Dossier spécial Hiroshima. 80 ans.

Paul Tibbets, le pilote de l’Enola Gay qui a bombardé Hiroshima a-t-il eu des regrets ?

Le

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Paul Warfield Tibbets était le pilote de l’Enola Gay, celui qui a lâché la bombe sur Hiroshima le 6 août 1945, tuant 140 000 civils. Studs Terkel l’a rencontré en 2002. Une rencontre historique entre l’un des plus fameux journaliste de radio américain et celui qui ne regrette rien et n’hésiterait pas a recommencer. Un entretien publié par The Guardian [1]

Studs Terkel — Nous voici tous deux assis chez Paul Tibbets à Columbus, dans l’Ohio. C’est ici que ce général à la retraite âgé de 89 ans vit depuis plusieurs années.

Paul Tibbets — Eh, je ne peux pas vous laisser dire une telle chose. Je n’ai que 87 ans, et pas 89.

D’accord. J’en ai moi-même 90, et suis donc votre aîné de trois ans. Nous venons de partager un excellent repas, vous, moi et votre compagne. J’ai remarqué que, tandis que nous étions assis au restaurant, les gens passaient et n’avaient aucune idée de qui vous étiez. Vous avez pourtant autrefois piloté un avion, l’Enola Gay, qui, dans la matinée du dimanche 6 août 1945, a largué une bombe sur la ville de Hiroshima, au Japon. Il s’agissait d’une bombe atomique, la toute première du genre. Cet événement a changé le monde, et c’était vous qui étiez aux commandes de cet avion.

Oui, tout à fait.

Le nom de l’avion faisait référence à…

À ma mère. Elle s’appelait Enola Gay Haggard avant de se marier avec mon père. Lui n’a jamais voulu que je devienne pilote, il détestait les avions et les motos. Lorsque je leur ai dit que j’allais quitter l’école et m’engager dans l’armée de l’air pour piloter des avions, il m’a dit : « j’ai financé tes études, tes voitures, tes sorties avec les filles mais, à partir de maintenant, ne compte plus sur mon soutien. Si tu tiens tant que ça à te tuer, vas-y, ça m’est égal. » Ma mère a alors ajouté calmement : « Paul, si c’est ce que tu veux, alors c’est le bon choix. »

Où cela se passait-il ?

Eh bien, c’était à Miami, en Floride. Mon père avait bossé dans l’immobilier dans ce coin pendant des années, mais il était à la retraite a ce moment-là. J’allais à l’école à Gainesville, mais comme l’État de la Floride n’avait pas d’école de médecine, il fallait que je déménage dans l’Ohio.

Vous pensiez devenir médecin ?

Pas moi, mais c’était ce que mon père voulait. Je me contentais de ne pas le contredire. C’était la voie dans laquelle j’étais engagé, et puis une année avant que cette discussion n’ait lieu, j’avais eu l’occasion de piloter un avion par moi-même. J’ai tout de suite su que c’était là ce que je voulais faire.

En 1944, vous voilà devenu un pilote d’essai affecté au développement du B-29. Quand avez-vous appris que vous étiez réaffecté dans un programme moins conventionnel ?

Un jour [2], j’effectue un vol d’essai sur un B-29, et un homme vient me cueillir à mon atterrissage. Il me dit qu’il vient de recevoir un coup de fil de Colorado Springs, et que le général Uzal Ent [3] veut me voir dans son bureau dès le lendemain matin 9 heures. Il ajoute que je dois prendre mon paquetage complet et que je ne reviendrai pas sur la base. Je ne savais pas de quoi il retournait, mais cela ne m’a pas tracassé. Il s’agissait juste là d’une nouvelle affectation.

Le lendemain matin, je me présentais parfaitement à l’heure au rendez-vous de Colorado Springs. Un dénommé Lansdale m’accueillit et me conduisit au bureau du général Ent, puis referma la porte derrière moi. Le général était accompagné d’un officier de l’US Navy en tenue réglementaire – il s’agissait de William Parsons qui fera partie de mon équipage lors du vol pour Hiroshima –, et de Norman Ramsey, un professeur en physique nucléaire de l’université de Columbia. Ce dernier se mit à m’expliquer l’existence du projet Manhattan, dont l’objectif était de développer une bombe atomique. Il continua en me disant qu’ils en étaient rendus à un point où ils avaient besoin de travailler avec des avions pour aller de l’avant.

Il me fit une explication détaillée qui dura environ 45-50 minutes, puis quitta le bureau. Le général Ent me dévisagea alors et me déclara : « il y a quelques jours de ça, le général Arnold [4] m’a proposé trois noms. » Les deux autres officiers avaient le grade de colonel, tandis que je n’étais que lieutenant-colonel. Il m’expliqua que, lorsque le général Arnold lui avait demandé qui pourrait convenir pour cette mission, il lui avait donné mon nom sans la moindre hésitation. Je le remerciai, il entreprit alors de m’expliquer la tâche qui m’attendait : constituer une équipe et l’entraîner à lancer des armes atomiques en Europe et dans le Pacifique.

