Et si on mettait des visages sur le système ?

LE PDG NE TOUCHE QUE 220 FOIS LE SALAIRE D’UNE FEMME DE CHAMBRE ! Abonnés

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À force de montrer des femmes précaires en grève, on finit par se faire une fausse image de l’honorable entreprise Elior Group. Rassurez-vous, tout le monde n’y est pas sous-traité ! Surtout pas le directeur général, Philippe Guillemot.

En grève depuis le 11 avril, les femmes de chambre de l’hôtel de luxe NH Collection à Marseille occupent l’entrée de l’hôtel pour protester contre leurs conditions de travail. Malgré les pressions musclées de la police et de la direction, elles tiennent depuis bientôt huit semaines. Leur employeur, sous-traitant de cet hôtel de luxe, est le groupe ELIOR, un puissant groupe français de restauration, 132 000 « collaborateurs et collaboratrices » dans le monde, presque 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et adepte du « développement durable » et autres « principes d’éthique [1] ».

Treizième mois, paiement des heures supplémentaires, augmentation le dimanche, conditions de travail, reconnaissance de leur qualification : les revendications des femmes de chambre sont claires et légitimes.

Pourtant, le 24 mai, la direction d’ELIOR a saisi le Tribunal de grande instance de Marseille pour exiger l’arrêt de la grève et une condamnation de 500 euros par gréviste. La police a relevé l’identité des femmes présentes sur le piquet avec une brutalité devenue courante.

Une situation indigne dont on ne s’indigne plus. « Que voulez-vous, qu’est-ce qu’on peut faire ? C’est tout le système qu’il faut changer. »

Et on passe à autre chose.

C’est vrai que « c’est tout le système qu’il faut changer ». Mais c’est quoi le système, c’est qui ? Qui est responsable ? Qui dirige ? Qui impose ces conditions de travail ? Puisque la police demande leur identité à ces femmes de chambre, pourquoi ne pas s’intéresser à l’identité de leur patron ?

Et si on mettait un visage sur le « système » ?

En 1989, ROGER AND ME, le film de Michael Moore, a bouleversé le monde. Tout au long du film, Michael Moore raconte sa propre histoire, il cherche à rencontrer ROGER, le tout-puissant patron de la General Motors qui a viré des milliers d’ouvriers, dont le propre père de Moore. Ça se passe dans le Michigan, à Flint, ancienne capitale prospère de l’automobile devenue un champ de ruines aujourd’hui. C’est une des plus emblématiques catastrophes sociales parmi toutes celles qui continuent de ravager le monde, et qui ont semé les germes de la vague brune qui fleurit aujourd’hui. Mais Michael Moore ne se contente pas d’évoquer le « système », il veut absolument voir la tête qu’il a, le système, le regarder dans les yeux, lui parler, l’appeler ROGER, c’est-à-dire Roger B. Smith, le vrai nom du patron :

Mais alors, là, pour les femmes de chambre, c’est qui Roger ?

Eh bien Roger, c’est Philippe.

Philippe Guillemot : un redresseur d’entreprises à poigne

Passé par Michelin, Areva ou Alcatel, un temps pressenti pour succéder à Carlos Ghosn à la tête de Renaut-Nissan, Philippe Guillemot est le directeur général d’Elior Group. Un véritable capitaine d’industrie, un baron de la bourse. Un « "redynamisateur" plutôt que redresseur » comme il le dit lui-même, venu « moderniser » Elior Group [2].

Et pour cette honorable tâche, Philippe n’est pas gourmand : selon les règles de sa rémunération, il n’émarge en principe qu’à deux millions d’euros par an : 900 000 euros en part fixe, et 900 000 (pouvant être portés à 1 350 000) en part variable [3] ! Mais il perçoit sans doute d’autres petites primes par-ci, par-là, mais ce n’est pas cher payé pour un businessman de cette trempe, diplômé de l’École des Mines de Nancy et de la Harvard Business School.

L’expérience de Philippe parle pour lui : directeur des opérations au moment des grandes charrettes chez Alcatel-Lucent, c’est aussi lui qui a délocalisé la première usine du constructeur français Valeo en Europe de l’Est [4]. Si vous avez quelques charrettes de salariés qui vous encombrent, Philippe peut vous arranger ça.

Alors que les PDG du CAC 40 ont touché en moyenne 5,5 millions d’euros en 2018, soit une augmentation de 5,8 %, Philippe Guillemot, lui, reste parmi les patrons modestes, en dessous de 4 millions d’euros annuels [5]. Le groupuscule de syndicalistes gauchistes qui manipule ces femmes de chambre oublie de dire qu’elles sont payées, elles, au-dessus du SMIC. Leur salaire horaire est en effet de 10,20 € brut, alors que le SMIC horaire est de 10,03 €, soit 0,17 € de plus, soit 1,19 € de plus par jour, soit 23,80 € par mois ! Sans compter une prime de nourriture de 7,24 € par jour.

Si bien qu’en 2017, Philippe n’a pu toucher que 220 fois le salaire d’une femme de chambre, pendant que ses congénères patrons du CAC 40 se gavaient de 240 SMIC chacun. Le discret Bernard Charlès, de Dassault Systèmes, champion toutes catégories, a même pris 22,8 millions d’euros l’année dernière, quand François-Henri Pinault (Kering) en prenait 12,2 millions. Les patrons français n’ont jamais autant gagné, et au lieu de se féliciter des performances financières de nos élites économiques, la France dénigre ceux qui luttent pour la croissance et pour l’emploi et portent bien haut les couleurs du pays [6]. Car les grands patrons français ne sont pas les mieux payés au monde. Ils arrivent derrière les patrons européens et bien loin des patrons nord-américains.

