19 mars 1962 : cessez-le-feu en Algérie, il y a 60 ans

ILS EURENT VINGT ANS DANS LES AURÈS (1/3)

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(PHOTO : archives ecpad)

En 1998, LÀ-BAS faisait entendre la parole refoulée des sans-grade de la guerre sans nom. Avec des voix inédites évoquant la solitude, la violence, l’amertume d’une génération perdue. Pour la première fois, ils parlaient de la torture qu’ils avaient pratiquée. Et des ordres qu’ils avaient reçus. Et des lettres d’amour attendues. À l’heure où l’extrême droite exacerbe rancune et refoulement, nous vous proposons une nouvelle version de ces témoignages en trois parties.

Écouter le reportage

Un soldat français, devant une affiche de l’OAS, appelant à prendre les armes contre l’indépendance algérienne, à Oran (Algérie), le 15 mai 1962. HORST FAAS / AP

Papy, qu’est-ce que tu as fait en Algérie ? [1]

Il faut se dépêcher, les papys ont tendance à s’éclipser peu à peu, en emportant leur mémoire. Entre 1954 et 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français furent « appelés » en Algérie. Un million et demi de familles françaises ont donc un papy qui était là-bas, revenu plus ou moins cabossé, sans compter les 24 000 morts et les 60 000 blessés. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, ça en fait du monde concerné par cette histoire. De toutes les mémoires des protagonistes de cette « guerre sans nom », la mémoire des appelés est celle qui continue de ronger le pays au plus profond. Longtemps, cette mémoire fut refoulée. Presque quarante ans de silence et de déni. À la fois, ils puaient la défaite, ils étaient les perdants, avec en plus le soupçon des saloperies accomplies, la torture au premier rang. La honte. Mais au tout début des années 2000, des recherches, des articles, des témoignages, des révélations ont permis de dénouer ces silences et d’éclairer cette histoire.

En 1998, grâce au militant Georges Mattéi et à l’historienne Claire Mauss-Copeaux, nous avons diffusé des témoignages d’appelés. Chacun avec son parcours, ses vérités et ses oublis. Deux d’entre eux reconnaissaient avoir torturé et s’en expliquaient. C’était une des premières fois que le grand public entendait de tels témoignages. La torture était dénoncée depuis longtemps, dès les années 1950, mais rares étaient les témoignages « physiques » parmi les appelés.

Nous avons reçu beaucoup de messages d’auditeurs, consternés ou violents. Ces témoignages sont devenus des documents que nous avons diffusés à nouveau au fil des évènements. Nous vous proposons de les (re)découvrir dans une nouvelle version en trois épisodes.

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