Les réquisitions du procureur Lordon au GRAND PROCÈS DE MACRON

Réquisitions, par Frédéric Lordon

Le

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(photo : Jonathan Duong / LÀ-BAS SI J’Y SUIS)

On ne compte plus les raisons pour lesquelles ce procès doit se tenir. Si ça n’est pas la plus importante, mentionnons tout de même celle de donner à Franz-Olivier Giesbert, Christophe Barbier ou BHL la satisfaction orale de pouvoir dire « Fouquier-Tinville » ou « Vichinski ». Avec « procès stalinien » et « Khmer rouge », ce sont des objets simples que les petits peuvent mettre à la bouche, sans quoi ils sont tout énervés, se tortillent sur leur chaise, jettent la nourriture à terre et poussent violemment dans leurs couches.

À part les nécessités de la puériculture, il y a aussi que nous avons sans doute raison de profiter d’une des dernières occasions de nous livrer à des procès parodiques. Quand un pouvoir en est à un stade d’intolérance aux offenses symboliques qui lui fait poursuivre des activistes ayant décroché des portraits officiels en mairie, nul ne peut exclure que notre petite affaire se termine en procès réel du procès parodique — je ne sais pas ce que le président Mermet en pense, mais le procureur se sent plus près de la convocation judiciaire que de la Légion d’honneur.

Mais bien sûr, il y a surtout le prévenu lui-même, cas d’une beauté sans précédent dans les annales de la justice parodique, et qui ferait presque de la justice parodique une anticipation de ce que devrait être une justice réelle — car il est bien certain qu’à un moment ou à un autre, il faudra juger ces gens-là, et les juger pour de bon.

Pour l’heure, requérir en si peu de temps contre vous, M. Macron, est une gageure — c’est que l’épaisseur de votre dossier est considérable. Je laisserai donc à la défense la mauvaise foi d’exploiter tout ce qu’il aura été impossible de documenter ici. Mais je ne lui laisserai pas le loisir d’ignorer les enjeux véritables de ce procès, ni celui d’argumenter dans les coordonnées ordinaires du savoir d’expert néolibéral. Le temps n’est plus à la discussion d’économistes. Il se passe autre chose, qui engage la planète et une forme de civilisation.

« La sollicitude pour la pizza, c’est l’époque en raccourci »

Il arrive parfois qu’une anecdote livre à elle seule la totalité d’une situation — en fait, tous les jours, il nous en arrive qui disent la vérité de l’époque. Voici la dernière en date : un imbécile commande une pizza sur Uber Eats ; sur le chemin, le livreur est renversé ; l’imbécile se plaint de ne pas avoir reçu sa pizza et d’avoir payé pour rien ; Uber Eats répond qu’il va prendre des nouvelles de la pizza — j’exagère à peine. Au moment où, certes dans un tout autre genre, se tient le procès France Télécom, vous aurez du mal à faire passer ceci pour une péripétie regrettable mais sans signification, car, petits ou grands, ce sont les éléments cohérents d’un même tableau d’ensemble : la sollicitude pour la pizza, c’est l’époque en raccourci.

Messieurs les avocats, je dis que votre client est la figure de ce désastre, et que nous allons le juger comme tel. Emmanuel Macron est le visage de notre temps et, je suis désolé de vous le dire, notre temps a une sale gueule. M. Macron, vous personnifiez ce que l’époque a de plus haïssable. Elle est moralement vile. Comme elle, vous ne révérez que les valeurs de l’argent et de la compétition, qui distingue les riens et les premiers de cordée. La solidarité et la gratuité, c’est-à-dire tout ce qui fait des relations humaines dignes de ce nom, vous sont parfaitement inconnues. Vous travaillez même à les éradiquer pour livrer la totalité de la vie sociale à la marchandisation. Moralement vile, l’époque est aussi totalement irresponsable sur la question climatique. Il est vrai que le problème ne peut plus être posé qu’en les termes de la sortie du capitalisme, et qu’on pourra difficilement compter sur vous à cet égard. Il ne vous reste donc qu’à travestir en mots ce que vous poursuivez en actes.

