Les opposants au modèle agroalimentaire font face à des actes d’intimidation de plus en plus radicaux. Témoignages

Bretagne : tentative criminelle contre une journaliste, le monde de l’agrobusiness soupçonné Abonnés

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Morgan Large le 6 avril à Rostrenen (photo : Sylvain Ernault)

Qui a dévissé les boulons de la roue de sa voiture ? Morgan a roulé plusieurs jours avant de s’en apercevoir. Les conséquences auraient pu être dramatiques pour elle et ses enfants. Qui sont les saboteurs ? Le 6 avril à Rostrenen, dans le cœur de la Bretagne, des centaines de personnes sont venues soutenir cette journaliste qui enquête depuis longtemps sur l’agrobusiness breton. En novembre dernier, nous avions diffusé le témoignage de la journaliste Inès Léraud, elle aussi confrontée au système agroalimentaire en Bretagne. Aujourd’hui, ce nouveau conflit accélère la mise à nu de cette oligarchie et de ses méthodes.

À Rostrenen, 3 000 habitants, en Centre-Bretagne, on n’a jamais vu autant de monde. Le 6 avril, 850 personnes, militants syndicaux et politiques, étaient là pour soutenir la journaliste Morgan Large. Elle vit dans une commune voisine, et travaille sur les modifications du paysage breton sous l’effet du modèle agro-alimentaire. Depuis les années 1960, des fermes-usines ont hissé la région au premier rang des productions de lait, de volaille et de cochon. « En Bretagne, il y a plus de cochons que d’habitants », a-t-on coutume de dire. Fille de paysans bretons, Morgan a suivi une formation agricole avant de venir au journalisme pour la radio locale Radio Kreiz Breizh (RKB). De plus, elle parle parfaitement breton, et il est bien difficile de l’accuser d’être hors-sol. Voilà qui agace grandement les barons de l’industrie agroalimentaire.

Depuis la diffusion du documentaire Bretagne, une terre sacrifiée, sur France 5, le 17 novembre 2020, dans lequel elle intervient, Morgan a subi un tas d’actes d’intimidation. Le film vu par 1,3 million de spectateurs n’a pas vraiment plu aux responsables des coopératives agricoles, mis en cause pour leurs pratiques néfastes pour l’environnement, et pour les agriculteurs eux-mêmes. « Tout de suite, l’étau s’est resserré sur Morgan. Pourquoi sur elle ? Le fait que ce soit une femme, et qu’elle connaisse très bien le milieu ? D’autant plus qu’elle dit les choses très clairement, et on voit qu’elle n’a pas froid aux yeux ». C’est ce que dit Aude Rouaux, la coréalisatrice du documentaire.

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