Contre l’extrême droite et ses idiots utiles, un article de Dominique Vidal

No pasarán !

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Djihad contre les djihadistes

Nous sommes en guerre, il faut frapper, hurle Monsieur Valls. « Il faut un Guantanamo à la française », demande Monsieur Ciotti [1]. Les crimes de Conflans-Sainte-Honorine et de Nice ont déclenché un concours de vengeance haineuse, d’extrême droite, de droite, de partout, en continu. Experts toutologues et polémistes les plus réacs et les plus revanchards se sont dépassés, rejoints par plusieurs ministres en tenue de combat. Amalgame, stigmatisation, désignation de personnes à abattre, provocations pousse-au-crime. Des propos qui tombent sous le coup de l’incitation à la violence, incitation à la haine et à la haine raciale mais qui restent impunis au nom de la liberté d’expression. En somme, un véritable djihad contre les djihadistes. Salafisme contre salafisme, et aboutissement de la vague des problématiques identitaires qui ont pris la place des questions sociales depuis quelques années, pour le plus grand soulagement des maîtres. Ils savent bien comment la question sociale est désamorcée lorsqu’elle est formulée en termes ethnico-culturels. La loi sur « les » séparatismes est prévue pour détourner la lutte sociale. Inégalités, chômage, précarisation, la grande colère sociale qui résulte de quarante années de néolibéralisme ne trouve plus de débouché politique du côté d’une gauche trop embourgeoisée et trop éparpillée. Celles et ceux qui partagent cette colère, méprisés et réprimés lorsqu’ils portaient des gilets jaunes, pourraient glisser vers ce djihad contre le djihad et venir grossir les rangs d’une droite xénophobe qui partout marque des points.

D’où cet empressement à exploiter le choc émotionnel de tout un pays, avec le chacal pour modèle.

Daniel Mermet

Clarinada, Argentine, juin 1937

CONTRE L’EXTRÊME DROITE ET SES IDIOTS UTILES

No pasarán !

Si je reprends l’inoubliable cri des Républicains espagnols, c’est que l’irrespirable climat politique actuel me fait penser aux années qui précédèrent la Seconde guerre mondiale.

La France de 2020 n’est évidemment pas l’Allemagne de 1933. Mais les mêmes forces, qui œuvrèrent là-bas à la victoire du nazisme et chez nous à la collaboration avec lui, hurlent à nouveau leur haine, dans un contexte nationaliste mondial très inquiétant. L’« islamo-gauchisme » a remplacé dans leur bouche le « judéo-bolchevisme ». Au nom de la défense de la liberté d’expression, elles veulent en réalité étouffer notre liberté d’expression.

Je ne suis pas un fan d’Éric Dupond-Moretti, mais il a d’emblée répondu à Léa Salamé (en fait, je crois, à Gérald Darmanin) : « l’exploitation de cette émotion à des fins politiciennes me dégoûte. [2] » C’est tout l’objet de ce cri du cœur.

Oui, il faut combattre les tueurs islamistes. Oui, il faut défendre la loi de 1905 – toute la loi mais rien que la loi. Oui, la laïcité est le seul régime qui puisse nous permettre de vivre ensemble dans notre diversité sociale, politique, idéologique et religieuse. Mais faut-il débattre encore de l’utilité d’une réécriture des Livres saints – au pluriel, car l’Ancien Testament contient au moins autant d’appels au génocide que les sourates guerrières du Coran ? Nul besoin cependant d’être grand clerc pour savoir que cette perspective n’a guère de chance de se réaliser avant des décennies, sinon des siècles. Combien de temps a-t-il fallu à l’Église catholique, avec ses papes et ses conciles, pour renoncer à accuser les juifs d’avoir tué le Christ (sans cependant modifier la Bible) ? Imagine-t-on l’islam, dépourvu de hiérarchie, réécrire demain le Coran ? Quant au blasphème, toute personne informée sait qu’il n’est ni prôné ni interdit, notion religieuse qui ne figure – évidemment – dans aucune loi d’un État laïque comme le nôtre.

