Les élites françaises se dressent contre le fascisme !

Chez LIPP, debout sur la table, BHL s’écrie « NO PASARAN » !

Le

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4,4 millions d’électeurs en 1988, 7,7 millions en 2017. Trente-trois ans d’indignation morale sans le moindre effet. Mais chaque fois, les personnes importantes prennent la pose contre la bête immonde devant les caméras. À chaque fois, les pompiers pyromanes dénoncent ce peuple de beaufs racistes, ces ouvriers passés du rouge au brun. À chaque fois, une question passe sous le tapis, qui a fabriqué ce F.N. ?

COMMENT FAIRE CUIRE LES GRENOUILLES ?

21 avril 2002, c’est le choc. Jean-Marie Le Pen (16,86%) arrive second devant Lionel Jospin (16,16%). La gauche est balayée. Le Pen sera face à Chirac au deuxième tour, le 05 mai. Quatre jours avant, le premier mai, deux millions de personnes manifestent contre le FN.

Quinze ans plus tard, Marine a compris comment faire cuire les grenouilles. Elle arrive en finale avec 21,53%, son record historique avec 7,6 millions de voix, bien mieux que son père et sans faire de vagues. Si vous jetez la grenouille dans l’eau bouillante, elle réagit et saute hors de la casserole, mais si vous la mettez dans l’eau froide et que vous chauffez peu à peu, elle s’endort gentiment.

Pour Le Pen, le « séisme » d’avril 2002 n’était pas une victoire. Avec 11,8% des inscrits, son score était le même qu’en 1988 (11,7%) et qu’en 1995 (11,6%). C’est l’abstention qui explique ce résultat, et d’abord le rejet des politiques néo-libérales et leur cortège de galères et de chômage. Arrivé troisième, Lionel Jospin, alors Premier ministre socialiste et serviteur convaincu du néo-libéralisme, détient le record des privatisations. En matière sociale, on lui doit la dénonciation de « l’excuse sociologique », mais c’est lors de l’annonce de 7 500 licenciements chez Michelin, le 16 septembre 1999, qu’il lance son fameux : « Il ne faut pas tout attendre de l’État », en ajoutant : « je ne crois pas qu’on puisse administrer désormais l’économie (…) Tout le monde admet le marché. »

C’est dans ce social-libéralisme qu’on peut trouver les causes profondes du vote Front National. Dans le mépris social, les trahisons et les souffrances imposées depuis plus de 30 ans par les politiques néo-libérales de gauche et de droite contre la classe populaire et la petite classe moyenne. Emploi, insécurité économique et sociale, réduction des services publics… Dans la sidérurgie, les trahisons emblématiques successives de Mitterrand, de Sarkozy puis de Hollande ont assuré le développement et l’enracinement du FN à travers tout le pays. C’est avec Hollande, Valls et Macron que le F.N. est parvenu à une hauteur inégalée.

Le FN a fait l’objet d’innombrables études et d’articles, mais la lutte contre le FN se limite à l’indignation morale, au rejet radical, à la dénonciation de propos racistes. On s’intéresse beaucoup moins aux causes sociales du vote frontiste. Journalistes et artistes prennent la pose du résistant face à la bête immonde dont le ventre est encore chaud. L’électeur du FN est un beauf raciste, un prolo communiste passé du rouge au brun. Ce racisme anti-raciste répond parfaitement à la stratégie du Front National. Avec un art consommé de la provocation, Jean-Marie Le Pen a fait le bonheur des médias qui lui ont rendu la politesse en faisant de lui le grand Satan le plus exécré. C’était son but. Car Satan, c’est un hors-la-loi, c’est le rebelle. Bien avant Donald Trump, il a montré que le vengeur des opprimés n’est pas forcément Robin des bois ou Che Guevara. Un milliardaire raciste peut tenir le rôle pour peu qu’il s’en prenne à l’« establishment » et à l’immigré, musulman de préférence. Les riches et les oligarques du CAC 40 ont toujours apprécié et soutenu ce FN qui les protège en canalisant la colère populaire contre l’immigré et l’étranger. La guerre des pauvres contre les pauvres a toujours fait la joie des riches.

Dans son discours, le FN fustige « le système » et la finance et promet le protectionnisme face à la mondialisation. Mais ce déguisement ne tient pas lorsque le FN parle aux grands patrons. Ainsi le 28 mars 2017, Bernard Monot, brillant économiste du FN, rassurait le MEDEF : «  Le FN est l’ami de toutes les entreprises et je rappelle que nous sommes de vrais libéraux, partisans sans ambiguïté de l’économie de marché et de la libre entreprise. »

Depuis plus de trente ans, le Front National est aussi bien utile pour la classe politique. C’est un épouvantail très recherché. Chacun sait aujourd’hui, grâce à Roland Dumas, comment François Mitterrand a aidé le Front National à sortir de la marginalité pour s’en faire un moyen de diviser la droite et remporter sa réélection en 1988. De même, au nom de la lutte contre le FN, SOS Racisme fut, comme le raconte Jacques Attali, une instrumentalisation politique de l’antiracisme créé de toute pièces directement par l’Élysée.

Aujourd’hui, la carte du vote Front National correspond exactement à la carte de la France abandonnée. Le FN se nourrit des inégalités et de l’exclusion. Marine Le Pen fait ses meilleurs scores là où les problèmes économiques et sociaux sont les plus graves. Taux de chômage élevé, jeunes sans diplôme, population sous le seuil de pauvreté, ménages monoparentaux, inégalités sociales. La mondialisation a créé des fractures profondes entre ceux qui en jouissent agréablement et ceux qui glissent et sentent que les parois sont lisses.

Ces perdants n’ont sans doute pas grand chose à attendre de la droite, mais que répond la gauche, disons la gauche de gouvernement, celle qui avait la finance comme ennemi public numéro un ? Elle ne répond pas.

Et ce n’est pas un hasard. En 2011, la fondation Terra Nova, une fondation proche du PS, dans une note intitulée « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? », conseillait clairement l’abandon de la classe populaire :

« Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie. »

Un joli cadeau pour le Front National.

Depuis plus de trente ans, les politiques néo-libérales sont responsables de la lepénisation de la classe populaire. Le creusement des inégalités, les souffrances sociales, les humiliations et les trahisons ont produit ce profond ressentiment devenu adhésion à cette « illusion nationale » [1].

Emmanuel Macron et Marine Le Pen forment en réalité un couple inséparable, l’un n’existerait pas sans l’autre, Marine fustige la finance, la mondialisation, l’Europe, Emmanuel s’érige comme dernier rempart contre le populisme ambiant. Si Marine ne gagne pas cette fois, elle peut compter sur l’ami Macron pour amplifier le désastre et lui garantir un formidable succès en 2022.

Oui, il y a du boulot camarades !

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Mercredi 20 février, les négociations sur l’assurance chômage ont été rompues, sans que les représentants de salariés et de patrons ne trouvent d’accord, ouvrant la voie à la reprise en main par l’État. C’est le genre d’infos qu’on voit passer rapidement, dont on entend vaguement parler à la radio, mais qu’on laisse filer, comme ça, sans y attacher plus d’importance, tant la question est vidée de son contenu politique par certains journalistes. Et pourtant : qui gère les 35 milliards d’euros de l’assurance chômage ? Qui décide de la façon dont sont indemnisés les chômeurs ? Pourquoi les négociations ont échoué, et qui y avait intérêt ? Voilà quelques questions simples que les médias dominants oublient de poser ! Heureusement, Gérard Filoche est là pour y répondre.

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