Roumanie, de Pologne, du Portugal ou du Maghreb. Quand Marine Le Pen sera au pouvoir, la France sucera des cailloux. Et là, avec la Covid, on n’en était pas loin. Les frontières étant fermées, on craignait de voir arriver la pénurie alimentaire.

  • Chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte prend des nouvelles de Brigitte Macron Abonnés

    -

    Voir

    Énorme scoop, ami abonné, dans ce 118e numéro de Didier Porte Hebdo. Nous avons découvert que la très cryptochiraquienne fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France (et réciproquement) était co-productrice du prochain spectacle du comique Jean-Marie Bigard. Pour lancer le buzz sur ce show unique, consacré au confinement et diffusé en streaming à la fin juin, la nouvelle directrice artistique de l’humoriste, par ailleurs présidente de la fondation, Brigitte Macron, a organisé un petit happening tout à fait plaisant : elle a demandé à son mari de téléphoner personnellement à Bigard pour prendre la température du vrai peuple, ce qu’il a fait.

  • Il y a 15 ans, les Français votaient « non » au traité de constitution européenne 29 MAI 2005 : VOTRE EUROPE, ON N’EN VEUT PAS ! Accès libre

    -

    Écouter

    Les médias fonctionnent comme la grande ardoise magique. Chaque jour efface les nouvelles de la veille, chaque heure, chaque minute gomme la précédente et nous gave d’insignifiance et d’oubli. Un exemple ? Le NON au référendum de 2005. Un événement politique majeur qualifié de « séisme » à l’époque. Quinze ans après, aujourd’hui même, qui évoque la victoire du NON au traité de constitution européenne, le TCE, le 29 mai 2005 ?

  • « Paysannes », une série documentaire de 1979 enfin en DVD Travail, famille, révolte : paroles de paysannes du Larzac Abonnés

    -

    Voir

    En 1979, Antenne 2 diffusait les cinq épisodes de Paysannes, une série documentaire réalisée par Gérard Guérin. En repérage dans le Larzac pour préparer sa prochaine fiction, Gérard Guérin commence à se documenter en filmant des paysannes du Larzac. La fiction ne se fera jamais, mais le film est là : dans la parole de ces paysannes qui travaillent, se chargent des tâches domestiques, s’occupent des mômes, et luttent contre l’extension du camp militaire sur le plateau du Larzac. Cela faisait quarante ans que ce documentaire était invisible : grâce à Gérard Mordillat et à la coopérative Les Mutins de Pangée, on peut de nouveau écouter la voix de ces paysannes, qui sont un morceau de la France et un morceau d’une époque.

  • ÉGOUTIERS EN COLÈRE. Reportage radio version texte. « À oreille reposée » COVID-19 : LES ÉGOUTIERS TOUJOURS EN DANGER Abonnés

    -

    Lire

    Vous avez été nombreux à écouter le reportage d’Anaëlle Verzaux, « Égouts contaminés : les égoutiers en grève pour leur santé (et la nôtre !) ». En voici la version écrite et augmentée afin d’aller plus loin, à oreille reposée.

    Les égoutiers sont en tête parmi les « premiers de corvée ». Ils sont fortement exposés à un nombre incalculable de bactéries et à des maladies graves, comme la leptospirose, qui s’attrape par l’urine de rat, ou l’hépatite E qui s’attaque au foie. Ils ont une espérance de vie inférieure de sept ans à la moyenne des Français, et même de dix-sept ans par rapport à un cadre. Aujourd’hui, face au virus présent dans les eaux usées, ils demandent des protections et des garanties. Sans réponse, ils se sont mis en grève.

    Pendant le confinement, à Paris, ils étaient quarante en service à nettoyer nos égouts, en échange de leur salaire bien sûr et d’une prime. Mais depuis le 11 mai – le début du déconfinement –, ils sont tous appelés à reprendre le travail. Ils sont 285 à Paris. Sauf que, des études l’ont montré, les eaux des égouts, qu’on appelle les eaux usées, ont été fortement contaminées par le coronavirus. Maintenant que le pic de la pandémie est derrière nous, ces eaux usées sont-elles toujours contaminées ? Un peu ? Beaucoup ? Il n’est pas rare qu’un égoutier se prenne des projections d’eaux usées dans les yeux, donc ce serait bien de le savoir. Et pourquoi la mairie ne s’est-elle pas empressée de trouver des protections adaptées pour ces égoutiers ?