Franchement, la priorité n’est pas là. Charognarde, l’extrême droite s’empare du cadavre de l’enseignant assassiné pour appeler à une épuration à l’envers. Irresponsables, des ministres lui emboîtent le pas [3]. Les idiots utiles de l’Hiver républicain de Gilles Clavreul suivent le mouvement : pour mieux servir les ambitions frustrées de l’ex-futur maire de Barcelone ? Et, hélas, nombre de « Je suis Charlie », indiscutablement sincères, entérinent bon gré mal gré l’amalgame entre islamisme et islam, au risque de repousser les plus fragiles des musulmans, déjà souvent humiliés et discriminés, dans les bras des fondamentalistes. Et pourtant, contre ces derniers, il faut de toute évidence unir, et non diviser.

L’ex-président de France-Israël, Gilles-William Goldnadel, vient d’appeler à « venger Samuel Paty » [4]. J’ose espérer que sa langue a fourché. Car des esprits enfiévrés par toute cette propagande pourraient passer des paroles aux actes et s’en prendre à des musulmans, assimilés du fait de leur foi aux tueurs qui s’en réclament, voire à leurs soi-disant « complices ». Le 24 octobre, une courageuse main anonyme a tagué « collabo » sur le siège du parti communiste français (PCF), place du Colonel-Fabien – quel paradoxe, un descendant spirituel des véritables collabos accusant de cette infamie les héritiers du principal parti de la Résistance française !

Gare aux gestes symboliques : ils annoncent souvent le passage des paroles aux actes. Déjà, des traqueurs d’islamistes et d’« islamo-gauchistes » frappent dans l’indifférence générale. Le 20 octobre, les vitres d’une mosquée de Bordeaux brisées, et ses murs ornés d’un « Mahomet = lâche » et d’un « enlève ton voile » (sic). À Béziers, le lendemain, un appel sur Facebook à « cramer la mosquée » – signalé vainement à Pharos. Le surlendemain, à Angers, deux Jordaniens, un frère et sa sœur, agressés parce qu’ils discutaient… en arabe. Le 25, une femme voilée poignardée sous la tour Eiffel, acte qualifié par le parquet de « raciste », contrairement au « fait divers » présenté par les médias – on imagine la réaction des mêmes si la victime était juive ou chrétienne. Faut-il rappeler que, tout au long de l’année, des policiers avaient donné de tristes exemples de brutalités souvent racistes, dont Un pays qui se tient sage, l’incroyable film de David Dufresne, donne une vision saisissante qui se passe de commentaires ?

Et je ne reviens pas ici sur les discriminations que subissent, en France notamment, les enfants de l’immigration – et dont le Défenseur des droits, alors le courageux Jacques Toubon, dénonçait en juin dernier la « dimension systémique ». Celle-ci menace, ajoutait-il, les « droits fondamentaux » de « millions » de personnes ainsi que la « cohésion sociale » [5].

Sont-ils conscients du danger ? Certains n’hésitent pas à accuser nommément de complicité avec le terrorisme des responsables politiques :

 Gérald Darmanin semble champion toutes catégories dans cet exercice. Ce ministre d’État, qui revendique dans l’enquête pour viol qui le vise une présomption d’innocence qu’il refuse au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), a répondu à Alexis Corbière à l’Assemblée nationale : « je ne m’explique pas qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’“opium du peuple” en soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui a détruit (?) la République. [6]. »

 Jean-Michel Blanquer, lui aussi, dans le Journal du dimanche, désigne à l’opprobre publique Jean-Luc Mélenchon – Marine Le Pen l’avait fait avant lui – ainsi que… Edwy Plenel. Sa vindicte englobe les universités et plus généralement les sciences sociales « gangrenées » par une « vision du monde qui converge avec les intérêts islamistes » [7].

 ô surprise, l’ineffable Manuel Valls participe également à la curée contre le leader des Insoumis : « il a été d’une très grande complicité, il a une très grande responsabilité dans tout ce qui s’est passé, dans tout le rapport de la gauche avec la lutte contre l’islamisme. » Conclusion : Mélenchon n’est plus « dans le camp des républicains » [8].

 même l’ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve fustige (sans précision il est vrai) « un islamo-gauchisme qui regarde avec les yeux de Chimène certaines organisations communautaristes qui ont en elles une défiance, pour une pas dire une forme de haine, de la République » [9].