La défiguration par la langue, et je dirais même la défiguration de la langue, c’est là un domaine où incontestablement vous excellez — un autre signe d’époque. D’une certaine manière, vous êtes un paradoxe ambulant. C’est qu’à votre propos on n’en finit plus de se poser la question suivante : comment tant de mensonges auront-ils pu être un tel opérateur de vérité ? Car tous vos mensonges en effet trahissent la vérité d’une configuration historique : la vérité d’un système unifié de l’oligarchie, depuis son fondé de pouvoir — vous — jusqu’à sa presse domestique. Entre défiguration des mots et aveux projectifs inconscients, votre mandat aura été comme une gigantesque performance dans le langage. Ainsi, au lendemain du 16 mars, acte il est vrai assez agité, croyant parler des « gilets jaunes », vous ne cessez de parler de vous sans même vous en rendre compte : « on ne peut pas s’arrêter à la tyrannie d’une irréductible minorité [2] ». Mais qui ne voit que c’est au minuscule carré d’oligarques regroupés autour de vous que ce propos s’applique idéalement en fait ? Et c’est vrai : vous formez une minorité irréductible et tyrannique.

Votre inénarrable porte-parole du moment, le célèbre Benjamin Griveaux, lui aussi mâchonne ses éléments de langage en lisant avec son doigt : « nous ne pouvons pas laisser une infime minorité violente abîmer notre pays et laisser détériorer l’image de la France à l’étranger » [3]. C’est tellement juste également. Votre infime minorité est violente, elle abîme le pays, littéralement, et c’est vrai aussi que votre répression, sans précédent depuis plus d’un demi-siècle, est maintenant regardée avec effarement par le Conseil de l’Europe, Amnesty International et les Nations unies.

Lors de votre récente conférence de presse, à propos de Benalla cette fois, vous déclarez : « est-ce que je regrette de l’avoir embauché à l’Élysée ? Non, parce que je pense que c’était extrêmement cohérent avec les valeurs que je porte et avec ce que je veux que nous fassions. » Là encore, c’est tout vous. En effet les valeurs que vous portez, ce sont celles des nervis lâchés dans la ville pour cogner du manifestant — on vous reconnaît parfaitement.

Comprenez, M. Macron, que, pour tout ce qu’il laisse transpirer d’aveux involontaires, ce règne du mensonge où vous vous êtes enfoncé laisse chaque jour votre légitimité un peu plus en lambeaux. Votre légitimité, ou plutôt son inexistence, dès le début, ça aura été votre problème. Il ne faut jamais perdre une occasion de rappeler quelles en ont été les données de départ : elles se mesurent à votre score d’adhésion réelle au premier tour de la présidentielle, soit 10,5 % des inscrits. 10,5 %, ce sont vos 23 % corrigés d’un taux d’abstention de 20 % et surtout d’un taux de vote utile estimé à 45 %. Avec 10,5 % de soutien réel, vous avez raflé l’élection, et régnez sur 100 % du corps social. Jamais vous n’avez prêté attention à cette extravagante situation permise par des institutions politiques qui montrent ici à quel point elles sont vicieuses.

Quant à la gigantesque prise d’otage du deuxième tour, elle vous faisait un devoir de prendre en considération tous les électeurs qui ne vous ont apporté leur suffrage, les malheureux, que pour faire entrer dans la postérité la désolante expression de « faire barrage ». Une morale politique élémentaire vous commandait, dans ces conditions, de renoncer à une large partie de votre programme, à l’évidence privé de tout endos majoritaire. Vous n’en avez rien fait. On comprend mieux le mauvais cas dans lequel vous vous trouvez : sommet d’un système institutionnel lui-même discrédité de la cave au grenier et incapable d’accommoder toute tension sociale un peu sérieuse, il ne vous reste que la solution du durcissement immédiat en cas de contestation. Ne voulant céder sur rien face à un corps social qui vous demande de renoncer à beaucoup, vous êtes incapable d’une réponse autre que la répression. Moins vous êtes légitime, plus vous n’avez que la solution de cogner ; et plus vous cognez, moins vous êtes légitime. On sait comment tout ça finira : mal. C’est bien pourquoi il est de la dernière nécessité de vous arrêter au plus vite.

Un nervi en costume de banquier

Ici, néanmoins, l’imbécillité formaliste persiste : l’élection a eu lieu, l’élection est régulière, le président est légitime, répètent obstinément les éditocrates qui vous servent de laquais. J’ose espérer que la défense ne s’abaissera pas à ce pathétique argument. En 1940, l’État français avait été institué dans les formes, les pleins pouvoirs votés régulièrement, qui plus est à une majorité tout à fait satisfaisante, par conséquent la discussion devait être close. Eh bien non : les formes de la légalité n’ont jamais suffi à clore une discussion politique. C’est ce que vous semblez redécouvrir aujourd’hui : de ce que l’élection a eu lieu, il ne suit nullement que vous êtes légitime ou, si jamais vous l’avez été, que vous le demeuriez indépendamment de vos actes — la légitimité n’est pas une qualité substantielle qui se transporte, inaltérable, dans le temps. Or vos actes parlent pour vous. Ce sont les actes d’un nervi en costume de banquier.