  • « Ségur de la Santé » : LE MANIFESTE DES SOIGNANTS LA SANTÉ DOIT ÉCHAPPER AUX LOIS DU MARCHÉ ! Accès libre

    -

    Lire

    Alors que s’ouvre le « Ségur de la Santé » entre le gouvernement et l’hôpital public (et les Ehpad), le collectif Les jours heureux publie dans Libération le « MANIFESTE DES SOIGNANTS », pour une refonte sociale (et totale) du système de santé en France. En lutte depuis des années contre le démantèlement et la gestion financière de l’hôpital public, aujourd’hui les soignants sont soutenus par la majorité du pays. Les bravos, les primes et les médailles n’ont pas suffi à enfumer l’opinion. La lutte contre la pandémie a montré à la fois l’échec idéologique des politiques de santé, et aussi la réussite des soignants qui se sont organisés en dehors du carcan gestionnaire. « L’impensable est devenu réalité », disent-ils.

  • LA SANTÉ DOIT ÉCHAPPER AUX LOIS DU MARCHÉ. Entretien de Daniel MERMET avec le professeur André GRIMALDI À 20 heures, on applaudit nos héros en blouse blanche Abonnés

    -

    Écouter

    Ça fait un bien fou, ces fenêtres qui applaudissent désormais à 20 heures. Bravo à nos héros en blouse blanche qui se battent pour nous en première ligne ! Mais attention, l’image et l’hommage ne doivent pas cacher le combat essentiel : « LA SANTÉ DOIT ÉCHAPPER AUX LOIS DU MARCHÉ. » Cette crise sanitaire montre le désastre de l’hôpital public géré comme une entreprise commerciale depuis des années.

  • Valérie, aide-soignante, la tête haute simplement [VIDÉO : 4’47 et PODCAST : 14’16] UN APPEL À LA COLÈRE Accès libre

    -

    Écouter

    Elle avait refusé de serrer la main du président. Valérie, aide-soignante au CHU de Rouen, militante CGT, vous vous souvenez ? C’était en avril 2018 lors des luttes pour la défense de l’hôpital public. Macron rabâchait sa petite chanson : "Il n’y a pas d’argent magique, la France à 100% de dette, c’est vos enfants qui paieront. "

  • CONTRE LE RETOUR À L’ANORMAL ! COMMENT LA PSYCHIATRIE A FAIT FACE ? PODCAST RADIO ET LES FOUS DANS TOUT ÇA ? Abonnés

    -

    Écouter

    Comment ça c’est passé du côté psychiatrique ? On s’en doute, angoisse et enfermement forcé ont entraîné délires et « pétages de plomb ». Les urgences psychiatriques ont vu arriver des crises inconnues jusque-là. En France, selon Santé publique France, le sentiment d’anxiété est passé de 13,5 % en mars 2017 à 26,7 % à la fin mars de cette année. Parent pauvre de la médecine, la psychiatrie a vécu l’épidémie plus difficilement, et ce n’est pas vraiment une surprise. Depuis 40 ans, le nombre de places en psychiatrie dans le secteur public a considérablement baissé, passant de 120 000 lits en 1980 à 41 000 en 2016. La psychiatrie est sous-financée depuis des décennies.

  • TETSU : dessins des QUE et des Q CONNAISSEZ-VOUS TETSU ? Abonnés

    -

    Lire

    « Mes personnages sont des gens sérieux qui se sont mis dans des situations bizarres. » C’est ce que disait Tetsu de ses dessins.

    On les trouvait partout dans les années 1960, de France Dimanche à Paris Match, en passant par Noir et Blanc. Des petits bourgeois désespérément humains, qui ressemblaient aux lecteurs. C’était l’époque de Chaval, Bosc ou Mose. Un rire noir et grinçant devant un quotidien étriqué et absurde. Et une sorte de tendresse pour les inadaptés définitifs que nous sommes. On ne mesure pas l’influence énorme de ces petits dessins sur les idées qu’un être humain se fait du monde et de lui-même. Ça passe sous les radars des experts culturels. De la sous-culture, comme ils disaient. Et c’est leur chance et leur force à ces petits dessins. Ce que cette bourgeoisie éduquée appelle la vulgarité, ça les protège et nous avec.