C’est intéressant de savoir que l’Europe constituait aussi une cible à leurs yeux. Ce n’est pas une information connue du grand public.

Ma mission était on ne peut plus claire : je devais larguer simultanément une bombe sur l’Europe et une autre dans le Pacifique, il était impossible de faire autrement si nous voulions conserver l’effet de surprise. Le général Ent m’a alors déclaré :

« Il y a un escadron qui s’entraîne sur le B-29 dans le Nebraska. Leurs résultats dépassent très largement ceux de toutes nos autres unités. Je veux que vous alliez leur rendre visite, que vous les évaluiez, que vous discutiez avec eux ou quoi que ce soit d’autre que vous jugerez nécessaire. S’ils ne vous conviennent pas, nous vous en dégoterons d’autres. »

Il continua :

« Il n’y aura personne pour vous dire quoi faire, pour la simple et bonne raison que personne n’en aura la moindre idée. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez-moi. »

Je le remerciai à nouveau. Il conclut en me disant :

« Paul, ne prenez pas cette responsabilité à la légère. Si vous remplissez avec succès votre mission, vous deviendrez un héros mais, dans le cas contraire, vous pourriez finir derrière les barreaux. »

Connaissiez-vous la puissance d’une bombe atomique ? Vous avait-on parlé de cela ?

Non, à ce moment-là, j’ignorais tout de ce genre de détails. Mais je savais mettre une équipe sur pied. Le général Ent m’avait dit de faire le tour des bases militaires et de lui dire celle que je souhaitais utiliser. J’avais la ferme intention de retourner à Grand Island, dans le Nebraska, car c’était là que ma femme et mes deux enfants se trouvaient. Mais je me suis dit que j’allais quand même d’abord me rendre à Wendover [5] et voir de quoi il retournait. Aussitôt sur place, j’ai pu constater qu’il s’agissait d’un endroit magnifique. C’était là que les pilotes recevaient la fin de leur entraînement. Les types que j’avais en face de moi appartenaient à des unités qui volaient sur des chasseurs P-47. L’officier qui commandait la base me dit :

« On nous a demandé d’arrêter les entraînements. Je n’ai aucune idée de ce que vous comptez faire… mais, si cela a un rapport avec cette base, je peux vous dire que vous ne trouverez pas mieux. Nos ateliers regorgent de pièces détachées, tout le monde est compétent et connaît son métier. C’est un bon endroit. »

C’est le moment où vous choisissez les membres de votre équipage…

En fait, je les avais déjà choisis dans ma tête. Je savais sans la moindre hésitation qu’il y aurait Tom Ferebee (bombardier), Théodore « Dutch » Van Kirk (navigateur) et Wyatt Duzenbury (mécanicien de vol).

C’était des gars avec qui vous aviez déjà volé en Europe ?

Oui.

L’équipage du B-29 Enola Gay : le colonel Paul W. Tibbets est au centre (photo : U.S. Air Force)

Vous voilà à présent dans la phase d’entraînement. Vous êtes en communication avec des physiciens comme Robert Oppenheimer [6].

Je crois m’être rendu à trois reprises à Los Alamos [7] et y avoir vu travailler le Dr Oppenheimer à chaque fois. Avec le recul, en y réfléchissant, c’était un brillant jeune homme. Il fumait comme un pompier et buvait des cocktails. Et il détestait les gros. Le général Leslie Groves [8] était quant à lui gros, et il détestait les fumeurs et les buveurs. C’était un vieux couple très étrange.

Ils ne s’entendaient pas ?

Non, mais ils ne le montraient pas. Ils étaient consciencieux.

Est-ce qu’Oppenheimer vous parle du pouvoir destructeur de la bombe ?

Non.

Comment en avez-vous entendu parler, alors ?

Par le biais du Dr Ramsey. La seule chose qu’il avait accepté de me dire, c’était que la bombe allait exploser avec une puissance équivalant à 20 000 tonnes de TNT. Je n’avais jamais vu ce que l’explosion de 500 g de TNT pouvait produire, et ne connaissais personne qui ait jamais assisté à l’explosion de ne serait-ce que 50 kg d’explosif. Je me disais que cela allait faire un sacré barouf.

20 000 tonnes – combien faudrait-il de bombardiers chargés de bombes pour arriver à une telle quantité ?

Eh bien, je crois que les deux bombes que nous avons larguées [9] représentaient une puissance supérieure à toutes celles que nous avons utilisées au cours de la guerre sur le front européen.

Ramsey vous avait donc renseigné sur ce qui pouvait se passer ?