 Valeurs actuelles, il y a un an, présentait à sa « une » un « panel » plus large d’« islamo-collabos » [10].

 à L’Express, Élisabeth Badinter assure : « cela ne peut plus se régler dans le pacifisme, car c’est allé trop loin. C’est une guerre que nous devons mener ». Et de dénoncer : « à nouveau, une partie de la population se dira que, peut-être, on exagère la menace. Nos adversaires vont jouer là-dessus, avec la complicité de leurs alliés à gauche, que ce soit une bonne partie des Insoumis, comme dans les universités où des clusters vont développer cette argumentation victimaire. [11] »

 une autre Élisabeth (Lévy), avec un prodigieux sens de la prémonition, avait tout prévu voici quatre ans : « certains, comme les indigènes de la République et tous ceux qui rejouent sans arrêt la guerre d’Algérie, ne sont pas des idiots utiles de l’islamisme mais des complices assumés. En revanche, il y a effectivement, à l’extrême gauche du paysage médiatique, un parti de l’Islam qui fait le jeu, sous couvert de libertés, de l’islam le plus archaïque. Plenel ou Lancelin se sentiront toujours plus proches d’un Tariq Ramadan ou peut-être pire que d’Alain Finkielkraut. [12] »

 le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) ne pouvait rester à l’écart : le réalisateur Yves Azéroual (dont le film accusateur a été déprogrammé… à Neuilly-sur-Seine) en est certain, « l’islamo-gauchisme est avant tout une idéologie qui passe par une alliance objective entre la gauche radicale et l’islam politique ». Et de se demander « pourquoi cette gauche prétendument anticléricale a-t-elle conclu cette alliance avec l’islamisme [13] ? »

 dans la même veine mais à la manière de Je suis partout, Dreuz.info rebaptisait le chroniqueur quotidien de France inter « Claude Mohammed Askolovitch », formule reprise par plusieurs sites ultra-sionistes [14].

 Philippe Karsenty, sur celui de Causeur, fait porter à Charles Enderlin la responsabilité de l’assassinat de Samuel Paty – basse vengeance du débouté de l’affaire Al-Doura [15].

 last but not least, plus récemment, dans l’émission « 28 minutes » d’Arte, Pascal Bruckner se répand en diatribes antiféministes pour mieux attribuer rétroactivement à Rokhaya Diallo la responsabilité de l’attentat sanglant contre Charlie [16].

 à propos de Charlie, enfin, un « ami » me traite sur Facebook d’« assassin » parce que… je critique des « unes » signées de Riss – à qui, comme à tout caricaturiste, il est arrivé de déraper, sans doute plus souvent qu’à son tour…

Je le répète : la France de 2020 n’est pas l’Allemagne de 1932, a fortiori de 1942. Il faut néanmoins tirer les leçons du passé. Les aïeux des islamophobes les plus hystériques d’aujourd’hui étaient alors des antisémites non moins hystériques. Faites l’expérience réalisée il y a longtemps par Esther Benbassa : remplacez, dans les pires des textes d’incitation à la haine de l’islam, le mot « musulman » par le mot « juif »… Ceux qui s’en prenaient aux « youpins » dans l’entre-deux-guerres se rendaient-ils compte que leurs cibles finiraient à Auschwitz ? Et que leur propagande ignoble aurait ainsi contribué à l’extermination de six millions d’entre elles, avec tant de Tsiganes, de Slaves, de handicapés et d’homosexuels ?

À chacun sa sensibilité, à chacun son histoire. Parmi les déportés de ma famille paternelle, tous sont revenus, excepté mon grand-père Nissim, mort à Dachau en mai 1945, après la libération du camp par l’armée américaine. Mon père, Haïm, est revenu de Birkenau et des Marches de la mort. Ma grand-mère Esther et ses filles Adèle et Germaine de Ravensbrück. Mon oncle Jacques a survécu à Buchenwald et à Dachau. Sauvée par les protestants du Chambon-sur-Lignon, où l’avaient cachée ses parents entrés dans la Résistance, ma mère Jacqueline a été marquée à vie comme tant d’enfants cachés – c’est d’ailleurs pourquoi elle est devenue « porteuse de valises » pendant la guerre d’Algérie. En leur mémoire, je l’écris comme je le pense : un Éric Zemmour, récidiviste multi-condamné, qui continue à déblatérer sur les musulmans dans les émissions de CNews, ne vaut pas mieux qu’un Philippe Henriot honnissant les juifs sur Radio Paris – même si je ne lui souhaite pas la fin du Goebbels vichyssois.

