Chlordécone. Grand reportage radio (Antoine Chao, Daniel Mermet)

Chlordécone, un crime impuni

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L’énorme scandale de la chlordécone, qui vient d’émouvoir Emmanuel Macron de passage aux Antilles, est connu, documenté et dénoncé depuis des années, mais reste impuni. Ce puissant pesticide, utilisé dans les plantations de bananes, est connu comme perturbateur endocrinien. Autorisé et imposé en toute connaissance de cause par le pouvoir économique et politique, son usage a entraîné une catastrophe irréversible : 90 % de la population contaminée, une augmentation très nette des cancers, surtout de la prostate, des sols empoisonnés et inutilisables pendant des siècles, bétail, volailles, légumes contaminés, des rivières polluées, des côtes interdites à la pêche, les Antilles sont comparables à l’Ukraine ou à la Biélorussie après Tchernobyl.

Interdit aux États-Unis dès 1976, la chlordécone a été autorisée en France jusqu’en 1993. Pendant plus de 20 ans, pas moins de cinq (!) ministres de l’Agriculture, en toute connaissance de cause, ont reconduit l’autorisation d’utiliser ce pesticide en collaboration avec les lobbys et les industriels de la banane. Un parfait exemple du poids des intérêts économiques aux dépens de la santé publique et de l’environnement.

En bon communicant, Emmanuel Macron a déploré notre « aveuglement collectif », alors que les vrais responsables, entrepreneurs comme gouvernements, tout comme les scientifiques impliqués sont encore aisément identifiables et doivent faire l’objet de poursuites. Cynisme supplémentaire, Emmanuel Macron affirme qu’il s’agit du « fruit d’une époque qui est désormais révolue », alors que l’emploi des pesticides continue a grande échelle [1]. Aux Antillais contaminés, il a tenu à préciser qu’il ne saurait y avoir de réparations individuelles, seules seront prises en compte les maladies professionnelles en lien avec le pesticide.

Voici notre reportage de mars 2009 sur la chlordécone. La Guadeloupe était alors en lutte contre la « Pwofitasyon ». Plus le diable en a, plus le diable en veut…

[RADIO] La Gwadloup Kont la Pwofitasyon : plus le diable en a, plus le diable en veut (07/10) [2 mars 2009]

Cartographie de la teneur des sols en chlordécone en Martinique (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de la Martinique, 2015)

Pour aller plus loin, ne manquez pas le documentaire de Romain Bolzinger, « Les Derniers maîtres de la Martinique », Spécial Investigation, 2009 :

Programmation musicale :
- Sankawan Monanbessa : Klordekon
- Chad Kimbo Cultcha B : Domota

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