11 novembre, à la mémoire des mutins de 1917

Le caporal Dauphin, fusillé pour l’exemple

Le

Cet article vous est offert en accès libre, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis ne vit que grâce à vos abonnements. Sans vous, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement
[REPORTAGE] Le caporal Dauphin, fusillé pour l’exemple [26 novembre 1997]
Joseph Dauphin (1882-1917)

Je me souviens encore des petites patates de Mathilde et du gros rouge de Célestin. C’était le 11 novembre, il y a juste vingt ans, à Tauves, en Auvergne, après la cérémonie au monument aux morts où il ne voyait qu’un nom, celui de leur oncle, Joseph Dauphin, fusillé de la grande guerre et jamais réhabilité. C’était leur douleur et leur lutte éperdue, la réhabilitation du caporal Dauphin, fusillé pour l’exemple le 12 juin 1917, suite aux mutineries. Ils avaient 80 ans à l’époque, il y a vingt ans, mais jamais Joseph Dauphin n’a été réhabilité à ce jour. Cette émission est à votre mémoire, Mathilde, Célestin, Joseph et à tous ceux qui mirent la crosse en l’air, nos héros à nous.

D.M.

Un reportage de Daniel Mermet, préparé avec l’aide de Raïssa Blankoff, diffusé pour la première fois le 26 novembre 1997 sur France Inter

Programmation musicale :
- Denis Tuveri et Marc Perrone à l’accordéon : La chanson de Craonne
- Hanna Schygulla : Der treue Husar


Joseph et François

Joseph Dauphin était un vaillant soldat. Né en 1882 dans une famille de dix enfants, il avait été incorporé dans les chasseurs alpins, il avait alors 32 ans, une femme et un enfant qu’il chérissait. Pour sa conduite exemplaire au combat, il avait eu la croix de guerre avec palmes, devenant même caporal. Au printemps 1917, le voici au Chemin des Dames. Le général Nivelle et l’état-major laissèrent 200 000 hommes se faire massacrer côté français, sans doute l’hécatombe la plus imbécile et la plus cynique de cette guerre. Survivants, Joseph et son copain François boivent un coup de cette affreuse gnôle qui ne manquait jamais, contre les poux, contre la peur, un coup, puis deux, puis trois, puis ils chantent, « j’ai deux grands bœufs dans mon étable… » On dit aussi qu’ils lèvent le poing, qu’ils crient « à bas la guerre, à bas Poincaré, vive la Russie, vive la Révolution ! » Depuis février, l’effervescence qui a éclaté à Petrograd gagne les esprits et les cœurs, mais Joseph et François ont-ils tenu des propos séditieux ? Ont-ils chanté l’Internationale ?

« S’ils s’obstinent ces cannibales
À faire de nous des héros
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux »

Quand il se réveille de cette cuite, Joseph s’attend à être puni, mais il ne devine pas que c’est le conseil de guerre qui l’attend et qui le condamne à être fusillé « pour l’exemple ».

C’est en juin, il fait beau, le 12 juin 1917, à la ferme de Fété près de Ventelay dans l’Aisne. Dans le peloton d’exécution, il y a François, son ami, François Brugière, du même village que lui, Tauves. François refuse de tourner son fusil contre son camarade, il sera condamné au bagne où il meurt d’épuisement quelques mois plus tard, le 12 février 1918.

Le pire, c’est lorsque les autres voient ces fusillés comme des lâches, des « morts en lâche », qui ont déserté face à l’ennemi, des couards sans honneur. Une honte qui s’étend à leurs proches et à leur famille.

Aucun des fusillés de 1917 n’a jusque là été réhabilité. Au total, sur les 600 exécutions estimées au cours de la guerre, seule une quarantaine ont été réhabilités. Une idée pour le centenaire, l’an prochain ?

Lire délivre

  • Voir

    LES BOUQUINS DE LA-BAS.
    Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Vos conseils sont bienvenus ! Oui, LIRE DELIVRE...

Les Rendez-vous des Repaires

  • Un cycle de NEUF conférences, rencontres, projections, lectures avec Alain Badiou ! Organisée par l’Université populaire du Pays d’Aubagne et de l’Étoile et le Repaire d’Aubagne, cette immense tournée va emmener Alain Badiou, du 24 novembre au 2 décembre, de Marseille à Aubagne en passant par (...)

    Aubagne

  • Le Bar d’à Côté - 33 rue Porte Carrée 35140 Saint-Aubin-du-Cormier - vous propose une rencontre avec le café Repaire de Liffré qui convie à des soirées thématiques tous les deuxièmes mercredi du mois, dans le café-brasserie L’Entre-temps. Ses animateurs nous présenteront son histoire, les thèmes débattus, (...)

    Liffré

  • Le repaire d’Annecy-Meythet LE CHE vous propose un débat avec Mino FAÏTA, historien, habitant vers Cluses, auteur d’ouvrages sur la Grande Guerre. Le thème sera : Fusillés de la Grande Guerre, morts pour et par la France, une page jamais fermée... Avant ce débat, nous diffuserons grâce à nos amis du (...)

    Annecy-Meythet
    33 route de Frangy

  • Exceptionnellement, le café repaire de Neuvy n’aura pas lieu le dernier vendredi du mois de novembre, mais le vendredi 8 décembre à 18h30. Le thème tournera autour des enjeux de la monnaie locale, en présence de trois membres du collectif « Le Soudicy », Sylvie Mazard, Agnès Dollet et Michel (...)

    Neuvy
    24, rue Saint-Vincent

  • La commercialisation des données personnelles est devenue un marché juteux qui intéresse les sociétés vivant de publicités. Comment le système fonctionne-t-il ? Comment s’en protéger au mieux ? L’installation de compteurs communicants tels que le Linky pour l’électricité interroge sur l’utilisation des (...)

Dernières publis

Une sélection :

Un reportage de Dillah Teibi Charles Piaget : c’est possible ! AbonnésÉcouter

Le

Avant Macron et son monde, notre premier adversaire, c’est notre propre résignation. Un formidable appareil idéologique nous a persuadés que rien d’autre n’est possible et que nous n’y pouvons rien ou presque, tout juste nous en remettre à un homme qui va s’opposer en notre nom. Pourtant, notre histoire est pleine de luttes superbes, solidaires, ardentes, têtues et sans lesquelles l’avidité imbécile des patrons de Macron aurait fait de ce monde un petit tas de poussière. Il y a bientôt un demi-siècle, les murs disaient « l’imagination au pouvoir ». Une lutte formidable allait donner de la vie à ces mots. LIP.

Déborah, championne du monde de bodybuilding ET thanatopractrice Le culte du corps, à la vie, à la mort (1/2) AbonnésÉcouter

Le

« Vous dansez Mademoiselle ?… vous êtes charmante, on doit vous le dire souvent… Oh, mais vous êtes musclée !… Ah, vous êtes championne de bodybuilding ? Ah, je me disais aussi… Et dans la vie, vous faites quoi ?… pardon ? Thanato… euh… thanatopractrice ?… euh, le truc sur des cadavres ?… vous les maquillez… vous les préparez… vous les videz de leur sang ?… euh… et ben, bonne soirée, euh… je sais même pas votre prénom… Déborah ?… Et ben au revoir Déborah ! »