Tant que j’en suis aux confidences, je veux en ajouter une, importante, car elle explique ma sensibilité particulière, à fleur de peau, à toute forme de racisme anti-arabe, même camouflé en islamophobie. Ma maman, je l’ai dit, doit la vie aux magnifiques protestants auvergnats qui l’ont cachée, comme des milliers d’enfants juifs – et jamais personne, jamais, ne les a dénoncés à la Gestapo. Cette dette, elle s’en est acquittée en devenant « porteuse de valises », dans les réseaux Jeanson-Curiel, pour le Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie. Dans notre tout petit appartement, s’empilaient les journaux interdits – Vérité Liberté – et les livres prohibés, de La Question à La Torture dans la République. Des réunions s’y tenaient aussi, avec des dirigeants indépendantistes et leurs « complices », comme Pierre Vidal-Naquet ou Laurent Schwartz – deux de ces « traîtres » qui sauvèrent l’honneur de la France.

Tout cela dépassait l’enfant, puis le pré-adolescent que j’étais. Mais, le dimanche, j’allais souvent chez ma tante, locataire d’un HLM tout neuf face au bidonville de Nanterre : j’y jouais avec les mômes arabes, qui me firent visiter leur « gourbi ». Dans le métro, quand les flics contrôlaient les « basanés », je n’y coupais pas. Durant la nuit du 17 octobre 1961, j’attendis pendant des heures, tremblant, le retour de ma militante de mère : elle revint la tête en sang. Quatre mois plus tard, ma première manif fut l’enterrement des neuf morts du métro Charonne. Le lendemain, dans ma classe de quatrième au lycée Michelet, je pris longuement la parole, avec la complicité de la prof de français et malgré l’obstruction des « minets » OAS.

« Amis Facebook » qui me reprochez une comparaison « indigne » entre deux époques, vous oubliez que la longue tradition arabophobe ancrée dans la colonisation ne fut pas que verbale : des Français ont humilié, torturé, assassiné des millions de musulmans à commencer par les Algériens. Ressaisissez-vous ! Croyez-vous sincèrement qu’on puisse associer la mémoire de Samuel Paty aux diatribes contre les musulmans de France, y compris ces enfants arabes qu’il a, comme tous les autres, tant aimés ? Avez-vous oublié qu’il emmenait ses classes à l’Institut du monde arabe ?

« Venger » Samuel Paty, c’est d’abord combattre les djihadistes et leurs complices. Je témoigne que les associations de solidarité avec la Palestine ont dénoncé publiquement depuis des années le collectif Cheikh Yassine et son chef Abdelhakim Sefrioui, d’ailleurs lié à l’extrême droite comme des photographies l’attestent, sans que les « services » ne sévissent [17]. Il aura fallu qu’il soit impliqué dans le drame de Conflans pour que le Conseil des ministres dissolve son groupuscule. « Venger » Samuel Paty, c’est aussi combattre d’un même mouvement les prêcheurs de haine islamistes et islamophobes. C’est enfin rassembler toutes les forces démocratiques et républicaines contre l’extrême droite et ses alliés/rivaux au sein du gouvernement. En 2022, il faudra s’en souvenir !

No pasarán !

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    35 ans après la fin de Pinochet, l’extrême droite chilienne pourrait l’emporter au deuxième tour de l’élection présidentielle, le 14 décembre prochain.

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    Soutenu par des médias très majoritairement contrôlés par la droite, genre Fox News Bolloré, il n’utilise que deux mots : INSÉCURITÉ/IMMIGRATION. Les deux mots-clés de l’extrême droite qui gagne un peu partout : Argentine, Salvador, Équateur, Bolivie… et bien au-delà.

