La lettre hebdo de Daniel Mermet

Gaza : panser la plaie, penser la paix

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Donald Trump est le missionnaire de Jésus-Christ. Le miracle qu’il vient d’accomplir ne s’explique pas autrement. Les armes se taisent devant lui, les otages sont libérés sur un signe de sa main, Donald marche sur l’eau. Le parlement israélien en liesse n’en finit pas d’acclamer son Sauveur.

Et malgré ce miracle, il se trouve encore des « WOKES » pour le critiquer. Ils se manifestent partout. 3 000 rassemblements pour répéter « NO KINGS ! » ou même « NO CLOWNS, NO KINGS ! » avec des personnages troubles comme l’acteur Robert De Niro en tête. Autant de partisans du Hamas et du Hezbollah, c’est certain. Pour Kristi NOEM, secrétaire à la Sécurité intérieure, c’est l’État islamique, le Hamas et le Hezbollah qui « ont infiltré notre pays entier ». Ou bien encore ces antifas qui ont été récemment classés « organisation terroriste » et sont poursuivis comme tels.

Au pays des citoyens armés, la chasse est ouverte contre ces ennemis de l’intérieur. Le viril et martial Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, ancien animateur de Fox News, a lancé l’offensive, la nouvelle chasse aux sorcières est déclarée. « Nous donnons carte blanche à nos combattants pour intimider, démoraliser, traquer et tuer les ennemis de notre pays. [1] »

Or ces antisémites, avec leur soi-disant « génocide » et leurs images trafiquées d’enfants palestiniens affamés et de mères éplorées, se sont dit choqués par certains propos du prochain prix Nobel de la paix lors de son discours à la Knesset :

Certains gauchistes antisémites ont qualifié de « lunaires » ou de « glaçants » ces propos du putatif prix Nobel.

Il faut savoir que les États-Unis fournissent 69 % des armes importées par Israël. Pour le massacre de Gaza, les États-Unis ont accordé au moins 21,7 milliards de dollars d’aide militaire à Israël selon une récente étude [2].

17,9 milliards ont été accordés pour la première année de guerre par l’administration Biden. Donald Trump a notamment livré des bombes de 2 000 livres (900 kilogrammes) pour détruire immeubles d’habitation, bureaux, hôpitaux, infrastructures d’eau et autres cibles civiles.

Cette étude précise que les États-Unis ont dépensé 10 milliards de dollars supplémentaires en aide à la sécurité et en opérations au Moyen-Orient au cours des deux dernières années.

Nous en sommes donc à plus de 30 milliards de dollars, à quoi il faudra penser à ajouter 70 milliards pour reconstruire Gaza selon un expert de l’ONU.

L’étude soutient que, sans l’aide américaine, l’Etat hébreu n’aurait pas pu poursuivre sa riposte contre le Hamas à Gaza. Seul BERNIE SANDERS, issu des rangs de la gauche, a tenté en vain à trois reprises de faire voter une résolution pour suspendre la vente d’armes à Israël.

Il restera à calculer combien Israël aura dû débourser pour tuer 70 000 Palestiniens, dont 18 000 enfants, et pour en blesser 170 000, dont 45 000 enfants. Combien a coûté chacun, chaque cas ? Il faut le savoir pour la suite.

En attendant, 400 000 opérations chirurgicales doivent être réalisées.

Un bref incident est venu troubler l’enthousiasme unanime de la Knesset pour le président américain. Deux perturbateurs ont été expulsés sans ménagement pour avoir montré chacun, sans agressivité, une feuille de papier portant l’inscription « recognize Palestine ». Il s’agit de Ofer Cassif, un des rares députés juifs à militer pour la solution à deux États et Ayman Odeh, député du parti judéo-arabe Hadash. « Ils m’ont exclu simplement parce que j’ai soulevé la demande la plus évidente, celle que soutient toute la communauté internationale : reconnaître un État palestinien. » Il y a ainsi en Israël quelques voix qui ne baissent pas les bras.

La guerre est un grand malheur pour tous mais qui rapporte beaucoup à quelques-uns. Surtout si vous la faites faire par les autres. Car ce ne sont pas les chercheurs d’or qui s’enrichissent, c’est ceux qui leur vendent des pelles et des pioches. Donald Trump ne fait qu’appliquer le principe sacré qui continue de faire la grandeur de son pays. Les pelles et les pioches sont devenues des avions de chasse et des missiles, les chercheurs d’or sont devenus ceux qui s’entretuent pour quelques arpents de terre imbibés du sang et des songes de leurs ancêtres avec la même foi aveugle pour un eldorado.

Donald s’en fout. Dans sa boutique « MAGA », il est juste là pour fournir ses articles au plus offrant. Lui, sa foi, c’est le pouvoir par la force. Et ça marche joliment. En 2024, les États-Unis qui livrent des armes à 107 États dans le monde ont battu un record de ventes à l’exportation, 318 milliards de dollars, soit une augmentation de 29 % [3].

Mais tout ça ne fait pas le bonheur des Américains. Après neuf mois au pouvoir, la cote de Trump descend sérieusement. Surtout auprès des jeunes. Le puissant mouvement de soutien à la Palestine qui grandit à travers le monde passe par les États-Unis. C’est une pression profonde et malgré le soutien de l’extrême droite et de tous les sionistes youtubeurs, l’image d’Israël n’a jamais été aussi dégradée à travers le monde. Même l’arme du chantage à l’antisémitisme ne marche plus. Il n’est pas certain que ce cessez-le-feu, qui risque de n’être qu’un petit entracte avant que les massacres ne reprennent, suffira à refaire Trump great again.

Mais ce cessez-le feu aura le mérite prodigieux d’envoyer partout à travers le monde des milliers de scènes bouleversantes de retrouvailles, les mêmes étreintes exactement, à Tel-Aviv comme à Gaza, les mêmes larmes, les mêmes cris de joie et d’amour d’une mère et d’un fils, d’un frère et d’une frangine, de toute une famille en grappe et en sanglots de bonheur. Là, on est à l’os. La même humanité avec une kippa, une casquette, un keffieh, la même stupeur, la même fusion, ça devrait suffire pour arrêter tout ça non ?

Et puis il y celui qui revient heureux et impatient comme Haitham Salem.

Après onze mois d’incarcération dans la terrible prison de Sde Teiman, que l’ONG israélienne B’Tselem qualifie de « camp de torture », le voilà libre, il fait partie des 1 968 prisonniers palestiniens libérés par Israël ce lundi 13 octobre. Il va retrouver sa femme et ses trois enfants. Pour la plus petite, Layan, deux ans et dont c’est l’anniversaire, il a fabriqué un bracelet avec des brins de coton qu’il a recueillis ça et là en prison.

Mais en arrivant cœur battant, il apprend que les quatre ont été tués dans des bombardements israéliens quelques jours avant, sa femme, son fils de cinq ans, sa fille de quatre ans et celle de deux ans, Layan, qui ne portera jamais le bracelet.

Ces images font le tour du monde.

Et pourquoi ça ?

En une phrase, Benjamin Nétanyahou résume toute la raison profonde de cette guerre imbécile : « Israël se trouve en première ligne du face-à-face entre la barbarie et la civilisation. »

La civilisation a la forme exacte du minuscule bracelet de Layan.

Daniel Mermet

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