Reportage de Dillah TEIBI

Dame de 85 ans jetée à la rue, à Paris c’est possible Abonnés

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Dame de 85 ans jetée à la rue, à Paris c’est possible

Faut-il vraiment rappeler des choses aussi simples ? Une société ne vaut que par la façon dont elle traite ses vulnérables. Longtemps, le plus souvent, leur sort fut tributaire des œuvres charitables et du bon vouloir des nantis. De longues luttes progressistes ont abouti à inscrire l’égalité et la solidarité dans le droit. Des « valeurs » comme on dit dans les beaux discours, « nos valeurs » défendre « nos valeurs » mais lesquelles quand une femme de 85 ans est légalement expulsée et jetée à la rue ? C’est ce qui est arrivée à Nadine Zuili le 12 juillet à Paris. Lorsqu’elle est revenue de ses courses, Nadine a trouvé un verrou posé sur sa porte, huissier, commissaire et serrurier avaient fait leur travail.

Chaque année, le mois de juillet est le pire mois pour les expulsions locatives. Entre 2014 et 2015, elles sont passées de 11 604 à 14 363, soit un bond de
24 %. L’association Droit Au Logement (DAL) constate que de plus en plus de personnes âgées sont concernées par ces expulsions.

Contre la spéculation immobilière à Paris, les pouvoirs publics affichent des airs navrés et impuissants. Selon l’INSEE, Paris compte 100 000 logements vides, dont 40 000 ne sont même plus raccordés à l’électricité. De quoi loger quelques Nadine, non ? Par ailleurs, on compte plus de 90 000 « résidences secondaires », des logements qui ne sont occupés que quelques semaines par an.

Écoutez l’émission par chapitre :
01. Mourir par les pieds
02. Où est la tutelle ?
03. Ian Brossat, adjoint au maire de Paris, chargé du logement

NADINE 85 ANS, CINQ JOURS ENFERMEE DEHORS

« Sortez-moi d’ici sinon je me suicide. J’ai envie de mourir ! Vous entendez ?!... »
Depuis sa chambre à l’hôpital Lariboisière dans le 10ème arrondissement de Paris, Nadine veut ouvrir la fenêtre et se jeter dans le vide.
Elle a déjà passé plusieurs nuits à errer dans les rues de Paris suite à son expulsion le 12 juillet.

Ce jour-là, alors qu’elle revient de la banque, elle ne peut plus rentrer chez elle. La serrure a été changée. Huissier, policiers et serruriers sont passés par là.
Elle se retrouve alors à la rue, en pleine chaleur, avec en poche des bons, qu’on lui a remis, pour deux semaines d’hôtel.

« Je n’y ai passé qu’une seule nuit. C’était sordide ! », dit Nadine.

Commence alors une errance pendant cinq jours.
Elle dort sur un banc dans le jardin de son immeuble. Puis, dans un lit de fortune mis à sa disposition par des voisins dans un café associatif où elle a ses habitudes. Elle y reste deux jours avant de disparaître.

Le 19 juillet, un de ses voisins, Fabrice Perrey, qui a créé avec d’autres un comité de soutien pour l’aider, découvre Nadine dans le hall de l’immeuble, auquel elle a encore accès avec ses clés.
Finalement, elle est accompagnée chez sa tutrice légale, qui prévient la police. Nadine est conduite à l’hôpital Lariboisière.

Fille d’un résistant communiste, Nadine Zuili, psychologue, écrivaine et éditrice, a travaillé comme secrétaire auprès de plusieurs professeurs du Collège de France, dont le Nobel de chimie Frédéric Joliot-Curie, une carrière qui lui permet aujourd’hui de jouir d’une retraite de 2700 euros par mois.
Parfois psychologiquement fragile, Nadine a été placée sous curatelle par un juge des mises sous tutelle.

Pour Ian Brossat, adjoint PCF au logement à la ville de Paris « c’est scandaleux, indigne, monstrueux ». Il promet : « On va examiner son cas avec humanité et bienveillance ».

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reportage : Dillah Teibi
réalisation : Anaëlle Verzaux et Alexandre Lambert

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