Rappeler ce qu’est la violence policière en France, de la guerre d’Algérie à la guerre de Macron. Un article de Daniel Mermet

CHARONNE, UN MASSACRE D’ÉTAT Abonnés

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Ni banderoles, ni slogans. Une marche funèbre au loin, les portraits des victimes et le silence innombrable des pas. Jamais Paris n’avait vu autant de fleurs, autant de foule, autant de visages graves. Nous sommes un million, disait Pierrot, au moins un million. On était là, le cœur battant entre la République et le cimetière du Père-Lachaise pour l’enterrement des huit tués par la police au métro Charonne. Huit morts. Et un neuvième, mort de ses blessures trois mois plus tard. Une des plus profondes émotions d’un peuple ce 13 février 1962, une des plus profondes communions. L’ami Pierrot n’est plus, mais quelle trace de tout cela nous reste aujourd’hui ? Quelle trace a laissé ce massacre à jamais impuni ?

Il faut laisser sa part à l’oubli et à la gomme du temps. Et d’autres crimes attendent en embuscade de nous casser les jambes, mais au moment où Macron et sa bande continuent de faire arracher des yeux et des mains et faire gazer des gamins à bout portant, si l’on veut que l’histoire serve à quelque chose, il faut rappeler ce qu’est la violence policière en France. Rappeler de quoi le pouvoir est capable lorsque l’intérêt des dominants est en jeu. De la Semaine sanglante à la rafle du Vél’d’Hiv, avec quelle main gantée il peut ordonner de tirer dans la foule ouvrière, de quelle plume il signe la liste des enfants juifs qu’il faut déporter, comment il peut faire jeter des travailleurs algériens désarmés dans la Seine, comment il fait abattre des dizaines de Guadeloupéens en mai 1967.

Comment pouvons-nous accepter que ces crimes soient toujours passés sous silence et restent toujours impunis ? Comment les responsables de ces crimes en sortent toujours blanchis et propres sur eux, tout en accusant le peuple de violence quand une poubelle brûle ou que la vitrine d’une banque vole en éclat ?

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