Même si à ce moment-là les choses n’en étaient qu’à un stade purement théorique, tout ce dont ces gars m’ont parlé s’est révélé correct. Je me sentais prêt à aller au combat, mais j’avais besoin de demander à Oppenheimer comment me dégager après avoir largué la bombe. Je lui avais expliqué que lors des missions de bombardement en Europe et en Afrique du Nord, nous poursuivions notre route au même cap après avoir lâché les bombes, ce qui correspondait également à la trajectoire des projectiles. Je lui demandai si cette procédure pouvait s’appliquer dans ce cas. Il me répondit que non, que je me trouverais alors juste au-dessus de l’explosion et que j’allais être rayé de la carte. Selon lui, il fallait que je manœuvre afin de prendre une tangente par rapport à l’onde de choc. Je lui dis :

« D’accord, j’ai des bases en trigonométrie et en physique, mais quel devrait être l’angle de la tangente dans ce cas précis ? »

Il me répondit que, pour m’éloigner au plus vite de la zone d’impact de la bombe, il fallait que je vire rapidement à 159°, quel que soit le cap.

De combien de temps disposiez-vous pour effectuer cette manœuvre ?

J’avais largué suffisamment de bombes d’entraînement pour savoir que l’explosion se produirait à environ 500 mètres du sol. J’avais donc entre 40 et 42 secondes pour virer à 159°. Je retournai au plus vite à Wendover et me mis aux commandes de mon avion. Je m’entraînai à effectuer ce virement de cap à 8 000 mètres d’altitude, de plus en plus serré, jusqu’à ce que je réussisse la manœuvre en 40 secondes. La queue de l’avion tremblait dangereusement, et je craignais qu’elle ne se brise, mais je n’abandonnai pas pour autant. Je m’étais fixé un objectif. Je me suis entraîné sans relâche jusqu’à ce que je puisse le faire de façon automatique systématiquement entre 40 et 42 secondes. Donc, lorsque le grand jour est enfin arrivé…

Vous avez reçu l’ordre de mission le 5 août.

Oui. Nous étions à Tinian [10] au moment où nous avons reçu la confirmation. Un Norvégien avait été dépêché à la station météorologique de l’île de Guam [11], et j’avais reçu une copie de son rapport. Sur la base de ses prévisions, nous avions estimé que le jour qui conviendrait le mieux à la navigation au-dessus de Honshu [12] serait le 6 août. Nous accomplîmes les dernièrs préparatifs : chargement de l’avion, distribution des ordres à l’équipage, et tout ce qu’il convenait de vérifier avant de partir en mission au-dessus d’un territoire ennemi.

Le général Groves était en liaison par téléscripteur avec un officier à Washington, D.C. Il restait en permanence auprès de cet appareil, et transmit un message codé informant les officiels que les avions se tenaient prêts à décoller à partir du 6 à minuit. Et c’est comme ça que les choses se sont déroulées. Nous étions opérationnels depuis environ quatre heures, l’après-midi du 5, et nous reçûmes l’autorisation du président. On nous communiqua l’heure pour le largage de la bombe mais, comme il s’agissait du fuseau horaire de Tinian, qui avait une heure de plus que celui du Japon, je demandai à Dutch de s’occuper de calculer l’heure à laquelle il nous fallait décoller pour être sur notre cible à neuf heures.

Le dimanche matin, donc.

Eh bien, nous étions sur la piste à 2 heures 15 minutes précises. Nous avons décollé, rejoint notre escorte au point de rendez-vous et volé jusqu’à l’endroit que nous appelions le point de départ, et qui correspondait à un emplacement géographique qu’on ne pouvait pas louper : des rivières, un pont et une grosse chapelle. Impossible de se tromper.

Il fallait donc que le navigateur sache ce qu’il faisait pour lâcher la bombe.

L’avion était équipé d’un système de visée relié au pilote automatique, grâce auquel le bombardier pouvait entrer les informations relatives au point de largage du projectile. Nous avions dès le début imaginé la possibilité que la porte de la soute ne s’ouvre pas et nous avions prévu un système d’ouverture manuelle dans chacun des avions, il se trouvait au poste du bombardier et c’est lui qui pouvait l’actionner. Les avions qui volaient derrière nous et avaient pour mission de larguer des équipements de mesure devaient être prévenus du moment où nous allions larguer la bombe. Les ordres que nous avions reçus étaient de ne pas rompre le silence radio mais, bon Dieu, il n’y avait pas d’autre solution. Nous avions donc convenu que je réciterais un compte à rebours pour la dernière minute. Cela leur laisserait le temps de larguer leur équipement, et leur position leur indiquerait clairement la nature de la tâche qu’ils devaient accomplir. Tout s’est exactement passé comme prévu. C’était parfait.

Une fois les avions en formation, je me suis glissé hors du poste de pilotage et ai rejoint l’équipage. Je leur ai demandé s’ils avaient idée de la nature de notre mission. Ils me répondirent qu’il s’agissait d’un bombardement. J’acquiesçai, mais je leur précisai qu’il s’agissait d’une mission un peu spéciale. Bob Caron, mon mitrailleur de queue, était du genre à réfléchir vite, et il me demanda :

« Mon colonel, est-ce qu’il ne serait pas question de faire un peu mumuse avec les atomes aujourd’hui ? »

Ce que je lui confirmai. Je retournai à l’avant et mis le reste de l’équipage également au courant. « Ok, c’est une bombe atomique que nous allons larguer. » Il m’écoutèrent, mais ne semblèrent pas plus surpris que ça. Ces types n’étaient pas des idiots. On manipulait des choses avec une des formes les plus particulières que nous ayons jamais vues.