    Pourtant l’immigration irrégulière est limitée au Chili et la criminalité est une des plus basses d’Amérique latine, mais la propagande a installé un climat de peur qui pousse une partie de l’opinion à souhaiter le retour de la dictature, et c’est plutôt la jeunesse qui revendique l’ordre hérité de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

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    Des bourgeois venus s’encanailler aux prolos à la recherche de distractions qui « font plaisir et ne coûtent rien », en passant par les spectateurs du « boulevard du Crime », les Grands Boulevards ont toujours attiré toutes sortes de Parisiens et surtout de banlieusards. Les mômes des années 1950 rêvaient des Grands Boulevards en écoutant Montand sur la TSF du salon. Devenus grands, ils courent après « deux yeux angéliques » croisés sur les Boulevards. Lesquels en vont vu passer des flâneurs, mais aussi des manifs et des barricades. Olivier Besancenot vous convie aujourd’hui à une balade historico-politique sur les Grands Boulevards.

  • Notre modèle social, un handicap à la sécurité du pays ? Abonnés

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    « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants… ». Tout le monde a remarqué avec effroi le début de la phrase du chef d’état-major des armées Fabien Mandon. Mais personne n’a fait attention à la suite : « de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production de défense ». Personne sauf Gérard Mordillat, qui a bien compris le message du général : si tu veux faire des coupes budgétaires, prépare la guerre !

  • De Jérusalem à Gaza, comprendre le conflit avec l’historien Vincent LEMIRE. PODCAST Oui ou non, GÉNOCIDE ? Oui ou non, POGROM ? Oui ou non, ANTISÉMITISME ? Abonnés

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    Génocide ? Pogrom ? Antisémitisme ? Depuis deux ans, tout tourne autour de ces trois mots. Trois mots qui fâchent entre la poire et le fromage comme dans le confort des plateaux de télévision ou le courageux anonymat des réseaux. Les mots ici, les morts là-bas. Gaza n’est plus à la « une » mais la souffrance continue. Imaginez en France, deux millions de morts sous les bombes dont 400 000 enfants. Six millions de blessés et d’amputés. Le pays détruit à 80 %. C’est l’équivalent de Gaza rapporté à la France.

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Renaud : « Son bleu » Abonnés

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    En ce mois de novembre 1994, François Mitterrand est toujours président de la République, pour quelques mois encore.

    Depuis quatorze ans, le nombre de chômeurs a doublé, bondissant de 1 376 000 en 1980 à 2 605 000 en 1994. La création des « Restos du cœur » en 1985 a rendu visibles et concrètes les conséquences du « tournant de la rigueur » adopté par le gouvernement de Pierre Mauroy en 1983. La ratification du traité de Maastricht en 1992 a entériné la soumission de la politique économique et sociale à des « critères de convergence » budgétaires. La conversion des socialistes au capitalisme néolibéral a précipité la désindustrialisation du pays et la destruction de centaines de milliers d’emplois.

    C’est donc en novembre 1994, à la toute fin des deux septennats de celui qu’il a naguère soutenu, que Renaud publie son onzième album, À la Belle de Mai, sur laquelle figure cette chanson, Son bleu. L’une des préférées de Renaud, paraît-il, que vous raconte aujourd’hui Olivier Besancenot.

  • Laurence De Cock reçoit la députée communiste Elsa Faucillon « Une dame vient me voir : elle avait son bébé mort, elle ne savait pas quoi en faire » Abonnés

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    « Une dame vient me voir : elle avait son bébé mort, elle ne savait pas quoi en faire ». C’est ce qu’une militante associative du Pas-de-Calais a raconté à Elsa Faucillon.

    La députée communiste a été invitée à Calais par les associations et les ONG qui voient la situation se dégrader dramatiquement sur les côtes de la Manche. Depuis les accords du Touquet en 2003, c’est l’État français qui est chargé de protéger la frontière britannique sur le sol français (et financé par la Grande-Bretagne pour ça).

    Mais à vouloir dissuader les exilés de tenter la traversée vers l’Angleterre, les forces de l’ordre ne font que rendre ces traversées plus difficiles, et donc plus dangereuses. 89 personnes sont mortes en 2024 en tentant de traverser la Manche pour gagner l’Angleterre. Le Monde et Lighthouse Reports viennent de révéler que « pour stopper les embarcations, les autorités s’apprêtent à expérimenter une technique jusque-là jugée trop dangereuse pour la vie des passagers », qui consiste à jeter des filets dans les hélices des moteurs.