Mais il n’y a pas que l’argent pour Philippe Guillemot, il y a aussi l’art dont il est passionné. Philippe visite beaucoup d’expositions avec sa femme, héritière du cabinet Mazars. Selon Les Échos, Philippe est un « esthète » avec des préférences « pour le street art, les artistes surréalistes, tel Dali, ou ceux qui jouent avec les icônes de la société de consommation, comme Andy Warhol ou Roy Lichtenstein. Son côté non conformiste sous des dehors très classiques  [7] . ».

Délocalisations, plans sociaux en pagaille, « artwashing » : il aurait été dommage de parler du système, alors qu’on pouvait parler de Philippe Guillemot.

Dites, franchement, vous croyez qu’on va supporter ça encore longtemps ?

Daniel Mermet

Le proprio, Robert Zolade

Mais au fait, à qui appartient Elior Services, filiale de Elior Group ? Pour plus de 30 %, Elior Group appartient à l’un de ses cofondateurs, le distingué Robert Zolade. Président d’honneur et admnistrateur d’Elior Group, Robert Zolade se hisse à la 147e place du classement 2018 des 500 plus grandes fortunes de France, avec un capital arrondi à 650 millions d’euros [8]. Mais ne sous-estimez pas Robert : dans l’édition précédente du classement, sa fortune était mesurée à 1,2 milliards d’euros ! Espérons qu’il remonte l’année prochaine ! Aujourd’hui, l’entreprise que Robert a fondé à la force du poignet emploie 132 000 « collaborateurs et collaboratrices » dans 15 pays et produit un chiffre d’affaires annuel de près de 7 milliards d’euros [9]. Et n’écoutez pas les grincheux qui pointent ici et là des problèmes de cadences, de conditions de travail, le recours abusif aux travailleurs sans-papiers ou le refus de les accompagner dans leurs procédures de régularisation, même quand celles-ci sont légalement encadrées ! Ce ne sont que des viles calomnies !

En 1932, en pleine Grande Dépression aux États-Unis, sortait le film collectif Si j’avais un million : un milliardaire, agacé par ses proches qui n’attendent que sa mort pour toucher le pactole, préfère donner un million de dollars à huit inconnus choisis au hasard dans l’annuaire. Phineas V. Lambert, un employé de bureau interprété par le génial Charled LAUGHTON, est l’un d’eux. Un jour un chèque d’un million arrive sur son bureau.

[EXTRAIT] « Si j'avais un million », 1932
par Là-bas si j'y suis

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    Épisode 1 - JOJO L’INTERNATIONAL

    (Saint-Brieuc, février 2019)

    Pourquoi vous êtes venu ?

    Je suis sorti d’un silence religieux à une expression du peuple et des discussions interminables, et à quelques scènes de « ton élevé », on va dire. Donc c’est surprenant. Vous êtes quinze ans dans le silence, et du jour au lendemain vous arrivez au milieu de gens qui n’arrêtent pas de parler. Au début j’étais un peu perdu, je les écoutais. Ça m’a fait hyper plaisir de voir les gens communiquer, parler entre eux, se tutoyer, se serrer la main, s’embrasser. Parce qu’on n’est pas des gueux ni des vilains, on n’est plus au Moyen Âge. Je sais que la Révolution de 1789, on l’a ratée un peu, parce qu’ils étaient rois de père en fils, donc on n’avait rien à dire. Mais maintenant, on n’arrête pas de parler, et c’est surprenant. Ça fait du bien de voir le franc-parler. Et puis les gens avaient honte de dire qu’ils étaient pauvres. Maintenant, ils nous expliquent qu’ils vivent chez eux sans chauffage, ils osent le dire.

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    Oui, tout d’abord, merci au cancer. Car s’il n’avait pas eu un cancer en 1985, à 34 ans, Gerhard Haderer aurait eu la vie indigente d’un « créateur » publicitaire. Or, c’est lorsqu’il fut opéré (et guéri) qu’il a tout laissé tomber et s’est tourné à fond vers le genre de dessins que vous allez (re)découvrir, si puissants, si violents qu’ils se passent de tout commentaire, à part quelques gloussements, quelques éclats de rire et pas mal de silences dans le genre grinçant.

    Ensuite, merci à Jésus. Et surtout à Monseigneur Christoph Schönborn, cardinal, archevêque de Vienne. En 2002, Gerhard Haderer publiait La Vie de Jésus, un surfeur drogué à l’encens, ce qui faisait un peu scandale dans la très catholique Autriche, si bien que le cardinal archevêque, hors de lui, crut bon de donner l’ordre à l’auteur de présenter ses excuses aux chrétiens pour avoir ridiculisé le fils de Dieu. Au passage, on le voit, l’Islam n’a pas le monopole du refus des caricatures, mais celles-ci eurent beaucoup moins d’écho chez nos défenseurs de la liberté d’expression. Et bien entendu, comme toujours, la censure assura le succès de l’album, qui atteignit 100 000 exemplaires en quelques jours.

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