Nous descendons donc. Je finis de réciter le compte à rebours, et à peine ai-je prononcé le « un » que l’avion, soulagé de 4 500 kg, fait une brusque embardée. J’amorce ce fameux virement de cap, le plus serré possible afin de conserver mon altitude et ma vitesse. Lorsque je redresse l’avion, je découvre que le ciel a entièrement pris des teintes bleues et roses. Je n’avais jamais vu d’aussi jolies couleurs de ma vie. C’était merveilleux.

Je dis souvent aux gens que c’est comme si j’avais ressenti le goût de l’explosion, et ils me demandent ce que je veux dire par là. Quand j’étais gosse, lorsqu’on avait une carie, le dentiste rebouchait le trou avec une sorte de mixture qu’il faisait pénétrer avec un marteau. J’avais découvert que si je mangeais une cuillerée de crème glacée et que si je touchais une de ces dents abîmées, je pouvais ressentir ce frisson électrique ainsi que le goût du plombage. Et je savais tout de suite ce que c’était.

Nous prenons tous le chemin de la base. On nous avait donné l’ordre de ne pas utiliser les radios, et de nous contenter de faire demi-tour et mettre les voiles au plus vite. Je décide de rentrer en passant par la mer du Japon parce que je sais qu’ils ne pourront pas nous y trouver. Le vol de retour effectué, nous sommes à la base.

L’Enola Gay atterrit à Tinian (dans les îles Mariannes) après sa mission à Hiroshima (photo : U.S. Air Force )

Tom Ferebee doit remplir un rapport sur le largage de la bombe, et Dutch, notre navigateur, un compte rendu détaillé du vol. Tom demande :

« Dutch, à quelle heure était-on sur l’objectif ? »

Dutch répond :

« 9 heures ,15 minutes et 15 secondes. »

Ferebee conclut :

« 15 secondes de retard, quel boulot d’amateur ! »

Avez-vous entendu l’explosion ?

Oh oui. L’onde de choc nous suivait après notre virement de cap. Le mitrailleur de queue nous alerta que nous allions être rattrapés, et, l’instant d’après, l’impact nous secouait le cul. J’avais fait installer des accéléromètres dans chacun des appareils afin d’enregistrer la magnitude de l’explosion. Le choc était d’une puissance de 2,5 G. Le lendemain, lorsque les scientifiques nous mirent au courant de ce qu’ils avaient appris du largage, ils nous expliquèrent que, au moment de l’explosion, nous étions à déjà presque vingt kilomètres du point d’impact.

Vous avez vu le champignon atomique ?

Il existe différents types de champignons atomiques, en fonction des bombes utilisées. À Hiroshima, il n’y a pas eu de champignon. Il s’agissait simplement d’un nuage vertical. Il était très noir, avec de la lumière, des couleurs, du blanc et du gris à l’intérieur. Le sommet ressemblait à un arbre de Noël en pliage.

Aviez-vous la moindre idée de ce qui se passait là-dessous ?

C’était l’enfer ! Je crois que l’un des historiens du projet a parfaitement résumé la situation en déclarant qu’en une microseconde la ville d’Hiroshima avait été rayée de la carte.

Le Palais d’exposition industrielle du département de Hiroshima est le seul bâtiment situé à proximité du point d’impact à avoir résisté (photo : Stanley Troutman)

De retour au pays, vous rencontrez le président Truman.

C’était en 1948. Je rentre au Pentagone et me retrouve dans le bureau du chef d’état-major de l’armée de l’air, Cari Spaatz. Sont également présents le général Doolittle ainsi qu’un colonel du nom de Dave Shillen. Spaatz nous dit :

« Messieurs, le président vient juste de me confier qu’il souhaitait nous voir dans son bureau sur-le-champ. »

En chemin, Doolittle et Spaatz discutaient entre eux. Pour ma part, je n’avais pas grand-chose à dire. À la sortie de notre voiture, on nous a rapidement escortés jusqu’au Bureau ovale. Un Noir qui travaillait pour Truman nous expliqua comment nous présenter. Le général Spaatz se tenait à droite en face du bureau, puis Doolittle, et enfin Shillen. D’un point de vue militaire, cet ordre respectait la hiérarchie : Spaatz était l’officier supérieur, et Dootlittle devait se placer à sa gauche.

L’homme me plaça alors sur la chaise qui était à côté du bureau du président. On nous offrit une tasse de café que nous avions presque terminée lorsque Truman entra dans la pièce. Tout le monde se leva. Il nous demanda de nous rasseoir, un large sourire illuminant son visage, et dit :

« Général Spaatz, je tiens à vous féliciter pour votre nomination au poste de premier commandant de la nouvelle armée de l’air. »

Spaatz le remercia et déclara que c’était un grand honneur pour lui d’assumer cette tâche. Puis le président s’adressa à Doolittle et le complimenta pour la réussite du raid qu’il avait effectué sur le Japon. Ce fut ensuite au tour de Dave Shillen de recevoir ses félicitations, pour avoir été l’un des premiers à saisir l’importance du ravitaillement en vol.