    De retour du Calaisis, la députée Elsa Faucillon est venue raconter à Laurence de Cock ce qui se passe, dans l’indifférence quasi-générale, sur les côtes françaises.

  • Des milliers d’enfants volés sous la dictature de Franco. Deux archives historiques en PODCAST Les enfants volés d’Espagne, un scandale qui n’en finit pas Accès libre

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    Il y a des morts qui engendrent des explosions de joie.

    Ce fut le cas il y a cinquante ans lorsqu’au bout d’une interminable agonie racontée minute par minute, dans les moindres détails, par tous les médias du monde mourait enfin le dictateur espagnol Francisco Franco après trente-neuf ans, un mois et cinq jours d’une dictature féroce dont les violences et les tortures hantent toujours l’Espagne, corps et âme.

  • Chaque mardi, Olivier Besancenot raconte les chansons de notre histoire Tracy Chapman : « Talkin’ Bout A Revolution » Abonnés

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    Et si on parlait révolution ? En 1988, c’est une jeune de fille de 24 ans qui décide de faire de cette phrase le premier titre de son premier album. Elle s’appelle Tracy Chapman, et Talkin’ Bout A Revolution, avec son simple accompagnement à la guitare et son refrain entêtant, va devenir un succès mondial. À l’époque, de l’autre côté de l’Atlantique, un petit Français de 14 ans entend cette chanson et se dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de parler de révolution. Il s’appelle Olivier Besancenot, et vous raconte son lien avec cette chanson.

Une sélection :

Les nouveaux négationnistes Accès libreVoir

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« Gaza brûle. » C’est avec ces deux mots très clairs que le ministre israélien de la Défense a qualifié mardi 16 septembre l’offensive terrestre menée par l’armée israélienne pour « prendre le contrôle » de la ville de Gaza.

Même les autorités françaises, pourtant diplomates, ont dénoncé « cette campagne destructrice, qui n’a plus de logique militaire ». Le jour même, une commission d’enquête internationale de l’ONU sur le territoire palestinien occupé « estime qu’Israël est responsable du génocide commis à Gaza ».

Pendant ce temps, en France, certains continuent à estimer qu’« Israël n’est pas responsable d’une famine à Gaza » (Bernard-Henri Lévy, 24 août 2025), que « la détestation d’Israël sur la base d’un mensonge médiatique invraisemblable, la fausse famine, le faux génocide, est à son comble » (Gilles-William Goldnadel, 14 septembre 2025) et même qu’« il n’y a AUCUN journaliste à Gaza. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d’otages avec une carte de presse. » (Raphaël Enthoven, 15 août 2025). Gérard Mordillat revient aujourd’hui sur ceux qui s’évertuent à nier la réalité du massacre à Gaza, ces « nouveaux » négationnistes.

Tout un été Là-bas pour se refaire la cerise ! COMMENT LE FASCISME GAGNE LA FRANCE AbonnésÉcouter

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Nationaliser le bonheur commence par virer ces passions tristes qui nous bouffent comme des punaises de lit et rétrécissent la surface de la cage. Contre ça il faut des biscuits, il faut des provisions, il faut des armes. Là-bas si j’y suis vous en donne tout l’été, comme cette émission avec le sociologue Ugo Palheta à l’occasion de la nouvelle édition de son livre Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen parue en mai aux éditions La Découverte.

On vise les affects et non la pensée Rima Hassan, sorcière terroriste AbonnésLire

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Fachos, droite et extrême droite, de Retailleau à Marion Maréchal en passant par les 94 sénateurs qui exigent la levée de son immunité parlementaire, une chasse délirante est ouverte contre la députée européenne Rima Hassan suite à son entretien avec Jean-Jacques Bourdin le 27 février.

Voilà le pourquoi et le comment d’un lynchage ordinaire.

Charmant dessin daté du 3 mars. Le virage réac du dessinateur Plantu ne date pas d’hier mais il a le mérite de montrer une droitisation générale de plus en plus déboutonnée. Si on suit Plantu, le « dessinateur citoyen », ces dernières années, on arrive à Gaza devenu le Auschwitz du Hamas avec LFI qui garde le camp ? (images trouvées par le site Contre Attaque)