L’UN DES GÉNOCIDES LES PLUS MÉCONNUS DU XXe SIÈCLE
Entre 500 000 et trois millions.
60 ans après, on ignore encore le nombre des victimes des massacres de 1965-66 en Indonésie. Malgré le travail des historiens, il a fallu le film The Act of Killing (2012) pour attirer l’attention sur l’un des plus grands massacres de masse du XXe siècle. Si ces crimes énormes sont si longtemps passés sous silence, c’est que les coupables sont restés au pouvoir et c’est aussi que les États-Unis furent impliqués dans cette affaire.
En 1965, le gouvernement indonésien du tiers-mondiste Soekarno est renversé par une junte militaire. Tout opposant à la dictature peut être accusé de communisme, qu’il soit sympathisant ou membre d’un syndicat, paysan sans terre, intellectuel ou d’une ethnie chinoise. En moins d’un an, avec l’appui des gouvernements occidentaux, plus d’un million furent torturés, violés et massacrés. Plus d’un million furent déportés dans de véritables goulags pendant des années, tout ça avec la bénédiction de Soeharto, le chef d’État jusqu’en 1998.
En mai et juin 1998, LÀ-BAS a diffusé une série de reportages lors de la chute très mouvementée du dictateur. Nous avions rencontré des survivants de ces massacres et aussi PRAM, le modeste et génial écrivain.

Pramoedya Ananta Toer en 1996 (photo : John MacDougall/AFP)
« ON A MANGÉ TOUS LES ANIMAUX À QUATRE PATTES SAUF LES TABLES »
C’est un survivant du goulag indonésien qui nous dit ça. Tortures, viols, abandons, ils furent un million emprisonnés sur l’île de Buru pendant plus de quinze ans sans le moindre procès. Parmi eux, l’écrivain PRAMOEDYA ANANTA TOER (1925-2006), surnommé PRAM, qui a séjourné 14 ans dans ce bagne. Faute de papier et de crayon pour écrire, il racontait des histoires à ses codétenus. À sa libération, il a écrit ces récits de mémoire ou avec l’aide de ses anciens compagnons. Très populaire en Indonésie, traduite dans 40 langues, son œuvre est peu connue en France. Nous l’avons rencontré en mai 1998 à Jakarta au moment de la chute du dictateur Soeharto après 32 ans de pouvoir.
Nous le retrouvons dans ce reportage ainsi qu’un autre survivant détenu durant douze ans dans le goulag indonésien. Historien : Jean-Louis Margolin.