Puis le président me dévisagea sans mot dire pendant une dizaine de secondes. Lorsqu’il se remit à parler, ce fut pour me demander si j’avais une idée de ce pourquoi j’étais là. Je lui répondis :

« Monsieur le président, je crois que j’ai obéi aux ordres. »

Il frappa son bureau de la main et dit :

« C’est exactement ce que vous avez fait, et l’homme qui vous a envoyé au casse-pipe, c’est moi. Si qui que ce soit vous blâme pour ce que vous avez fait, demandez-leur de s’adresser à moi. »

Pour Le Monde, la première bombe atomique est une « révolution scientifique » (7 août 1945)

Est-ce que vous n’avez jamais reçu des critiques ?

Non, ce n’est jamais arrivé.

Avez-vous jamais regretté d’avoir largué cette bombe ?

Regretté ? Non. Écoutez, Studs. Pour commencer, je suis rentré dans l’armée de l’air pour défendre les États-Unis du mieux que je le pouvais. C’est ce en quoi je crois et ce pourquoi je me suis entraîné. Ensuite, j’étais un pilote très expérimenté… Certaines des missions que j’avais effectuées ne demandaient pas vraiment d’implication personnelle, mais lorsqu’il s’agit de mettre sur pied le largage d’une bombe atomique, cela exige d’y avoir réfléchi et d’être en accord avec ce que cela implique.

Au cours du vol jusqu’à notre objectif, je réfléchissais aux erreurs que j’aurais pu avoir commises. Peut-être étais-je trop sûr de moi. J’avais 29 ans, et j’étais plein d’assurance. Je pensais qu’il n’y avait rien que je ne puisse faire. Et bien sûr ça s’appliquait aux avions comme aux hommes. Je n’avais donc pas le moindre état d’âme en ce qui concernait cette mission. Je savais que nous avions fait le bon choix. Lorsque j’ai su ce que nous allions faire, je me suis dit que nous allions tuer beaucoup de gens, oui, mais que, grâce à Dieu, nous allions également en sauver énormément, et que l’invasion ne serait plus nécessaire.

Pourquoi ont-ils largué une seconde bombe sur Nagasaki ?

Ce que personne ne savait à part moi, c’est qu’il y avait une troisième bombe. En fait, les Japonais n’ont pas réagi avant deux ou trois jours au lancement de la première bombe, idem avec la seconde. J’ai alors reçu un coup de fil du général Curtis LeMay [13], et il me demande si j’ai encore un de ces petit joujous sous la main. Je lui réponds que oui. Il me demande où il se trouve. « Dans l’Utah », lui dis-je. « Allez me le chercher, m’ordonne-t-il. Votre équipage et vous allez me le larguer. » J’acquiesce et donne des instructions pour que la bombe soit chargée dans un avion, afin que nous puissions aller la chercher et la ramener à Tinian. Mais la guerre s’est terminée entre-temps.

Quels étaient les plans du général LeMay avec cette troisième bombe ?

Personne ne sait.

Une question importante : depuis le 11 septembre, comment voyez-vous la situation ? Des gens parlent de nucléaire, de la bombe à hydrogène…

Pour dire la vérité, je n’en sais pas plus à propos de ces terroristes que vous. Je ne sais rien. Lorsqu’ils ont bombardé le World Trade Center, je n’arrivais pas y croire. Au cours de notre histoire, nous avons combattu beaucoup d’ennemis. Mais nous savions qui ils étaient et où ils se trouvaient. Avec ces gens-là, nous ne savons rien de tout cela. C’est ce qui m’inquiète. Car ils vont frapper de nouveau, je suis prêt à le parier, et ça va être une belle catastrophe. Ils vont faire ça selon leurs propres règles du jeu. Nous devons pouvoir être en mesure d’éliminer ces salopards. Les traîner devant un tribunal, c’est de la foutaise, je n’y crois pas une seule seconde.

Et à propos de la bombe nucléaire ? Einstein a déclaré que le monde avait changé depuis la découverte de la fission de l’atome…

C’est vrai. Le monde a changé.

Oppenheimer savait que cela serait le cas.

Oppenheimer est mort. Il a accompli quelque chose pour le monde, et les gens ne le comprennent pas. Le monde est pourtant libre grâce à lui.

Une dernière question : lorsque vous entendez tout le monde dire qu’il faudrait lancer une bombe nucléaire sur ces gens, comment réagissez-vous ?

Oh, si j’en avais le pouvoir, je n’hésiterais pas une seconde. Je les rayerais de la carte. Cela coûterait la vie à des innocents, mais nous n’avons jamais mené une guerre, où que ce soit dans le monde, sans que nos ennemis ne s’en prennent eux aussi à des innocents. Si seulement les journaux pouvaient couvrir ce genre d’événements autrement qu’en faisant état du trop grand nombre de civils que nous sacrifions. Ces gens-là sont juste au mauvais endroit, au mauvais moment.