    En réalité, Tetsu s’appelait Testu, Roger Testu. Il avait fait différents boulots, directeur dans la distribution de la presse, patron d’une savonnerie, marchand de tableaux et en 1951, à presque 40 ans, il s’est mis à peindre, puis à dessiner. Un grand succès, des livres, des prix, il n’a pas arrêté, il aurait fait 20 000 dessins. À 94 ans, en 2008, il a refermé son encrier. Il a fait l’admiration des meilleurs, Willem, Siné, Lefred-Thouron ou Topor, qui disait : « Gloire à Toi / Ô Tetsu / Dont la plume ne nous a jamais déçus ».

  • Chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte tenté par le reconfinement Abonnés

    -

    Voir

    Pas de Didier Porte cette semaine, il profite du pont de l’Ascension pour se reconfiner provisoirement sur son yacht. En attendant son retour, Didier a demandé à notre « employé de la semaine » quasi permanent, Jonathan Duong, de le remplacer au pied levé pour cette revue de presse hebdomadaire. Au menu cette semaine :
    - coronawashing, suite, les marques voient enfin le bout du tunnel avec ce déconfinement synonyme pour elles de réouverture des magasins ;
    - contrairement aux idées reçues, certains bourgeois aussi ont souffert du confinement, essentiellement à cause de l’absence de personnel qui est habituellement à leur service ;
    - et un hommage à Michel Piccoli.

Une sélection :

SANTÉ PUBLIQUE. DÉCONFINEMENT. OÙ EN SONT LES PROMESSES DE MONSIEUR MACRON ? SOIGNANTS : APRÈS LES BRAVOS, LE MÉPRIS AbonnésVoir

Le

Bravo nos héros, show-biz et trémolos, merci, merci, bravo, bravo. Et après ? Et maintenant ? Où en sont les promesses de Monsieur Macron ? Le grand plan d’investissement massif ? Les soignants se sont dépassés, beaucoup ont payé de leur santé et même de leur vie. Pendant des semaines et avec succès, ils ont réussi à faire passer la santé avant l’intendance. Oui, bravo. Mais aujourd’hui ? Pas de réponse. Pourtant, Monsieur Macron avait promis ?

« Mépris et trahison ». Voila ce que balance le collectif Inter-hôpitaux à l’heure du déconfinement. Voilà des mois que ces soignants sont à fond dans une lutte qui dure depuis des années pour sauver l’hôpital public des griffes de la logique marchande. Nous les avons rencontrés à l’heure du déconfinement.

Profitant de l’émotion générale pour amadouer un pays qui le rejette, Macron et ses communicants ont poussé encore un peu plus loin le bouchon du cynisme. Avant d’évoquer « les jours heureux », ce destructeur obstiné du modèle social français s’est transformé en brave militant d’Attac pour faire l’éloge de l’État-providence : « ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. »

Didier Porte Hebdo : chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte dissèque le coronawashing AbonnésVoir

Le

Par les temps qui courent, incertains, ouverts au pire comme au meilleur (et à l’abus de clichés idiots, déjà comme je le prouve lamentablement en cet instant même), il est fortement recommandé de se moquer des puissants (ça apaise), en premier lieu évidemment de nos dirigeants, tous plus à la ramasse les uns que les autres, mais aussi et surtout de ceux qui nous dirigent vraiment (attention, irruption imminente d’un cliché odieusement populiste), à savoir les puissances d’argent.

L’île du droit à la caresse Accès libreÉcouter

Le

Nous nous évitons, nous nous méfions des autres, l’enfer, c’est les autres. Gardez vos distances. On ne sait quel crétin officiel a trouvé l’expression « distance sociale ». Comment retrouver la fusion de la manif, les grappes humaines du « tous ensemble », la grande partouze de la lutte après ça ? En attendant, pour rebondir, voici une histoire d’île et de caresse.