Val-de-Reuil : un commissariat attaqué par des hordes d’islamistes ?

LE FIGARO ENTEND « ALLAH AKBAR » PARTOUT ! Abonnés

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Le Figaro a publié vendredi 29 juin un scoop EXCLUSIF : « un commissariat de l’Eure attaqué par des jeunes aux cris d’Allah Akbar [1] ». Le quotidien du groupe Dassault nous apprend que des hordes de jeunes islamistes cagoulés ont attaqué des fonctionnaires de police dans une zone perdue de la République ! Quelques heures plus tard, on découvrait le pot aux roses : le scoop était en fait une fausse information.

L’article du Figaro concernant l’incident survenu à Val-de-Reuil, signé Etienne Jacob, est paru vendredi dernier à 20h46. Ni une ni deux, les grandes rédactions nationales embrayaient, relayaient massivement « l’information », et une heure plus tard, les mots-clefs « Allah Akbar » finissaient en première position des sujets discutés sur internet.

Aussi réactive que les grandes rédactions, l’extrême-droite se mettait en branle dans la foulée. Marine Le Pen, Florian Phillipot, Stéphane Ravier, tous se précipitaient pour gerber au passage leur haine islamophobe.

Eric Ciotti, député Les Républicains des Alpes-Maritimes, ira jusqu’à qualifier les faits sur RTL « d’attaque terroriste ». Une outrance que la radio du groupe M6 se chargera de mettre en exergue sur leurs réseaux sociaux. Il faut bien faire du clic !

Le lendemain matin, pour les islamophobes opportunistes, c’est la douche froide. Le maire de la commune concernée, le très respectable Marc-Antoine Jamet, élu PS mais aussi secrétaire général du groupe LVMH, publie un article de blog [2] qui démonte méthodiquement celui du Figaro. Marc-Antoine Jamet, en tant que maire de la ville, a pu consulter la vidéo-surveillance et n’a pas vu la même chose que le journaliste du Figaro. Florilège :

Dans l’article du Figaro, le journaliste, qui dit « [avoir pu consulter] la vidéo-surveillance » lui aussi, voit « une quinzaine de jeunes ». Le maire parle d’un « petit groupe ». Le journaliste dit que les jeunes sont cagoulés et donc non-identifiables. Pour le maire, ils sont « parfaitement connus des services de police » et ne portaient donc pas de cagoules. Selon le Figaro, « les jeunes sont déterminés à entrer dans le commissariat », et l’attaque « a duré 30 minutes ». Selon le maire, l’incident ne dure que quelques minutes tout au plus, et les jeunes se tiennent à « une vingtaine de mètres du commissariat », à distance, sans tenter d’y entrer. Enfin, le Figaro parle d’un véhicule endommagé et de 3 vitres brisées. Marc-Antoine Jamet constate seulement une vitre cassée.

Plus grave encore : les fameux cris « Allah Akbar » avec lesquels les barbares auraient ponctué leur attaque. Là encore, le maire dément les informations du Figaro : selon les propres mots de la policière à l’origine de cette rumeur, qu’il a rencontré le lendemain matin : « quelqu’un lui [a dit] que quelqu’un a entendu quelqu’un dire les mots Allah Akbar ». Les collègues de la policière finiront par expliquer au maire qu’il y a « la même relation entre les jeunes suspectés et le radicalisme qu’entre Ben Laden et le Lido ».

source : blog du maire de Val-de-Reuil Marc-Antoine Jamet

Comment un tél écart entre ce que constate le maire et ce que raconte le Figaro est-il possible ? Une piste nous est fournie par le quatrième paragraphe de l’article paru vendredi soir. On y lit : « L’attaque a suscité une vague de colère dans la profession. Dans un communiqué publié vendredi, le syndicat Alliance a dénoncé un assaut d’une violence inouïe  ». Voilà donc la seule et unique source du journaliste du Figaro qui a commis cet article : le syndicat très très à droite et majoritaire dans la police, Alliance. Selon toute vraisemblance, le journaliste payé par le groupe Dassault a relayé sans distance et sans contradiction sa source policière. Et l’article de préciser, à la lumière de l’incident dramatique et faux qu’il rapporte, que les « policiers [sont] à bout, au bord de la rupture »... On avait connu le Figaro moins proche des syndicats.

Que s’est-il vraiment passé dans la nuit du 27 au 28 juin devant le commissariat de Val-de-Reuil ? Selon le maire, un petit groupe de jeunes qui regardait le match de l’Algérie lors de la coupe d’Afrique des Nations sort d’un café à 2h30 du matin, et certains d’entre eux lancent des pétards et des feux d’artifices sur le commissariat. C’est mal, certes, mais ça ne ressemble pas à une attaque terroriste. Une version qui se rapproche de celle de la sous-préfète de l’Eure, contactée par le Parisien [3]. Le maire conclue qu’il s’agit « d’un incident limité et, hélas, devenu banal quand la chaleur de l’été amène les jeunes à rester dans la rue ».

