Un article à lire sur le site du Monde diplomatique (mars 1993)

André Gorz : « Bâtir la civilisation du temps libéré »

Le

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En complément de notre entretien avec Claire Lecœuvre sur la réduction du temps de travail, nous vous proposons de (re)lire ce fameux texte d’André Gorz, « bâtir la civilisation du temps libéré », en intégralité sur le site du Monde diplomatique.

Dramatique, en constante expansion, le chômage ne pourra être résorbé par la croissance. Les discours sur la nécessité ou la possibilité de revenir à une situation de plein emploi ne font que retarder la recherche d’une nouvelle utilisation du temps dans les sociétés industrialisées.

L’économie n’a pas pour tâche de donner du travail, de créer de l’emploi. Sa mission est de mettre en œuvre, aussi efficacement que possible, les facteurs de production, c’est-à-dire de créer le maximum de richesses avec le moins possible de ressources naturelles, de capital et de travail. Le monde industrialisé s’acquitte de mieux en mieux de cette tâche. Ainsi, au cours des années 80, l’économie française a augmenté de 30 % sa production annuelle de richesses, tout en diminuant de 12 % la quantité annuelle de travail dont elle a besoin.

Cette évolution est appelée à se poursuivre et, comme l’écrit Guy Roustang, « la production de richesses économiques sera de moins en moins centrale dans la vie sociale [1] ». Nous sommes entrés dans une civilisation où « le temps contraint est largement dépassé par le temps libre (...). Un homme salarié de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui, moins d’un cinquième. Ces fractures récentes mais profondes devraient se prolonger et induire d’autres logiques de production et d’échange [2] ».

Outre un volume accru de biens et de services, l’économie produit donc massivement, aujourd’hui, cette ressource cardinale qui, pour les fondateurs de la théorie moderne, devrait être « la vraie mesure de la richesse » : le temps libéré des nécessités et des contraintes économiques. « Là où les hommes travaillaient douze heures, ils n’en travailleront que six, et c’est cela la richesse nationale, la prospérité nationale (...). La richesse est liberté, elle est temps disponible et rien de plus », écrivait, en 1821, un disciple anonyme de Ricardo, que Marx aimait à citer.

Une perspective nouvelle s’ouvre ainsi à nous : la construction d’une civilisation du temps libéré. Mais, au lieu d’y voir une tâche exaltante, nos sociétés tournent le dos à cette perspective et présentent la libération du temps comme une calamité. Au lieu de se demander comment faire pour qu’à l’avenir tout le monde puisse travailler beaucoup moins, beaucoup mieux, tout en recevant sa part des richesses socialement produites, les dirigeants, dans leur immense majorité, se demandent comment faire pour que le système consomme davantage de travail — comment faire pour que les immenses quantités de travail économisées dans la production puissent être gaspillées dans des petits boulots dont la principale fonction est d’occuper les gens.

Et, comme il devient évident que les petits boulots ne suffiront pas à rétablir le plein emploi à plein temps, on nous présente maintenant la réduction de la durée du travail non comme une émancipation possible, mais comme un sacrifice nécessaire et une contrainte : celle d’un partage du travail et des salaires, ceux-ci devant diminuer dans la même proportion que la durée de celui-là. (…)

Lire la suite sur le site du Monde diplomatique.

André Gorz, auteur des Métamorphoses du travail (Galilée, Paris, 1988) et de Capitalisme, socialisme, écologie (Galilée, Paris, 1991).

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Notes

[1Guy Roustang, L’Emploi : un choix de société, Syros, Paris, 1987. Ce livre fournit une excellente démonstration de l’impossibilité de réaliser le plein emploi par la multiplication des services aux personnes. À lire également, de Guy Roustang et Bernard Perret, L’Économie contre la société. Affronter la crise de l’intégration sociale et culturelle, Le Seuil, Paris, 1993, 275 pages.

[2Jacques Delors et Clisthène, La France par l’Europe, Grasset, Paris, 1988.

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    Peu importe le protocole et les affaires du monde, d’abord, il fallait tuer. Non pas tuer, d’ailleurs, mais tirer. Il ne laissait pas les gardes achever les bêtes, il voulait tirer sans cesse. Et le lendemain, on trouvait dans les fourrés les bêtes tremblantes, encore dans leur agonie.

    Certes, de Juan Carlos à Serge Dassault, depuis longtemps on sait que les rois du monde font leurs petites affaires en s’étreignant devant le cadavre chaud d’une antilope ou d’un éléphant, on sait comment people et milliardaires aiment à faire des selfies, les pieds dans les tripes d’une gazelle. Mais Giscard est allé plus loin, beaucoup plus loin.

    La rumeur circulait à l’époque de sa présidence, on s’indignait souvent dans le camp contestataire, Gilbert Laffaille en fit même une chanson, mais les grands médias n’étaient pas plus téméraires qu’aujourd’hui.

