Nouvelle manif hier. Malgré tout, le projet de loi a été voté

FLOUTAGE DE GUEULE

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En matière de violences policières, on confond bien souvent le maître et le chien. À chaque bout de la laisse, il y a celui qui mord et celui qui donne des ordres. Cette histoire en apporte une nouvelle preuve.

Une nouvelle manifestation avait lieu mardi soir 24 novembre, place de la République à Paris, à l’appel d’associations pour dénoncer « les violences policières [de la veille] ainsi que la politique de non-accueil en France ».

Fumigènes, prises de parole, chants de résistance, les manifestants pacifiques étaient de nouveau plusieurs centaines, au lendemain de la « nuit de la honte ». Et puis, ça :

Malgré l’énorme indignation devant les images de policiers brutalisant des exilés et frappant des journalistes lors de l’évacuation violente d’un campement de migrant, ce lundi,

Malgré deux enquêtes ouvertes par le parquet de Paris pour ces faits de violence dont sont soupçonnés des policiers contre des migrants et contre des journalistes, notamment Rémy Buisine (Brut),

Malgré l’enquête dont a été chargée l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) à la demande du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin sur proposition du préfet de police Didier Lallement,

Malgré tout ça, l’Assemblée nationale a donné mardi le feu vert à la proposition de loi sur la « Sécurité globale » qui prévoit notamment de pénaliser la diffusion « malveillante » des images des forces de l’ordre (article 24). Dans un hémicycle presque plein, les députés ont adopté en première lecture le texte par 388 voix pour, 104 contre et 66 abstentions.

Mais tout n’est pas joué. Le texte va désormais être transmis au Sénat, où la majorité LR le juge « inapplicable et inconstitutionnel ». Le premier ministre Jean Castex a pris les devants, mardi, en saisissant lui-même le Conseil constitutionnel au sujet de l’article 24.

Nous voici donc rassuré.

On peut toutefois souligner un petit détail au sujet de l’enquête dont a été chargée l’IGPN à la demande du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin sur proposition du préfet de police Didier Lallement.

Le choix de cette procédure n’est pas innocente, comme le rappelle Libération [1]. Elle exclut la responsabilité du préfet de police de Paris, Didier Lallement. Car seule une enquête de l’Inspection générale de l’administration (IGA) aurait permis d’enquêter sur les ordres donnés par la préfecture en remontant la chaîne de responsabilité. Au mieux, l’enquête administrative de l’IGPN se limitera à la recherche d’une responsabilité individuelle de quelques policiers violents.

Les autres pourront continuer de taper en rythme sur leurs boucliers.

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Notes

[1Ismaël Halissat, « Violences policières : un vent d’impunité soufflé par les autorités », Libération, 24 novembre 2020.

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