Punishment Park Abonnés

Le

Ce film est visible pour les abonnés jusqu'au 6 avril seulement. Retrouvez un nouveau film chaque 1er samedi du mois avec votre abonnement à Là-bas si j'y suis.

En 1970, les États-Unis s’embourbent au Vietnam. Face à la contestation accrue du mouvement pacifiste, Nixon décrète l’état d’urgence et active le McCarren Act lui permettant d’arrêter tout opposant politique susceptible de mettre en danger la sécurité intérieure du pays. Militants des droits civiques, objecteurs de conscience, féministes, communistes, anarchistes sont aussitôt placés en détention. Au terme d’un jugement expéditif, les jeunes condamnés ont le choix entre vingt ans d’emprisonnement ou passer trois jours à Punishment Park, un centre de redressement situé dans le désert californien, qui sert aussi de lieu d’entraînement aux forces de police.
Deux équipes de journalistes européens vont suivre deux groupes d’accusés, un premier qui s’apprête à être jugé, le second qui l’est déjà.


Le film a été réalisé aux Etats-Unis à la suite du procès des Sept de Chicago (Abby Hoffman, Jerry Rubin, Bobby Seale, etc.), de l’assassinat de l’activiste noir Fred Hampton par la police de Chicago et de la mort de quatre étudiants blancs sur le campus de l’Université de Kent State tués par la Garde Nationale de l’Ohio.

Le gouvernement de Richard Nixon, de plus en plus paranoïaque, constituait une liste noire de citoyens américains opposés à sa politique nationale et internationale (qui prévoyait secrètement un bombardement du Cambodge).

Les comédiens amateurs que j’ai trouvés à Los Angeles étaient typiques de la jeunesse militante américaine de l’époque – un certain nombre d’entre eux avait déjà été emprisonnés, plusieurs avaient été confrontés au harcèlement raciste et violent de la police de Los Angeles. Les membres du Tribunal étaient également amateurs, certains exprimant leur propre conservatisme, d’autres se faisant les « avocats du diable ».

Punishment Park est-il un film démodé ? Oui… Et décidément non ! [...] On retrouve le même contexte social répressif. Sous des apparences trompeuses, la situation est encore pire actuellement – surtout pour les afro-américains et les américains d’origine indienne – et il est certain que comparé à la violence de l’Amérique contemporaine, Punishment Park ressemble à un pique-nique champêtre.

Le film fut interdit de projection aux USA dès sa sortie et jusqu’à présent n’a toujours pas été diffusé à la télévision américaine. [...] Le refus des Américains d’assumer leur histoire n’est que l’une des étonnantes réactions provoquées par le film, l’une des rares fictions ouvertement politiques jamais réalisée dans ce pays. La censure de Punishment Park aux Etats-Unis, et, par la suite de l’ensemble de mon œuvre dans la plupart des pays occidentaux, traduit la peur qu’a la télévision d’un public s’exprimant clairement et avec force, surtout lorsque cela concerne l’hégémonie du système économique, militaire et médiatique qui contrôle le monde aujourd’hui.

Le déni de la parole publique dans les médias est une des tragédies politique et culturelle de ce siècle. Ce n’est pas un hasard si un des thèmes majeurs de Punishment Park est l’ambivalence des médias qui tentent de couvrir les événements du Park avec leur coutumière « objectivité ».

Punishment Park n’est pas seulement un constat portant sur une période spécifique de l’histoire américaine. Ce n’est pas seulement une opportunité pour de jeunes américains de s’exprimer sans censure. C’est également une métaphore de l’évolution d’une société, régie par l’exploitation et la loi du marché, transformant la planète entière en un Punishment Park généralisé. Un monde où les sans voix, les pauvres, les exclus d’Internet, et tout ce qui n’est pas blanc, est totalement marginalisé. Punishment Park se voulait à l’époque un constat de l’état psychique de notre société. Rien ne prouve que la situation ait changé – si ce n’est dans un sens négatif. La polarisation et le conflit décrits par le film se sont constamment vérifiés depuis 1970, sous forme locales et/ou internationales...

Peter Watkins, 1997

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

Un film de Peter Watkins

avec : Patrick Boland, Kent Foreman, Carmen Argenziano,
Luke Johnson, Katherine Quittner, Scott Turner...
bande originale : Paul Motian

pays d’origine : Etats-Unis
date de sortie : 1971
date de sortie en DVD : 24 janvier 2002

Voir aussi

- Le cinéma de Peter Watkins
Un cycle Vod pour découvrir une partie de l’œuvre de Peter Watkins sur le site des Mutins de Pangée

Le cinéma de Peter Watkins
par lesmutins.org

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Les Rendez-vous des Repaires

  • Qui sont ces gilets jaunes ? Que veulent-ils au juste ? Jusqu’où iront-ils ? Et bien, venez leur poser la question ! Le Café repaire d’Angers vous invite à venir les rencontrer mardi 26 mars.

  • Laurent et Oliv’, deux beaux perdreaux matures rebelles, en manque de "repaires" dans leurs Yvelines verdoyantes, se lancent dans la crétaion d’un repaire. Pour ce faire on vous propose un premier rendez-vous pour faire connaissance, l’état des lieux et des envies de cette nouvelle aventure, ça ce (...)

  • Café repère du 20ème ! En général, pas de thème défini, chacun vient avec ses propositions et l’envie d’échanger et de partager. Pour celles et ceux qui le souhaitent la soirée se prolonge autour d’une bonne table !

Une sélection :

Un entretien de Daniel Mermet avec Daniel Bensaïd (2009) Daniel Bensaïd : Marx, mode d’emploi Accès libreÉcouter

Le

« À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » Telle fut l’utopie de Marx et Engels, une utopie toujours partagée par des millions de femmes et d’hommes, mais une utopie qui fut souvent récupérée, détournée et pervertie. Maintes fois jeté dans les poubelles de l’histoire, Marx revient aujourd’hui dans la lutte contre la violence capitaliste. Le bicentenaire de sa naissance fournit l’occasion de (ré)écouter ces deux émissions de 2009 avec Daniel Bensaïd, auteur de Marx, mode d’emploi, avec des illustrations de Charb (La Découverte, 2009).

Les prisons sont pleines mais elles sont vides de sens. Un rapport sur l’horreur carcérale PRISON, t’es moins qu’un rat AbonnésVoir

Le

On marche dans la merde de rat dans la prison, il y en a partout, on est bouffé par les poux et les punaises de lits, la bouffe est pourrie, on est neuf par cellule, on se fait cogner par les surveillants.

Cette fois, c’est la prison de Fresnes qui fait l’objet d’un rapport explosif. Nous recevons Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, et Yoan Karar, surveillant membre du Syndicat National Pénitentiaire FORCE OUVRIÈRE.

À La Courneuve, les « gilets rouges » de la CGT réinventent un service public au service du public AbonnésÉcouter

Le

« L’électricité, c’est la vie, et nous, on est des "gilets rouges" ! » La formule est de Nicolas Noguès, un militant CGT. Avec des collègues syndicalistes, il occupe une ancienne boutique EDF à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Leur opération a débuté le 14 novembre 2018, soit trois jours avant le premier acte des « gilets jaunes ». Alors c’est vrai, c’est moins spectaculaire. Et du coup, il y a moins de journalistes pour couvrir l’événement. Pourtant, là aussi, dans ce coin du 93, il est question de proximité et d’accès aux services publics pour des usagers sacrifiés sur l’autel de la dématérialisation.