Je ne vais pas refaire la liste interminable des violences policières et judiciaires inouïes qui se seront commises sous votre règne. Tout le monde les a, ou devrait les avoir en tête, et j’avise la défense de ne pas feindre d’en ignorer. Vous êtes allé tellement loin, M. Macron, que vous avez réussi à rouvrir le débat du fascisme en France. Étonnante performance — une de plus : sous votre présidence, il y a désormais matière à se demander si la France n’en est pas à glisser doucement dans un proto-fascisme. Comme on sait, c’est un débat des plus délicats, qui demande d’éviter les deux écueils symétriques de voir du fascisme partout ou de le voir trop tard, la seule chose certaine étant que ceux qui trouvent la question même sans objet n’ont à l’évidence rien vu des images d’une police totalement en rupture de république, pour ne pas dire devenue complètement folle. Et je ne parle pas ici seulement des blessures de guerre, des mains arrachées ou des yeux crevés, mais de cette prolifération de violences gratuites et arbitraires, au moins aussi inquiétantes, car elles disent l’affranchissement d’un État dans l’État, ceci avec votre bénédiction, en fait même, nous le savons, avec vos encouragements — on ne nomme pas innocemment à la préfecture de police un préfet que même ses collègues décrivent comme un « fou furieux [4] ».

Eh bien non : les formes de la légalité n’ont jamais suffi à clore une discussion politique.

Ceux qui tiennent le débat sur le fascisme présent pour sans objet n’ont donc vu aucune de ces images, et ils n’ont pas entendu non plus vos stupéfiants propos, livrés lors de votre interview en comité restreint à l’Élysée fin janvier — il est vrai qu’on leur a donné fort peu d’échos, quelle surprise. Il se trouve que Jean-Dominique Merchet, journaliste à L’Opinion, pas exactement une feuille bolchevique, n’a pas pu s’empêcher de casser le morceau — en réalité il est le seul à les avoir rapportés. À l’évidence, quand il en a eu connaissance, il en est resté comme deux ronds de flan — le fait est qu’il y a de quoi :

Jean-Dominique Merchet à propos d'Emmanuel Macron dans « C dans l'air » (2 février 2019)
par Le Monde diplomatique

Tout juste, Jean-Do : « c’est des choses qu’on n’entend pas traditionnellement », « ça vient d’un autre univers politique » — mais lequel donc ? Le demi-débile qui ce jour-là anime l’émission C dans l’air risque la puissante hypothèse du monarque jupitérien. Alors non, Dugenou, l’« âme des peuples » et les « forces organiques », c’est la bouillasse d’un fasciste des années 1930. Voilà donc, M. Macron, ce qu’on vous trouve en fond de soupière. Le malheur aura voulu que votre psychisme d’enfant de 8 ans tombe un jour sur un livre d’histoire, probablement sous la forme d’un album à colorier, comme en témoigne que vous ayez donné de si hautes responsabilités à Stéphane Bern et que vous ayez fait de Lorànt Deutsch votre « Monsieur Histoire ». De toutes ces infortunées rencontres — celle de l’album et des crayons de couleur, celle des deux pitres — il aura résulté dans votre esprit la formation d’idées aussi stupides qu’inquiétantes, où se mélangent dans un parfait bric-à-brac les rois de France et les pires figures de l’autorité. Je prierai donc la défense de nous dire ce qu’elle pense de l’âme des peuples, des forces organiques, et de la manière particulière dont son client comprend « liberté » dans le mot « libéralisme ».

Le ministère public pour sa part, s’adressant une dernière fois au prévenu, peut lui dire ceci : nous vous tenons pour un individu dangereux. Vous détruisez les libertés, vous détruisez les droits fondamentaux, vous détruisez le tissu social, vous détruisez la planète, vous détruisez la langue, vous détruisez les corps. Ça commence à faire beaucoup — trop, pensons-nous. Nous considérons que ce qui détruit la société, la société a le droit de le détruire. Le parquet réclame donc votre destruction.