    Cependant, début 1981, dans le premier numéro des Dossiers du Canard, un long article détaillait l’ampleur de cette dinguerie cynégétique. Nous en publions de larges extraits grâce aux confrères du Canard qui nous ont communiqué ces archives. Précisons bien que nous sommes en 1981. Difficile d’imaginer le nombre d’animaux abattus depuis cette date, puisque c’est en 2018, à 91 ans, que ce grand prédateur a enfin raccroché son fusil. Déjà à l’époque, documents et images sur le sujet disparaissaient soigneusement. Avec Internet, les agences de e-réputation ont fait le ménage et c’est à peine si aujourd’hui, dans le flot d’hommages suite à sa mort, le Giscard chasseur, le « grand » chasseur, est évoqué.

    Aussi, nous vous proposons cette lecture dédiée à toutes les bêtes sauvages de la terre qui remercient le Covid et sourient, soulagées par la disparition d’un de leurs tueurs parmi les plus fanatiques.

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    Bien sûr, il y a eu les réacs de service qui ont essayé de prendre un peu la lumière, mais elle a surtout reçu un « tsunami d’amour ». C’est ce que répète Corine Masiero depuis son strip-tease sanguinolent à la nuit des César, le 12 mars. Des images qui ont fait le tour du monde. Rigolade, respect, bravos. « Ma force, c’est d’être moche, populaire, et vulgaire ». Tout le monde répète sa phrase. Elle affûte ses mots comme des flèches. Sur le tournage de Capitaine Marleau, la série sur France 3 qui bat des records, avec sept millions de spectateurs, elle retouche souvent les dialogues, dans le genre « je te sucerai pas les yeux ouverts ». S’il faut une explication de texte, les yeux fermés, c’est quand l’amour n’est pas là, c’est le boulot, c’est le compromis, les yeux ouverts, c’est les yeux de l’amour. C’est plus beau mais c’est plus rare. La pudeur et la dignité, c’est pas toujours là où on croit. La beauté non plus.

    Corinne Masiero a souvent raconté son passé de gamine de milieu prolo et son parcours tordu entre la seringue et les passes à la va-vite pour remplir la seringue. Même sans savoir tout ça, on comprend tout de suite, au bout de deux minutes avec elle, qu’elle n’a rien à voir avec le monde « radical chic » autour d’elle, le monde « bogo », cette bourgeoisie gauchiste et ses révoltes de salon. Depuis longtemps, elle est avec les « interluttants » de son coin, avec toutes les luttes, pas seulement le cinéma et le spectacle souvent accusé d’égoïsme corporatiste et d’indifférence envers ses propres galériens, elle est avec toutes celles et ceux qui morflent et qui se battent, toute fière de mettre sa notoriété en jeu si ça peut servir, sans souci de com’ ou de carrière. Car elle le sait, quand on est visible, on est visé, et les ratés ne vous ratent pas.

  • Convaincre ou contraindre, notre monarque a choisi. Reportage radio dans la manif à Paris. Podcast Les dégâts du pass autoritaire Abonnés

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    Au lieu de susciter la solidarité nécessaire, l’autoritarisme imbécile de Macron allume un peu partout la rage et la colère. Une aubaine pour les complotistes et les malins de l’extrême droite, qui croient le jour de gloire arrivé. On a vu des crétins incultes détourner les symboles de la destruction des Juifs en se parant d’étoiles jaunes, en évoquant le « pass nazitaire ». On a vu des journalistes se faire cogner.

  • TOUT UN ÉTÉ LÀ-BAS Altermondialiste, afro-féministe, anti-impérialiste, anti-raciste, anti-libérale, anti-islamophobe, panafricaniste, bolcho-trotsko-marxiste : Là-bas rencontre « sa » députée, Danièle Obono Abonnés

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  • Au Chili, un mouvement social qui réussit : comment ? Pourquoi ? Un exemple à suivre ? Et si les Chiliens nous redonnaient la patate ? Abonnés

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    Quand on vous dit que la lutte paie. Après un immense soulèvement populaire qui a fait trembler tout le système politique hérité de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1989), le Chili va carrément changer de Constitution ! Le 4 juillet, les 155 membres de la Convention constitutionnelle ont commencé leur travail de rédaction. D’ici un an, le texte devra être approuvé par référendum, et remplacera la Constitution actuelle, adoptée en 1980 sous la dictature, alors que les partis politiques étaient interdits. Un nouveau Chili pourrait donc voir le jour, libéré de l’emprise du néolibéralisme imposé par les « Chicago Boys » (ces élèves chiliens de l’économiste américain Milton Friedman).

