USA : 310 millions d’armes, 36 000 morts par an, 70 000 blessés, les tueurs de masse ont de l’avenir (reportage Daniel Mermet et Giv Anquetil, 2004)

Samedi, je m’offre un nouveau flingue !

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REPORTAGE : Samedi, je m’offre un nouveau flingue ! [29 octobre 2004]

Se payer un nouveau flingue ou deux, passer la journée à tirer avec des petits ou des gros calibres, ça vous tente évidemment. Alors bienvenue chez CLARK’S GUN SHOP, là, il y a tout ce que vous voulez. Venez seul ou entre amis, amenez vos enfants, apprenez leur à tirer, offrez-vous des flingues en amoureux pour la Saint-Valentin, amenez votre vieille maman pour qu’elle s’entraîne, et vous, montrez un peu ce que vous savez faire, les gars, ici il y a toutes les armes de guerre que vous voulez. Et puis c’est beau, c’est l’automne, c’est la Virginie occidentale, c’est l’Amérique, la vraie !

Un reportage de Daniel Mermet et Giv Anquetil, diffusé une première fois sur France Inter le 29 octobre 2004.

Samedi, il y aura du monde chez CLARK’S GUN SHOP. La tuerie de LAS VEGAS réjouit les marchands d’armes aux États-Unis. Après chaque tuerie de masse, la question de la restriction est posée et la peur de la confiscation fait grimper les ventes, on a assisté à des achats records dans la crainte d’un durcissement des lois au temps d’OBAMA, mais c’est moins évident avec Donald J. TRUMP, chaud partisan des armes à feu, qui disait, parlant de ses deux fils : « Ils ont tellement de fusils et d’armes, parfois même moi ça m’inquiète un peu. »

D’ailleurs, Donald J. TRUMP l’a dit à la NRA en avril dernier : « Vous avez un vrai ami à la Maison-Blanche. » Avec ses plus de 4,5 millions de membres et ses 225 millions de dollars de cotisation, la célèbre NRA est classée parmi les plus puissants lobbies. Aucune chance d’être élu si vous contestez la NRA. Pour la majorité des Américains, avoir une arme, c’est la démocratie, le symbole même de la liberté. On ne manque jamais de vous répéter que c’est gravé dans le deuxième amendement de la Constitution : « Une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple à détenir et à porter une arme ne doit pas être enfreint. »

Si vous doutez encore, on vous dira qu’en démocratie, le pouvoir ne peut pas détenir seul le monopole de la violence. Si vous insistez encore, on vous citera (peut-être) Robespierre, le 08 mai 1793 : « Que des foyers s’élèvent sur les places publiques où l’on fabriquera des armes pour armer le peuple. » On vous dira que la détention d’armes garantit la démocratie : « Si un tyran voulait prendre le pouvoir, nous serions 200 millions à prendre les armes. »

Vous évoquerez le juteux business, 11 millions d’armes à feu fabriquées aux États-Unis chaque année, deux fois plus qu’en 2010. Les armes à feu, c’est un secteur de 16 000 emplois pour un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars. Il faut rapprocher ce chiffre du coût de la prise en charge hospitalière des victimes de blessures, qui coûte 2,8 milliards de dollars chaque année [1].

En fin de mandat, Barack OBAMA avait osé passer un décret visant à interdire la possession d’armes à feu aux personnes souffrant de troubles mentaux. Mais Donald J. TRUMP à peine élu, le Sénat a voté l’abrogation du décret OBAMA. Désormais comme tout le monde, les malades mentaux pourront avoir des armes et tirer. On estime leur nombre à 75 000.

D.M.

Programmation musicale :
- Mike Ladd : God Blessed the Infesticons
- Kiss : Love Gun

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