Et comme, pour ce qui nous concerne, nous sommes attachés à ne pas passer les mêmes seuils de désymbolisation que vous, nous ne réclamons que votre destruction politique et symbolique. Si le tribunal suit nos réquisitions, vous serez donc destitué. Vous serez condamné ensuite à voir vos portraits partout décrochés donnés à brouter aux chèvres — si elles en veulent —, puis à passer entre deux haies de « gilets jaunes » qui vous feront des doigts d’honneur — et, eux, n’en seront pas poursuivis.

Enfin, et moyennant la signature d’une convention bilatérale ad hoc, vous serez condamné par bannissement à passer le restant de vos jours au Luxembourg. C’est un paradis fiscal, on y aime la finance sans réserve et, presque entièrement voué à l’argent, c’est un endroit d’une laideur existentielle à mourir. Bref, c’est votre lieu naturel. Le parquet requiert donc que vous y soyez reconduit dans les plus brefs délais.

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    Il le jure la main sur le cœur, il « ne savai(t) pas pour ces destructions d’espèces protégées ». De même, ses avocats nient toute implication de leur client. Le petit personnel (actuels et anciens régisseurs et gardes-chasses) accepte d’endosser tous les faits qui sont reprochés à leur milliardaire de patron, propriétaire du modeste domaine de Fontenaille (650 hectares à la La Ferté-Saint-Aubin) et confirme avoir agi à l’insu de leur patron…

    Mais rien à faire !

    Au tribunal d’Orléans, mardi 8 septembre, à l’issue de deux jours d’audience où Olivier Bouygues comparaissait pour « destruction d’espèces protégées en bande organisée », la procureure de la république Emmanuelle Bochenek-Puren n’a pas cru une seule seconde aux simagrées du milliardaire et a requis, étant donné l’abondance de « preuves matérielles », la peine maximale à son encontre, soit 5 ans de prison avec sursis et 750 000 euros d’amende avec interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

    « Je ne savais pas pour ces destructions d’espèces protégées. C’est dans l’ADN de notre groupe de déléguer, de faire confiance, j’ai fait ça sur nos chantiers, je fais ça sur mon domaine. Cela a été un choc quand j’ai appris ces faits, je leur ai passé un savon et aussitôt exigé que ces pratiques cessent. » (Olivier Bouygues)

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    Un viandard, un obsédé de la chasse, un cinglé du sang chaud des bêtes, du faisan à l’éléphant, de l’ours à l’antilope, du buffle à la perdrix, partout dans le monde, de Chambord au Tibet, des forêts de Pologne au cœur de l’Afrique, il était hanté par une obsession : chasser, chasser, chasser ! Peu importe le protocole et les affaires du monde, d’abord, il fallait tuer. Non pas tuer, d’ailleurs, mais tirer. Il ne laissait pas les gardes achever les bêtes, il voulait tirer sans cesse. Et le lendemain, on trouvait dans les fourrés les bêtes tremblantes, encore dans leur agonie.

  • La lutte des chasses Oui, les milliardaires sont des nuisibles ! Abonnés

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    À l’université d’été de La France insoumise, la députée européenne Manon Aubry a affirmé « que taxer les riches, c’est pas suffisant. Et que si l’on veut être clair dans une société où on va remettre les choses à l’endroit, c’est qu’il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires. Parce que s’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui détient les médias. S’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui massacre la planète. (…) Si on regarde dans le détail, je veux vous convaincre aussi à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles. »

    Très bonne idée ! Interdire les milliardaires, c’est aussi protéger toute la faune chassée et pourchassée par les milliardaires dans leurs chasses de Sologne.

    Le procès qui s’ouvre les 7 et 8 septembre à Orléans contre le milliardaire et homme d’affaires Olivier Bouygues, pour destruction d’espèces animales protégées, en apporte une preuve éclatante.

    La Sologne est depuis longtemps le terrain de jeu des ultrariches. Abattre du gibier est le loisir préféré d’une petite trentaine de milliardaires qui ont ici leurs terres et leurs châteaux : Seydoux, Wertheimer, Bich, Vuitton, Provost, etc.

    Et donc aussi du milliardaire Olivier Bouygues, co-actionnaire du groupe qui détient TF1, Bouygues Telecom, Colas, Bouygues Immobilier, etc.

    Or les 7 et 8 septembre prochain, au tribunal correctionnel d’Orléans, six prévenus devront répondre devant la justice pénale et pas moins de 15 parties civiles, dont la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, du délit de destruction d’espèces protégées en bande organisée.