  • TOUT UN ÉTÉ LÀ-BAS Didier Porte a changé de Barbier Abonnés

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    Ami abonné, j’ai une mauvaise nouvelle pour toi, ainsi que le reste de l’humanité souffrante. Figure-toi qu’en plus des symptômes extrêmement désagréables par lesquels elle se manifeste, tout particulièrement aux dépens des plus de 60 ans (ah, le fumier !), la Covid-19 a pour particularité de rendre fou. J’en ai eu la confirmation en visionnant un récent numéro de C dans l’air, totalement surréaliste pour un habitué comme ton serviteur.

  • Extrait d’une rencontre avec le député-reporter, à retrouver prochainement sur Là-bas François Ruffin : comment ils ont « instauré de l’apathie politique » Abonnés

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    « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. » La phrase fameuse de Paul Valéry est devenue exactement la devise de Macron, sa stratégie et son horizon. Ce mépris pour le bon peuple entraîne le dégoût et le rejet. Tantôt l’abstention, tantôt des flambées de colère sans suite. Pour Ruffin, cette politique de l’apathie est notre principal ennemi, une politique qui a une histoire.

  • TOUT UN ÉTÉ LÀ-BAS. Quand Blanqui se fait la belle à Belle-Île. REPORTAGE RADIO. PODCAST Auguste Blanqui, « l’Enfermé » de Belle-Île Accès libre

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    À Belle-Île, on évoque Monet, Sarah Bernhardt ou Arletty, mais Auguste Blanqui ? À part une avenue ou un collège, qui connaît celui qui fut surnommé « l’Enfermé » pour avoir passé la moitié de sa vie, 33 ans, dans une vingtaine de prisons ? Ce qui ne l’a pas empêché de devenir la grande figure du socialisme révolutionnaire au XIXe siècle en France, créant des journaux, des sociétés secrètes, montant des insurrections, édifiant la jeunesse révolutionnaire parisienne.

Une sélection :

Assange : victoire, mais… AbonnésLire

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Immense soulagement pour Julian Assange. Joie et larmes pour toutes celles et ceux qui le soutiennent fidèlement à travers le monde. La justice britannique vient de refuser d’extrader le fondateur de WikiLeaks vers les États-Unis où il risque un emprisonnement jusqu’à la fin de ses jours. La juge Vanessa Baraitser a rejeté la demande américaine d’extradition.

Mais cette victoire a des limites.

D’abord, il faut rappeler que Julian Assange (49 ans) a été incarcéré en avril 2019 à Londres, après avoir été sept ans enfermé entre quatre murs dans l’ambassade de l’Équateur à Londres, qui lui avait accordé l’asile avec interdiction d’en sortir, sous peine d’extradition vers les États-Unis, où il a été condamné à une peine de 175 ans. Son crime ? Avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques des États-Unis en Irak et en Afghanistan. Dans les documents publiés via WikiLeaks figurait une vidéo montrant des civils tués par des hélicoptères américains en Irak en juillet 2007, avec deux journalistes de l’agence Reuters parmi les victimes.

Jean Stern publie « Canicule » aux éditions Libertalia Été 2003, canicule : 20 000 morts dans l’indifférence. Une crise sanitaire qui en annonçait une autre AbonnésVoir

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Août 2003 : une vague de chaleur exceptionnelle recouvre l’Europe. L’inaction des pouvoirs publics français et la passivité des médias en plein cœur des vacances coûtera la vie à 19 490 personnes cet été-là en France. La surmortalité est telle que les autorités sont contraintes de réquisitionner un entrepôt réfrigéré de Rungis pour le transformer en chambre mortuaire.

En hommage à Marc Ogeret (1932-2018) Marc Ogeret chante demain Accès libreÉcouter

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C’est vrai, bientôt nous n’aurons plus d’abeilles, c’est vrai nos cheminots sont mal partis, c’est vrai la France rejette les réfugiés, c’est vrai les jeunes ne veulent plus faire enseignant, c’est vrai que nous avons Macron, et que nous avons Colomb, c’est vrai qu’un tas de mômes n’iront pas en vacances, c’est vrai que les gavés se gavent encore et encore et que nous ne les avons toujours pas pendus, c’est vrai tout ça, on peut continuer comme ça, mais c’est nous qui avons les plus belles chansons. Oui, nous.

Les profiteurs d’abîme. Message d’une prof de français Accès libreLire

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« Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes », disait Henri Calet. Le pays entier est sous le choc, et faire ce métier de comprendre et de faire comprendre est impossible aujourd’hui. « Expliquer, c’est excuser ». La raison n’est pas de saison, il y a un temps pour la décence et le silence. Mais les profiteurs d’abîme n’attendent pas. Les gros médias se surpassent et la plupart des personnages politiques, des sanglots dans la voix, ne reculent devant rien pour racoler des voix en enfonçant une haine profonde dans le pays.