Quand le beau Monde ne veut pas salir son image...

Victoire des travailleurs sans papiers qui occupaient le futur siège du journal Le Monde Abonnés

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Comme toutes les histoires de sous-traitance, ça commence par une multinationale avec un chiffre d’affaire de 16,6 milliards d’euros, Eiffage, et ça finit par des travailleurs sans papiers exploités sur un chantier. Particularité de celui-ci : il s’agit du chantier des futurs locaux du journal « Le Monde ».

Le journal français de référence peut-il accepter que son fastueux futur siège soit construit par des travailleurs en provenance du Mali, du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire, non-déclarés, payés 40 euros la journée, maltraités et mis en danger par des conditions de travail dignes du 19e siècle ? Le Monde ne se doutait peut-être pas, en refilant le chantier de son siège à l’honorable société Eiffage, fleuron français du batiment, que c’est ce qui se produirait. Pourtant, c’est un schéma classique, mille fois vu et rarement combattu : la multinationale Eiffage sous-traite à une société fantoche, Golden Clean, qui elle se charge d’employer les sans papiers et de les payer avec des chèques sans ordre ou en liquide, de la main à la main.

Ainsi, tout en tirant les bénéfices d’une main d’oeuvre moins chère, la multinationale n’est pas salie : « Eiffage, à chaque fois ils nous disent que chez eux y’a pas de sans papiers », confirme Bernard, syndicaliste à la CNT-SO, qui accompagne les travailleurs. Et chez les sous-traitants ?

À bout, les travailleurs ont envahi hier matin le chantier pour exiger leurs régularisations ainsi que des dommages et intérêts.
Un reportage de Taha Bouhafs et Jérémie Younes :

La chance de ces travailleurs, c’est que le chantier sur lequel ils travaillent est celui du journal Le Monde. Et Le Monde ne peut pas se permettre une tâche sociale pareille. De même que les autres rédactions qui occuperont ce nouveau siège (Télérama, L’Obs, Courrier International et Rue89). Celle de Télérama a tenu deux assemblées générales hier dans la journée pour réfléchir à la façon de soutenir les travailleurs dans leur lutte, comme le rapporte le journaliste Samuel Gontier sur twitter.

Résultat : en moins de 24h, les travailleurs sans papiers obtiennent un rendez-vous avec le directeur général d’Eiffage et Louis Dreyfus, le président du directoire du Monde. Ce dernier, raconte les syndicalistes de la CNT-SO, va peser de tout son poids dans la négociation avec Eiffage. Et après quelques heures, l’issue de la réunion est positive : les sans-pap ont gagné, un protocole est signé avec le sous-traitant Golden Clean, tous les travailleurs recevront leurs fiches de payes de ces derniers mois et obtiendront des Cerfa, le document administratif nécessaire à la régularisation par le travail !

Une victoire éclatante en quelques heures, on ne perd pas toujours ! Mais n’oublions pas que cette situation de sous-traitance se reproduit en ce moment, partout, et que tous ces travailleurs n’ont pas la chance d’avoir le journal Le Monde dans la boucle qui doit sauver sa réputation. D’ailleurs, pour bien montrer qu’il ne s’agit pas seulement d’une question d’image, Le Monde, Telerama et les autres, vont immédiatement partir en guerre contre l’exploitation des sans papiers.

Une bien bonne nouvelle !

« Victorieux mais pas naïfs », les travailleurs continuent d’occuper ce matin le chantier, en attendant les contrats de travail.

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