Au fait, j’ai oublié de dire qu’Enola Gay s’appelait initialement numéro 82. Comment votre mère a-t-elle réagi en voyant son nom inscrit dessus ?

Eh bien, je peux seulement vous raconter ce que mon père m’en a dit. Ma mère n’était pas du genre à laisser transparaître ses émotions, qu’il s’agisse de quelque chose de sérieux ou de léger mais, lorsqu’on la faisait rire, son ventre se mettait à trémousser. Mon père m’a raconté que, lorsque le téléphone a sonné chez eux à Miami, ma mère était tout d’abord restée très calme. Et puis, lorsque la nouvelle a été annoncée à la radio, son ventre s’est mis à faire une de ces gigues.

Entretien publié le 6 août 2002 dans The Guardian et traduit de l’anglais par la revue Plus que des mots n°11, été 2014.

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    À l’université d’été de La France insoumise, la députée européenne Manon Aubry a affirmé « que taxer les riches, c’est pas suffisant. Et que si l’on veut être clair dans une société où on va remettre les choses à l’endroit, c’est qu’il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires. Parce que s’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui détient les médias. S’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui massacre la planète. (…) Si on regarde dans le détail, je veux vous convaincre aussi à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles. »

    Très bonne idée ! Interdire les milliardaires, c’est aussi protéger toute la faune chassée et pourchassée par les milliardaires dans leurs chasses de Sologne.

    Le procès qui s’ouvre les 7 et 8 septembre à Orléans contre le milliardaire et homme d’affaires Olivier Bouygues, pour destruction d’espèces animales protégées, en apporte une preuve éclatante.

    La Sologne est depuis longtemps le terrain de jeu des ultrariches. Abattre du gibier est le loisir préféré d’une petite trentaine de milliardaires qui ont ici leurs terres et leurs châteaux : Seydoux, Wertheimer, Bich, Vuitton, Provost, etc.

    Et donc aussi du milliardaire Olivier Bouygues, co-actionnaire du groupe qui détient TF1, Bouygues Telecom, Colas, Bouygues Immobilier, etc.

    Or les 7 et 8 septembre prochain, au tribunal correctionnel d’Orléans, six prévenus devront répondre devant la justice pénale et pas moins de 15 parties civiles, dont la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, du délit de destruction d’espèces protégées en bande organisée.

  • La vraie nature des cuistres L’entarteur Noël Godin s’est follement amusé Accès libre

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    Entartons ! Entartons les pompeux cornichons ! Noël Godin, le Belge aussi célèbre que Jean-Claude Van Damme et Plastic Bertrand comme il se présentait lui-même, est mort à Bruxelles ce dimanche 23 août à 80 ans. « L’anarchiste burlesque » qui a fait de la tarte à la crème une arme politique redoutable, bien au-delà de la blague potache, restera dans l’histoire celui qui, selon Pierre Desproges, a révélé « la vraie nature des cuistres ».

  • Bertrand Russell, un libre-penseur contre la propagande officielle Bien redémarrer avec Bertrand Russell ! Abonnés

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    ENDOCTRINER, ÉVANGÉLISER, MANIPULER.

    Les stratégies pour dominer les foules sont connues depuis longtemps.

    On peut aujourd’hui ajouter : INFORMER.

    Certes des contre-feux existent. Là-bas y tient sa place modeste [1]. Mais les forces sont inégales.

    La propagande, nouvelle méthode de gouvernement qui s’empare des armes des publicitaires, ne se contente plus d’interdire les positions dissidentes, elle les étouffe par la pression économique et la distorsion des preuves.

    Elle offre ainsi un avantage indu sur le terrain des idées à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.

    De graves menaces pèsent sur la liberté de penser.

    C’était en 1922 l’avertissement visionnaire du philosophe britannique Bertrand RUSSELL (1872-1970), témoin privilégié de l’essor des techniques modernes de propagande, qui seront cyniquement décrites par Edward Bernays quelques années plus tard dans son PROPAGANDA.

    Une occasion de (re)découvrir le parcours et l’œuvre d’un des intellectuels les plus stimulants pour aujourd’hui.

    Chantal Santerre et Norman Baillargeon présentent le parcours de celui qui disait : « trois passions, simples mais irrésistibles, ont commandé ma vie : le besoin d’aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ».

    Auteur de 70 livres et d’au moins 3 000 articles, académiques ou autres, il conseillait : « ne craignez pas d’être excentrique dans vos opinions, car chaque opinion aujourd’hui acceptée fut un jour excentrique. »

  • Arnaques sentimentales : un reportage de Charlotte Perry. PODCAST RADIO Les arnacœurs Abonnés

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    « C’est une vieille maladie honteuse
    Un sacré manque d’amour qui creuse
    Dans nos villes, dans nos campagnes
    Ça gagne… »

    Alain Souchon a mis les mots dessus, il y a presque 50 ans.

    La solitude colle à l’humanité comme son ombre, pleurer des rivières est notre plus ancien blues.

    Mais tout ça, c’était avant.