  • Ségrégation scolaire. Le classement PISA accablant pour la France École en France, le choix de l’inégalité Abonnés

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    Réputée la plus inégalitaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’école en France ne fait que suivre l’augmentation des inégalités de patrimoine et de revenus qui atteignent leur plus haut niveau depuis trente ans. Inégalité sociale, linguistique, économique ou culturelle, la ségrégation scolaire s’installe dès l’école maternelle et persiste ; la pauvreté en France s’élève à 20 % pour les moins de 18 ans alors qu’elle atteint 15 % pour l’ensemble du pays.

  • Toujours au volant de son car scolaire OLIVE fait sa rentrée ! Les états d’âme de la glucksphère Abonnés

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    La question aura largement circulé tout l’été, des cocktails comme-il-faut de la gauche mondaine aux rédactions comme-il-faut de la presse mondaine : Léa Salamé doit-elle se retirer de l’espace médiatique le temps que son candidat de compagnon mène sa campagne électorale ? On a frémi, hésité, on a dansé d’un pied sur l’autre, l’air inspiré entre deux petits fours. Oui mais non, mais enfin si quand même, vous comprenez la déontologie tout ça. Les états d’âme de la gauche mondaine, c’est quand même quelque chose. Ami lecteur, je sais que la question te tourmente autant que moi, c’est-à-dire franchement pas du tout, aussi je propose de prendre un peu de hauteur. Et de formuler autrement cette question bénigne. Par exemple : de quoi le binôme Glucksmann-Salamé est-il le nom ? Question maligne.

    Alors, soyons bien d’accord tout de suite : si vous avez écouté attentivement ma dernière chanson, vous savez que je n’aime pas tirer sur les ambulances et cette chronique ne sera pas dédiée à dire du mal de Raphaël Glucksmann. D’ailleurs on va commencer par en dire du bien. Si. Car là où on reproche souvent aux hommes politiques leur roublardise et leurs effets de manche, reconnaissons au bonhomme une certaine droiture. Chez lui, le fond et la forme sont en phase : la forme est insipide, oui, mais le fond aussi est parfaitement vide. Du coup ça se tient. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Si notre homme est beaucoup moins expressif qu’un calamar, c’est pour la très valable raison qu’il a beaucoup moins de choses à dire qu’un calamar – aucune esbroufe, c’est carré. Transparent. Ça matche, comme disent les joyeux et turbulents petits Tarn-et-garonnais que j’ai l’honneur de conduire tous les jours vers l’instruction publique.

  • Tony Gatlif (10.09.1948 - 02.09.2026), le réalisateur de « Gadjo dilo » et de « Latcho Drom », est mort à Arles à l’âge de 77 ans LATCHO DROM ! BONNE ROUTE ! Accès libre

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    C’est où ton pays quand t’en as plus ? Et quand t’en as jamais eu ? C’est quoi tes rues, tes saisons, tes odeurs, tes amours, ton école, ta boussole ? Tony Gatlif a la réponse : la musique. Voilà le pays qu’il nous fait aimer dans ses films, Latcho Drom, Gadjo dilo et tous les autres, des histoires différentes mais toujours dans la même patrie sans bord, celle des Gitans, Tsiganes, Roms, Manouches et celle de tous ceux qui ont des semelles de vent.

  • La vraie nature des cuistres L’entarteur Noël Godin s’est follement amusé Accès libre

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    Entartons ! Entartons les pompeux cornichons ! Noël Godin, le Belge aussi célèbre que Jean-Claude Van Damme et Plastic Bertrand comme il se présentait lui-même, est mort à Bruxelles ce dimanche 23 août à 80 ans. « L’anarchiste burlesque » qui a fait de la tarte à la crème une arme politique redoutable, bien au-delà de la blague potache, restera dans l’histoire celui qui, selon Pierre Desproges, a révélé « la vraie nature des cuistres ».

  • Bertrand Russell, un libre-penseur contre la propagande officielle Bien redémarrer avec Bertrand Russell ! Abonnés

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    ENDOCTRINER, ÉVANGÉLISER, MANIPULER.

    Les stratégies pour dominer les foules sont connues depuis longtemps.

    On peut aujourd’hui ajouter : INFORMER.

    Certes des contre-feux existent. Là-bas y tient sa place modeste [1]. Mais les forces sont inégales.

    La propagande, nouvelle méthode de gouvernement qui s’empare des armes des publicitaires, ne se contente plus d’interdire les positions dissidentes, elle les étouffe par la pression économique et la distorsion des preuves.