Face au tollé, le Figaro a dû rajouter un paragraphe à son papier. Et les syndicats du commissariat de Val-de-Reuil ont bien du concéder que cette attaque « n’avait rien à voir avec une attaque terroriste ou quoi que ce soit dans le genre ». [4] Mais à l’heure où nous écrivons, l’article est toujours intitulé : « Un commissariat de l’Eure attaqué par des jeunes aux cris d’Allah Akbar. »

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  • TETSU : dessins des QUE et des Q CONNAISSEZ-VOUS TETSU ? Abonnés

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    « Mes personnages sont des gens sérieux qui se sont mis dans des situations bizarres. » C’est ce que disait Tetsu de ses dessins.

    On les trouvait partout dans les années 1960, de France Dimanche à Paris Match, en passant par Noir et Blanc. Des petits bourgeois désespérément humains, qui ressemblaient aux lecteurs. C’était l’époque de Chaval, Bosc ou Mose. Un rire noir et grinçant devant un quotidien étriqué et absurde. Et une sorte de tendresse pour les inadaptés définitifs que nous sommes. On ne mesure pas l’influence énorme de ces petits dessins sur les idées qu’un être humain se fait du monde et de lui-même. Ça passe sous les radars des experts culturels. De la sous-culture, comme ils disaient. Et c’est leur chance et leur force à ces petits dessins. Ce que cette bourgeoisie éduquée appelle la vulgarité, ça les protège et nous avec.

    En réalité, Tetsu s’appelait Testu, Roger Testu. Il avait fait différents boulots, directeur dans la distribution de la presse, patron d’une savonnerie, marchand de tableaux et en 1951, à presque 40 ans, il s’est mis à peindre, puis à dessiner. Un grand succès, des livres, des prix, il n’a pas arrêté, il aurait fait 20 000 dessins. À 94 ans, en 2008, il a refermé son encrier. Il a fait l’admiration des meilleurs, Willem, Siné, Lefred-Thouron ou Topor, qui disait : « Gloire à Toi / Ô Tetsu / Dont la plume ne nous a jamais déçus ».

  • Chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte tenté par le reconfinement Abonnés

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    Pas de Didier Porte cette semaine, il profite du pont de l’Ascension pour se reconfiner provisoirement sur son yacht. En attendant son retour, Didier a demandé à notre « employé de la semaine » quasi permanent, Jonathan Duong, de le remplacer au pied levé pour cette revue de presse hebdomadaire. Au menu cette semaine :
    - coronawashing, suite, les marques voient enfin le bout du tunnel avec ce déconfinement synonyme pour elles de réouverture des magasins ;
    - contrairement aux idées reçues, certains bourgeois aussi ont souffert du confinement, essentiellement à cause de l’absence de personnel qui est habituellement à leur service ;
    - et un hommage à Michel Piccoli.

Une sélection :

SANTÉ PUBLIQUE. DÉCONFINEMENT. OÙ EN SONT LES PROMESSES DE MONSIEUR MACRON ? SOIGNANTS : APRÈS LES BRAVOS, LE MÉPRIS AbonnésVoir

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Bravo nos héros, show-biz et trémolos, merci, merci, bravo, bravo. Et après ? Et maintenant ? Où en sont les promesses de Monsieur Macron ? Le grand plan d’investissement massif ? Les soignants se sont dépassés, beaucoup ont payé de leur santé et même de leur vie. Pendant des semaines et avec succès, ils ont réussi à faire passer la santé avant l’intendance. Oui, bravo. Mais aujourd’hui ? Pas de réponse. Pourtant, Monsieur Macron avait promis ?

« Mépris et trahison ». Voila ce que balance le collectif Inter-hôpitaux à l’heure du déconfinement. Voilà des mois que ces soignants sont à fond dans une lutte qui dure depuis des années pour sauver l’hôpital public des griffes de la logique marchande. Nous les avons rencontrés à l’heure du déconfinement.

Profitant de l’émotion générale pour amadouer un pays qui le rejette, Macron et ses communicants ont poussé encore un peu plus loin le bouchon du cynisme. Avant d’évoquer « les jours heureux », ce destructeur obstiné du modèle social français s’est transformé en brave militant d’Attac pour faire l’éloge de l’État-providence : « ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. »

L’île du droit à la caresse Accès libreÉcouter

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Nous nous évitons, nous nous méfions des autres, l’enfer, c’est les autres. Gardez vos distances. On ne sait quel crétin officiel a trouvé l’expression « distance sociale ». Comment retrouver la fusion de la manif, les grappes humaines du « tous ensemble », la grande partouze de la lutte après ça ? En attendant, pour rebondir, voici une histoire d’île et de caresse.