    Avant l’informatique et les réseaux qui ont permis de faire de la solitude un énorme business. On parle d’un « capitalisme de la solitude ». L’escroquerie aux sentiments engendre des milliards d’euros. L’université du Texas avance un chiffre de 65 milliards d’euros entre 2020 et 2024. Témoignages, enquêtes, reportages se multiplient. L’Afrique de l’Ouest prend sa revanche, les « brouteurs » capables de vous tondre jusqu’à l’os avec un simple portable chantent le bonheur de « niquer la France/depuis l’étranger ».

    On arnaque par le cœur, par le cul et par le fric.

    Pour pratiquer l’arnaque aux sentiments, vous pouvez trouver des kits de phishing sur Telegram entre 75 et 300 euros. Vous apprendrez à utiliser l’IA, vous apprendrez le « boomer trap », le piège à séniors. Des milliers se font piéger chaque année, parfois jusqu’à la ruine complète.

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! La victoire de Zohran Mamdani, un laboratoire pour la gauche Abonnés

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    Dans ces jours qui n’en finissent pas de déchanter, la victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York le 4 novembre 2025 a été une formidable embellie. Crédité de 1 % un an auparavant, ce pétulant musulman est devenu le premier maire « socialiste » dans la plus grande ville américaine qui compte le plus de milliardaires au monde.

    Une brève éclaircie ou bien le début d’un durable contre-feu ?

    Enseignant à l’université Johns Hopkins, l’historien Tristan Cabello voit dans cette victoire un laboratoire pour la gauche.

    Alors que nos gauches s’entretuent avec application en offrant un boulevard aux réacs les plus déboutonnés, il y a là sans doute pour nous du grain à moudre, surtout à la veille des municipales.

    Gel des loyers, bus gratuits, crèches abordables.

    C’est en répondant aux galères populaires que Mamdani a réussi. Avec bien moins de moyens financiers, il a battu Andrew Cuomo, figure de l’establishment démocrate, le parti qui, en méprisant les préoccupations des modestes, a favorisé l’élection de Trump.

    Accusée bien sûr d’antisémitisme et de soutien du Hamas, toute la jeunesse de la communauté juive de New York a voté pour lui.

    Et surtout Mamdani a laissé tomber les « culture wars », les guerres culturelles, c’est-à-dire les conflits identitaires et moraux qui masquent un agenda économique pro-patronat. Des débats dont notre gauche culturelle se gave depuis longtemps, loin des soucis du populo beauf et mal élevé.

    Un entretien contre la déprime générale avec une surprise à la fin…

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Johnny Cash : « The Ballad of Ira Hayes » Abonnés

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    Connaissez-vous l’histoire d’Ira Hayes ? Né en 1923 dans la réserve indienne de Gila River, en Arizona, le jeune Ira Hayes s’engagea à 19 ans dans les Marines. Démobilisé après la fin de la Seconde guerre mondiale, Ira Hayes ne parvint jamais à se réinsérer dans la vie civile et mourut d’alcoolisme dix ans plus tard. L’histoire banale d’un soldat atteint de stress post-traumatique comme tant d’autres ? Pas tout à fait banale, puisqu’Ira Hayes est l’un des six soldats que l’on aperçoit lever le drapeau sur Iwo Jima le 23 février 1945, dans la fameuse photographie de Joe Rosenthal. Ce qui lui valut une gloire éphémère et un destin tragique auxquels le grand Johnny Cash consacra une ballade : La Ballade d’Ira Hayes.

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Les Américains sont-ils en train de lâcher Israël ? Accès libre

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    Mais que se passe-il aux États-Unis ? Les New-Yorkais élisent un maire qui qualifie Israël d’État d’« apartheid » et la guerre à Gaza de « génocidaire ». L’influenceuse d’extrême droite Candace Owens invite dans son podcast Norman Finkelstein, l’auteur de L’Industrie de l’Holocauste très critique de l’ « exploitation » par Israël de la souffrance des juifs. L’ancien présentateur star de Fox News, Tucker Carlson, proche de Trump, reçoit pendant plus de deux heures John Mearsheimer, universitaire remarqué pour son ouvrage Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, qui dénonce « l’orientation de la politique étrangère américaine » par des organisations comme l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Pour une nouvelle abolition des privilèges Abonnés

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    Alice de Rochechouart, c’est la grande noblesse, les grandes écoles, les grands moyens et pourtant elle part en guerre contre les privilèges. Ceux d’aujourd’hui, ceux qui n’ont pas été abolis en 1789, ceux qui n’ont fait que prospérer depuis.

    Oui, souvenez-vous, le quatorze juillet, le peuple avait pris la Bastille mais il voulait plus, il voulait l’égalité et d’abord du pain. Alors dans son élan, il a ouvert la chasse au noble. La vraie chasse. Et d’eux-mêmes, comme par enchantement, dans la fameuse nuit du quatre août, les nobles ont dit d’accord, et ils ont aboli leurs privilèges, d’accord, fini le régime féodal.

    Une victoire et même une révolution. Mais les racines étaient profondes, d’autres privilèges sont apparus, des espèces souvent inconnues. On a beau couper et arracher, ça repousse.

