CHAQUE SAMEDI, LES SEXPLORATEURS (5) | Podcast et belles images

L’orgasme et Lequeu

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Bertrand Blier, Les valseuses, 1h57, 1974

MON PREMIER ORGASME

Ah, la joie de Miou-Miou dans Les Valseuses quand elle prend son pied ! Son premier orgasme explosant de rire et de vie entre les deux nigauds Depardieu et Dewaere, tout penauds, tout jaloux et qui la foutent à l’eau.

Scène d’anthologie. C’était en 1974. La critique avait détesté ces « scènes pornographiques » du film de Bertrand Blier, mais le public avait adoré, gros succès. Le plaisir féminin marquait des points, quelque chose alors s’est décoincé. Voilà en tout cas ce qui nous avait inspiré un reportage, « mon premier orgasme ». L’excellente journaliste Dominique Duthuit nous avait rapporté une suite de témoignages de femmes, superbes mais pathétiques aussi, tantôt des épanouissements, tantôt des vies handicapées. C’était il y a tout juste vingt ans. Quelle est la petite souris qui sait si les choses ont changé aujourd’hui ?

[RADIO] Mon premier orgasme [19 septembre 2000]
reportage : Dominique Duthuit
journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Bruno Carpentier

Jean-Jacques Lequeu, « bâtisseur de fantasmes »

Cette semaine, notre illustre illustrateur est un bien étrange bonhomme.

Atypique, hors norme, extravagant, dérangeant… Des mots tellement usés et abusés quand il s’agit d’art et d’artistes qu’ils sont depuis longtemps vidés de leur sang et de leur sens. Mais voilà que l’œuvre surprenante de Jean-Jacques Lequeu (1757-1826), qui a été redécouverte récemment, redonne toute sa vigueur au mot « déroutant », et c’est assez rare pour qu’on s’attarde et qu’on se perde dans ses étranges dessins.

Pas si étranges tout d’abord. Jean-Jacques Lequeu est un habile dessinateur d’architecture, contemporain des plus grands architectes de son temps, comme Soufflot, Ledoux ou Boullée. Sauf que lui, aucun de ses innombrables projets ne sera réalisé. De même que les jardins qu’il dessinait dans les moindres détails, dans le style classique ou rococo. Tout restera sur le papier, accompagné de ses curieux commentaires écrits. Pourtant, sa vie traverse les plus grands bouleversements de notre histoire, les Lumières, la Révolution, l’Empire, la Restauration. Les esprits se déchaînent, les utopies aussi, les idées, les grandeurs, les folies, l’histoire rue dans les brancards, mais lui, non, tout reste dans ses cartons.

On le décrit comme un solitaire menant une vie étroite, sans mondanités, sans éclat. Sauf lorsqu’il se penche sur sa planche et se lance dans ses utopies géométriques avec une précision maniaque et une maîtrise incroyable de la technique du lavis, qui en font un dessinateur recherché dans son temps. Des utopies géométriques, mais pas seulement. Inopinément, il se regarde dans un miroir et se dessine grimaçant de plusieurs façons, sans qu’on sache bien les causes de ces grotesques, et même si c’est bien lui. Le sérieux des historiens et des chercheurs les empêche souvent de mesurer la part de l’humour et de la désinvolture dans l’art comme en toutes choses.

Et enfin, et surtout, voici ses Figures lascives et obscènes. Rien à voir avec les peintures galantes de Fragonard ou de Boucher, dans ce XVIIIe siècle où l’érotisme – jusqu’à Sade – allait s’aventurer comme jamais sur la ligne de crête indécise entre souffrance et plaisir, et lancer un défi sans retour à la morale, comme à la raison. Lui, silencieux dans son étroit logement, qui se trouvait dit-on dans un bordel, reste dans l’épure et le modelé parfait. Léché, comme on dit. En dessin, en peinture, « léché » signifie une exécution parfaite, lissée, « au petit poil » comme on le dit aussi. Et c’est sans doute en jouant sur ces mots qu’on peut trouver des liens et des analogies entre chair et pierre, entre architecture rêvée, jardins chimériques et ces corps plus près du marbre que de la chair, alors qu’à l’inverse, la pierre devient chair dans ses dessins où la grotte humide bordée de lèvres émues voisine avec un obélisque turgescent dressé selon les règles de la géométrie descriptive.

La judicieuse Annie Lebrun a vu du Courbet de L’Origine du Monde et du facteur Cheval dans l’œuvre de Lequeu [1]. Bien vu, et avec en plus cette précision obsessionnelle plus réelle que la réalité.

Avant de finir sa vie dans l’isolement, il déposa toutes ses œuvres à la Bibliothèque royale. Le caractère « lascif » d’une partie de ses dessins lui valut d’être confiné dans « l’Enfer », c’est-à-dire le département interdit au public. L’Enfer ayant pour modèle « l’Index », où l’Église renferme toutes ces choses que la morale réprouve. Cette relégation explique sans doute la découverte si tardive de Lequeu, énigmatique « bâtisseur de fantasmes ».

Prenez le temps de savourer ces quelques dessins et admirez l’élégance de cette présentation qui ne fait aucune allusion déplacée au nom du bien nommé Lequeu.

Daniel Mermet

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Jean-Jacques Lequeu, Le grand baailleur, avant 1825, Paris, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Jeune homme faisant la moue, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Il tire la langue, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Nouvelle méthode appliquée aux principes élémentaires du dessin, tendant à perfectionner graphiquement le tracé de la tête de l’homme au moyen de diverses figures géométriques, 1792, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Élévation géométrale du temple de la Terre, 1794, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Porte de sortie du parc des plaisirs, de la chasse du prince, Paris, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Vanneur d’avoine, 1790, Bibliothèque national de France

Jean-Jacques Lequeu, Il est libre, vers 1798-1799, Paris, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, La Noyée, Bibliothèque national de France

Jean-Jacques Lequeu, Une Mimallones, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Et nous aussi nous serons mères ; car… !, 1794, Paris, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, La Bacchante, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, 1793-1794, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, D’après nature, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, La sauvage blanche. Dessinée d’après nature, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, L’infâme Vénus couchée. Posture lubrique d’après nature, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Âge pour concevoir, entre 1779 et 1795, Paris, Bibliothèque nationale de France

Jean-Jacques Lequeu, Ah ! Elle s’écoute, Bibliothèque nationale de France

Autoportrait de Jean-Jacques Lequeu, 1792, Bibliothèque nationale de France

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