    Elle offre ainsi un avantage indu sur le terrain des idées à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.

    De graves menaces pèsent sur la liberté de penser.

    C’était en 1922 l’avertissement visionnaire du philosophe britannique Bertrand RUSSELL (1872-1970), témoin privilégié de l’essor des techniques modernes de propagande, qui seront cyniquement décrites par Edward Bernays quelques années plus tard dans son PROPAGANDA.

    Une occasion de (re)découvrir le parcours et l’œuvre d’un des intellectuels les plus stimulants pour aujourd’hui.

    Chantal Santerre et Norman Baillargeon présentent le parcours de celui qui disait : « trois passions, simples mais irrésistibles, ont commandé ma vie : le besoin d’aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ».

    Auteur de 70 livres et d’au moins 3 000 articles, académiques ou autres, il conseillait : « ne craignez pas d’être excentrique dans vos opinions, car chaque opinion aujourd’hui acceptée fut un jour excentrique. »

  • Arnaques sentimentales : un reportage de Charlotte Perry. PODCAST RADIO Les arnacœurs Abonnés

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    « C’est une vieille maladie honteuse
    Un sacré manque d’amour qui creuse
    Dans nos villes, dans nos campagnes
    Ça gagne… »

    Alain Souchon a mis les mots dessus, il y a presque 50 ans.

    La solitude colle à l’humanité comme son ombre, pleurer des rivières est notre plus ancien blues.

    Mais tout ça, c’était avant.

    Avant l’informatique et les réseaux qui ont permis de faire de la solitude un énorme business. On parle d’un « capitalisme de la solitude ». L’escroquerie aux sentiments engendre des milliards d’euros. L’université du Texas avance un chiffre de 65 milliards d’euros entre 2020 et 2024. Témoignages, enquêtes, reportages se multiplient. L’Afrique de l’Ouest prend sa revanche, les « brouteurs » capables de vous tondre jusqu’à l’os avec un simple portable chantent le bonheur de « niquer la France/depuis l’étranger ».

    On arnaque par le cœur, par le cul et par le fric.

    Pour pratiquer l’arnaque aux sentiments, vous pouvez trouver des kits de phishing sur Telegram entre 75 et 300 euros. Vous apprendrez à utiliser l’IA, vous apprendrez le « boomer trap », le piège à séniors. Des milliers se font piéger chaque année, parfois jusqu’à la ruine complète.

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! La victoire de Zohran Mamdani, un laboratoire pour la gauche Abonnés

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    Dans ces jours qui n’en finissent pas de déchanter, la victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York le 4 novembre 2025 a été une formidable embellie. Crédité de 1 % un an auparavant, ce pétulant musulman est devenu le premier maire « socialiste » dans la plus grande ville américaine qui compte le plus de milliardaires au monde.

    Une brève éclaircie ou bien le début d’un durable contre-feu ?

    Enseignant à l’université Johns Hopkins, l’historien Tristan Cabello voit dans cette victoire un laboratoire pour la gauche.

    Alors que nos gauches s’entretuent avec application en offrant un boulevard aux réacs les plus déboutonnés, il y a là sans doute pour nous du grain à moudre, surtout à la veille des municipales.

    Gel des loyers, bus gratuits, crèches abordables.

    C’est en répondant aux galères populaires que Mamdani a réussi. Avec bien moins de moyens financiers, il a battu Andrew Cuomo, figure de l’establishment démocrate, le parti qui, en méprisant les préoccupations des modestes, a favorisé l’élection de Trump.

    Accusée bien sûr d’antisémitisme et de soutien du Hamas, toute la jeunesse de la communauté juive de New York a voté pour lui.

    Et surtout Mamdani a laissé tomber les « culture wars », les guerres culturelles, c’est-à-dire les conflits identitaires et moraux qui masquent un agenda économique pro-patronat. Des débats dont notre gauche culturelle se gave depuis longtemps, loin des soucis du populo beauf et mal élevé.

    Un entretien contre la déprime générale avec une surprise à la fin…

Une sélection :

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

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Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».

« Fils de pute », « enculé » Accès libreLire

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À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

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Nous avons réuni tous nos articles sur Gaza depuis le 7 octobre 2023.
76 articles (!) Vidéos et podcasts, beaucoup en accès libre.
Ignorance et ressentiment permettent toutes les manipulations et tous les chantages. Les partisans du génocide n’hésitent pas à instrumentaliser la mémoire juive pour accuser d’antisémitisme la moindre solidarité pour le peuple (…)