    Aujourd’hui, les inégalités sont plus monstrueuses que jamais et le plus monstrueux, c’est tout ce qui réussit à nous faire encaisser les privilèges d’aujourd’hui. En soutenant l’extrême droite dans sa marche vers le pouvoir, les grandes fortunes entendent légitimer et augmenter leurs gentils privilèges.

    Alors ? L’impuissance a gagné, on a renoncé ?

    Pas Alice de Rochechouart. C’est ce qu’elle explique à Marième.

    Tremblez privilégiés, vos jours sont comptés !

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Le front anti-Zucman déchaîné Accès libre

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    Les médias cherchent à augmenter toujours plus leur audience, les élus font tout pour séduire leurs électeurs. Mais il arrive que la majorité des médias et la majorité des élus s’opposent à la majorité des citoyens.

    C’est ce qui vient d’arriver avec la taxe Zucman. Selon toutes les enquêtes, plus de 80 % de l’opinion s’est déclarée favorable à l’instauration d’un impôt plancher de 2 % sur les très hauts patrimoines qui échappent à l’impôt sur le revenu, soit 1 800 personnes disposant de plus de 100 millions d’euros.

    C’est l’idée que défend inlassablement l’économiste Gabriel Zucman depuis des mois. Rien de révolutionnaire, rien d’anticapitaliste, une simple affaire de justice et d’égalité. Pourtant, malgré le consensus populaire, une majorité de droite et d’extrême droite a rejeté ce projet de loi.

    De même, la plupart des médias se sont déchaînés pour défendre ces quelques super-privilégiés comme le bon chien de garde défend son maître.

    Et alors ? Le peuple a pris la rue en réclamant l’abolition des privilèges ? En promenant quelques têtes de milliardaires au bout d’une pique ?

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Jeanne Mermet : « Désertons » ! Abonnés

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    Déserter « comme acte politique, philosophique, poétique pratique » !

    Elle s’appelle Jeanne Mermet mais aucun lien de parenté, c’est une simple homonymie.

    Elle est diplômée de l’École polytechnique, la plus prestigieuse de la République. Elle est de ce que Pierre Bourdieu appelle la « noblesse d’État ». Et pourtant elle déserte, elle refuse d’exercer ce métier d’ingénieure. Je refuse de nuire, dit-elle.

    On se souvient des étonnantes déclarations des jeunes ingénieurs d’AGROPARISTECH en 2023 qui, diplôme en poche, ont refusé de collaborer à ce « système ». La vidéo a fait des millions de vues (voir notre MERCREDITO du 10 février 2023).

    Et depuis ? Que devient ce mouvement ? Ce BIG QUIT ?

    Simple poussée de fièvre avant de retourner du côté du manche après un peu de tourisme révolutionnaire ? Caprice de privilégié qui se la joue sauveur du monde en prenant la Bastille sur son compte Instagram ?

    Ou bien tout autre chose.

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! Thomas Porcher : « Pourquoi la dette n’est pas un problème » Abonnés

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    Les riches ont-ils mérité leur richesse ? La taxe « Zucman » est-elle confiscatoire ? Taxer les riches aura-t-il pour effet de les faire fuir à l’étranger ? Faut-il avoir peur de la dette ?

    Voilà autant d’idées reçues en économie sur lesquelles nous avons tous plus ou moins une opinion, mais à propos desquelles on a souvent du mal à argumenter le soir du réveillon lorsqu’on se retrouve à dîner face à son beau-frère de droite.

    Après ses agapes de fin d’année, Laurence De Cock s’est donc dit qu’il fallait un professeur d’économie un tout petit peu pédagogue pour nous expliquer tout cela clairement et nous donner des billes pour la prochaine réunion de famille.

    Voilà ainsi révélées les vraies raisons de la présence de Thomas Porcher dans cette émission. Car s’il y a bien un professeur qui prend son métier à cœur, c’est lui. Professeur d’économie à la Paris School of Business, il est surtout connu pour ses nombreuses interventions médiatiques en tant qu’« économiste de gauche » et pour être la seule personne autorisée à contredire Dominique Seux chaque vendredi matin sur France Inter.

    Il a aussi publié une bande dessinée avec Ludivine Stock et Raphaël Ruffier-Fossoul, L’économie pour les 99 %, pour essayer de combattre les idées reçues en économie. Et combattre les idées reçues en économie, c’est ce qu’il est venu faire au micro de Laurence De Cock dans ce nouvel épisode de « Si j’aurais su ».

Une sélection :

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

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Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».

« Fils de pute », « enculé » Accès libreLire

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À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

Nouvelle rubrique TOUS NOS ARTICLES SUR GAZA ! Accès libreLire

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Nous avons réuni tous nos articles sur Gaza depuis le 7 octobre 2023.
76 articles (!) Vidéos et podcasts, beaucoup en accès libre.
Ignorance et ressentiment permettent toutes les manipulations et tous les chantages. Les partisans du génocide n’hésitent pas à instrumentaliser la mémoire juive pour accuser d’antisémitisme la moindre solidarité pour le peuple (…)